réponse de Salah-eddine Sidhoum sur un blog

Cher frère Brahim
Le respect sincère est partagé.
Je crois que mon écrit est clair et je n’ai pas l’habitude d’utiliser des chemins sinueux pour exprimer franchement mon opinion.
Je parle bien de l’attitude honteuse d’une certaine « élite » au cours et après le Coup d’Etat de janvier 92. Oui, cette « élite » a joué la vitrine civile et pseudo-démocratique du pronunciamiento du quarteron de putschistes à travers le sinistre CNSA (comité national de « sauvegarde » de l’Algérie) dont tout le monde sait qu’il ne sortait pas des entrailles de la société mais bel et bien des bas-fonds de la police politique.
On peut ne pas partager les idées de « l’autre bord » mais on les combat politiquement , on ne s’associe jamais à des putschistes pour le combattre par les blindés, la gégène et la déportation, quand on est démocrate. C’est une tâche noire indélébile dans l’Histoire de l’Algérie contemporaine.
Oui, cette « élite » s’est opposée à la volonté populaire qui avait donné ses voix aux 3 fronts qui représentaient le premier pouvoir légitime depuis l’indépendance. Au nom de quelle « démocratie » une minorité s’oppose à la majorité et s’abrite derrière les blindés ?
Peut-on accuser des personnalités probes comme Hocine Aït Ahmed, Mohamed Harbi, Ali Yahia Abdenour, Lamine Khene… d’être complices des « intégristes » quand ils se sont opposés au Coup d’Etat ? Doit-on douter de leur culture démocratique ?
Oui, les responsables du FIS n’ont pas été à la hauteur ! Oui, ils n’ont pas pu maitriser leurs troupes infiltrées déjà par les « services » pour faire peur à cette classe moyenne frileuse. Oui, ils ont commis des erreurs impardonnables, intoxiqués par certaines taupes, croyant avoir le pouvoir à portée de main ! Oui, ils n’ont pas su rassurer certaines couches sociales affolées par certains comportements plus que suspects. Et certains responsables du FIS reconnaissent aujourd’hui leurs erreurs. Mieux vaut tard que jamais!
Il y a des principes immuables en démocratie et il faut les respecter. Il ne faudrait surtout pas qu’on nous sorte des clichés éculés du type « Hitler et Mussolini sont arrivés au pouvoir démocratiquement » et tutti quanti… Et je crois qu’il est indécent de verser dans ce que j’appelle la démocratie sélective, à l’algérienne. La démocratie est un tout. Il ne faudrait pas prendre d’elle ce qui nous arrange seulement.
Je crois, mon cher frère, qu’il fallait laisser le 2e tour se dérouler normalement. Il y avait des balises constitutionnelles solides pour empêcher le FIS de triturer la Constitution. Le président de la République de l’époque avait les moyens constitutionnels pour dissoudre l’Assemblée nationale, voire faire intervenir l’armée en cas de dérapages. Or ce n’était pas le cas. On a fait un procès d’intention à ce parti et on a empêché le processus démocratique de se développer dans notre pays. Beaucoup d’hommes politiques sincères, de juristes et d’observateurs impartiaux le pensaient. Certes, j’ai dénoncé comme beaucoup de gens le Coup d’Etat de janvier 92. Mais j’aurais été le premier à m’opposer au FIS, s’il avait dérapé, une fois au pouvoir. C’est cela le combat politique.
Ce qui était clair, c’était que le régime ne voulait pas d’alternance démocratique, il préférait l’alternance clanique. N’importe quel parti, quelque soit son obédience et qui aurait gagné les élections à l’époque, aurait subi le même sort que le FIS. Et une certaine « élite », hélas, a joué le jeu, avant d’être éjectée, une décennie plus tard, car le régime n’avait plus besoin d’elle. Cette « élite » ignorait que ce régime n’a point d’amis, mais seulement des intérêts à défendre. Que sont devenus, au fait, aujourd’hui tous ces « intellectuels » hypermédiatisés et qui squattaient les TV françaises, ces « commandos médiatiques », pour reprendre le Professeur François Burgat ?
Cette élite aurait pu s’opposer politiquement à celle qui allait prendre le pouvoir, mais pas en se cacher derrière des blindés et en applaudissant la déportation de dizaines de milliers d’Algériens dans les camps de concentration de l’extrême-Sud, la torture institutionnalisée et l’exécution sommaire de milliers de citoyens. Encore une fois au nom de quelle démocratie, doit-on dénoncer certains crimes et applaudir d’autres. Ne s’agissait-il pas d’Algériens qui souffraient et mourraient chaque jour ?
Il est indéniable que les islamistes ont commis des fautes impardonnables, tout comme les « démocrates » utilisés par le pouvoir. Doit-on se limiter à ce constat et rester figés dans le temps ? Ne devons-nous pas tirer les leçons de ce passé récent, O combien douloureux et essayer de jeter les bases d’une véritable réconciliation (moussalaha) après un dialogue franc (moussaraha) entre nous tous ? Devons-nous continuer à nous regarder en chiens de faïence, faisant le jeu de ce régime criminel qui nous a poussés dans un conflit fratricide qu’on aurait pu épargner à notre Peuple, si la véritable élite avait joué son rôle de phare et de guide ?
