les centres de torture et d’executions

Comité Justice pour l’Algérie
Les centres de torture et d’exécutions
– Dossier n° 6 –
Algeria-Watch et Salah-Eddine Sidhoum, octobre 2003
SOMMAIRE
Comité Justice pour l’Algérie…………………………………………………………………………………………1
– Dossier n° 6 -……………………………………………………………………………………………………………. 1
Le DRS, centre et moteur de la machine de mort……………………………………………………… 3
La Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA)………………………………………….4
La Direction du contre-espionnage (DCE)…………………………………………………………….4
La Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE)…………………….. 5
Le Groupement d’intervention spéciale (GIS)………………………………………………………. 5
La police sous les ordres du DRS…………………………………………………………………………… 5
Les forces spéciales de l’armée organisées au sein du CCC/ALAS…………………………….. 6
L’organisation du secret…………………………………………………………………………………………7
Les centres de détention secrète, de torture et d’exécutions……………………………………….. 7
Une première liste de 95 centres…………………………………………………………………………. 7
Les centres du DRS……………………………………………………………………………………………….9
Le CPMI de Ben-Aknoun………………………………………………………………………………… 10
Le PCO de Châteauneuf……………………………………………………………………………………11
Le CPO, ou « Centre Antar »……………………………………………………………………………. 14
Le CTRI de Blida, ou « Haouch-Chnou »…………………………………………………………… 15
Le CTRI de Constantine, ou « Centre Bellevue »………………………………………………… 17
Le CTRI d’Oran, ou « Centre Magenta »…………………………………………………………….17
La villa COOPAWI de Lakhdaria………………………………………………………………………18
Les commissariats de police………………………………………………………………………………….19
Le commissariat de Bourouba……………………………………………………………………………19
Le commissariat central d’Alger……………………………………………………………………….. 20
Le commissariat de Cavaignac à Alger……………………………………………………………….21
Les brigades de gendarmerie…………………………………………………………………………………22
La brigade de gendarmerie de Aïn-Naâdja (Birkhadem)………………………………………. 22
Croquis de trois centres de torture………………………………………………………………………… 24
1 – CPMI de Benaknoun Alger…………………………………………………………………………..24
2 – CTRI de Blida…………………………………………………………………………………………….25
3 – Brigade de gendarmerie de Birkhadem, Alger…………………………………………………26
La création et l’organisation de la « machine de mort »
Ce dossier est tiré du rapport publié par Algeria-Watch et Salah-Eddine Sidhoum : La machine de
mort, Un rapport sur la torture, les centres de détentions secrets et l’organisation de la machine de
mort, octobre 2003.
2
Résumé
Lorsque, dès le premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991, la victoire
du Front islamique du salut (FIS) fut annoncée, un petit groupe de généraux, soutenu par une
partie de l’élite francophone, a mis en application un plan préparé depuis plus d’un an et
destiné à faire barrage au mouvement islamiste. Le coup d’État du 11 janvier 1992 a été
officiellement motivé par le caractère avéré ou supposé antidémocratique de ce mouvement.
Mais de nombreux témoignages concordants attestent que la véritable motivation des
putschistes — qui s’étaient assurés de la bienveillance des chancelleries occidentales avant
d’intervenir — était leur crainte d’être balayé du pouvoir et de devoir rendre des comptes à
propos de la répression sauvage des émeutes d’octobre 1988 et de la grève du FIS de
juin 1991.
La machine qui allait se mettre en branle utilisera et exploitera tous les rouages de
l’État. Mais avant d’assujettir la justice, l’administration et les médias, c’est l’appareil
sécuritaire qui connut une nouvelle extension. Le coeur de ce dispositif — nous allons y
revenir en détail — était constitué des services secrets de l’armée, la redoutable Sécurité
militaire (SM), devenue DRS (Département de renseignement et de sécurité) en
septembre 1990 et dirigée par le général Mohammed Médiène (dit « Toufik ») et son second,
le chef de la DCE (Direction du contre-espionnage) Smaïl Lamari