Je pense qu’aujourd’hui, et croyez-moi, mon cher Brahim, que beaucoup d’acteurs politiques (les véritables), de tous bords ont compris qu’ils avaient fait fausse route et s’étaient trompé de cible.
Oui, je suis d’accord avec vous qu’il faut baliser le terrain dès maintenant. Il est impératif de nous rassembler autour d’un Compromis politique historique clair, accepté et respecté par tous. Je crois que tout cela a été énoncé dans l’Appel du 19 mars.
Nous devons tous nous entendre sur le respect de notre ALGERIANITE dans sa globalité et qu’aucun de ses fondements ne devienne un fonds de commerce à des aventuriers de tous bords.
L’Etat de Droit auquel nous aspirons est un ETAT CIVIL, ni théocratique ni militaro-policier.
Le respect des Droits de la personne humaine et de toutes les libertés collectives et individuelles doit être clairement souligné sans aucune ambigüité.
La démocratie est le moteur essentiel dans la gestion politique du pays.
Qui a dit que démocratie et liberté, pour vous reprendre, ne pouvaient coexister en Algérie ?
Nous devons respecter et promouvoir nos cultures, toutes nos cultures, sans en faire un fond de commerce ou un facteur de division. Bien au contraire cette diversité culturelle est une richesse incommensurable
A mon humble avis, les choses sont très claires. Qui est contre ces principes ? Je crois qu’il est temps de détruire les murs d’incompréhension et de suspicion qui nous inhibent. On peut être demain, dans une Algérie sereine, des adversaires politiques, dans le cadre d’une saine compétition, mais nous ne serons jamais des ennemis. Et je m’inclinerais devant la volonté du peuple s’il vous donne sa voix et je vous soutiendrais pour reconstruire ensemble notre Algérie. Votre étiquette politique m’importe peu. Seuls votre engagement et votre honnêteté pour SERVIR la patrie comptent pour moi. Et la main dans la main, nous irons de l’avant. C’est ma modeste compréhension de la véritable démocratie. Et je n’ai pas besoin de BHL, Glucksmann ou Finkelcrôte pour me l’expliquer !
Bien sûr, on trouvera toujours des « intellectuels » pour pinailler sur tel ou tel concept. On trouvera toujours d’autres pour nous importer des concepts qu’ils voudraient greffer à notre société, jouant ainsi aux tuteurs et donneurs de leçons. Mais cela n’est pas un obstacle. Le peuple in fine, tranchera. C’est cela aussi la démocratie. Notre peuple est-il moins intelligent que les peuples voisins de Mauritanie et du Niger ? Non ! Seulement leurs élites intellectuelles et politiques sont plus courageuses.
Nous détaillerons d’autres aspects à la prochaine occasion.
J’espère avoir répondu à vos questions. Merci encore une fois pour votre intervention.

TRÊVE D’HYPOCRISIE ET DE LÂCHETE. UNISSONS-NOUS POUR SAUVER L’ALGERIE !

Par Salah-Eddine SIDHOUM

Ce nouveau drame qui a vu le massacre de plus de vingt de nos enfants dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, interpelle encore une fois les consciences libres de notre cher et malheureux pays. Encore une fois, des Algériens ont fait couler le sang d’autres Algériens. Encore une fois, ces innocentes victimes, utilisées comme boucliers par les imposteurs au pouvoir pour préserver leurs privilèges, viennent s’ajouter à une cette longue liste macabre ouverte un certain 5 octobre 88, par ceux qui ont pris en otage notre pays depuis 1962. Cette Algérie qui avait su, grâce à l’héroïsme de son peuple, mener une des plus grandes révolutions libératrices du siècle dernier, qui allait aboutir à la décolonisation de toute l’Afrique, est devenue aujourd’hui la risée du monde. Un pays aux mains d’une voyoucratie sans foi ni loi qui a fait de ce paradis terrestre, un enfer. Une voyoucratie qui, par son « génie » maléfique, a rendu ce peuple pauvre dans un pays aussi riche. Une voyoucratie qui a cultivé durant des décennies une profonde haine dans nos cœurs et qui voit des Algériens, torturer, exécuter sommairement et faire disparaitre et sans aucun état d’âme leurs frères Algériens. Qui voit des Algériens égorger et massacrer des dizaines, voire des centaines d’Algériennes et d’Algériens, sans aucun remord. Et le tout dans un climat d’impunité totale. Qui avait dit que les enfants et petits-enfants d’Abane, Ben Boulaïd, Ben M’Hidi et Didouche, allaient devenir des frères ennemis dans cette Algérie qu’ils avaient libérée avec des centaines de milliers d’autres martyrs au prix de leur sang et de leur vie ? Qui avait dit que les enfants et petits-enfants de ces héros allaient se transformer en bombes humaines et en harragas dans l’Algérie dite « indépendante » alors que leurs parents ne l’ont pas fait dans l’Algérie colonisée ? Le moment n’est plus aux jérémiades et aux dénonciations hypocrites de ces crimes abjectes. Le moment est à la réflexion et à l’action. Que de condamnations sélectives et fourbes depuis 92 ? Pour quels résultats ? Le maintien de ce statu quo mortel qui profite au régime illégitime et à ses affidés ! Il faut avoir l’honnêteté, la sincérité et le courage de traiter les causes profondes de cette crise qui perdure depuis 1962 et qui s’est transformée en tragédie depuis 92, n’en déplaise aux « intellectuels » et politicards couards de salon ! Quitte à nous répéter, la crise algérienne est une crise éminemment politique. Elle remonte aux lendemains de l’indépendance et s’est aggravée au fil des décennies. C’est une crise de LEGITIMITE DU POUVOIR et sa solution ne peut être que politique, n’en déplaise encore une fois aux pseudo-intellectuels thuriféraires du régime. Des volontés politiques sincères et sages l’ont dit en 92, quand le régime aux abois et ses boutefeux autoproclamés démocrates appelaient à la solution sécuritaire et à l’éradication d’une partie du peuple Algérien. Les arrestations arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les exécutions sommaires, les ratissages, les manipulations criminelles, les groupes armés d’opposition au régime et leurs attentats aveugles et meurtriers, les milices, les escadrons de la mort, les infiltrations de certains groupes armés, les tribunaux d’exception, la multiplication des effectifs militaires et policiers, l’achat de matériel de guerre ultrasophistiqué, le massacre de populations, la fausse réconciliation nationale et l’impunité ont-ils réglé la crise Algérienne ? Que non ! Et cela dure depuis 18 ans. Devant l’aggravation de cette crise et dans tous les domaines, le pays se dirige vers un véritable tsunami populaire qui risque de balayer le pays. Il est de notre devoir de nous mobiliser et de réagir pour empêcher l’irréparable ! Il n’y a pas d’autre solution que la solution politique et cette dernière passe inéluctablement par un changement radical du régime illégitime en place. Ce changement, nous le souhaitons pacifique, mais l’entêtement de la voyoucratie jalouse de ses privilèges mal acquis, risque de nous mener, à Dieu Ne Plaise vers un changement violent. Il est temps que toutes les volontés nationales ici et en exil se rassemblent autour de valeurs et de principes démocratiques pour créer cette dynamique mobilisatrice populaire. Il est temps aussi que ce qui reste de probe dans notre « classe politique » mette un terme aussi à son autosuffisance et à son obstination, pensant détenir à elle seule la solution…. dans les salons. Aucune individualité, aucune tendance et aucun parti n’a le monopole ni ne détient le brevet de la démocratie, de l’Islam ou du nationalisme. La démocratie qui est une culture et un moyen de gestion politique de la société, se juge sur le terrain et non par des discours hypocrites. Et l’Algérie, encore une fois n’a besoin ni d’un Zaïm, ni d’un messie, encore moins d’un « génie » qui attendrait un hypothétique coup de téléphone des Tagarins. Elle a besoin de tous ses enfants, sans exclusion aucune, pour la libérer de cette voyoucratie et la reconstruire. Il est temps aussi que ce qui reste de probe dans notre « classe politique » sorte du cadre de la stratégie du pouvoir, dans laquelle elle s’inscrit inconsciemment. Ce n’est pas en jouant les troubadours politiques au cours des carnavals électoraux, qu’on risque d’ébranler ce régime. Bien au contraire, par cette pratique on constitue la vitrine pseudo-démocratique de ce même régime aux yeux de l’opinion publique internationale, tout en se discréditant vis-à-vis de notre opinion nationale qui n’est pas aussi dupe que le pensent certains. Nous en appelons aussi à ceux qui appartiennent à ce régime et qui n’ont pas les mains tâchées de sang, à prendre conscience de la gravissime situation du pays – que seules les sirènes de la propagande essaient de leur dissimuler – et d’œuvrer avec toutes les volontés nationales sincères à la résolution de la crise. Nous avons besoin de toutes et de tous, car comme disait l’illustre homme politique DEMOCRATE, Nelson Mandela : « Il faut libérer aussi bien l’opprimé que l’oppresseur lui-même, enfermé derrière les barreaux des préjugés et de l’étroitesse d’esprit ». Nous en appelons encore une fois à une prise de conscience collective. Evitons de nous tromper de cible comme en 92 et mettons de côté nos divergences artificiellement entretenues par qui on sait. Œuvrons à sauver notre Algérie de ce tsunami qui se profile à l’horizon. Toutes nos pensées vont à toutes les victimes sans exception, d’hier et d’aujourd’hui, du drame national. Salah-Eddine SIDHOUM Signataire de l’APPEL du 19 mars 2009 Alger le 18 juin 2009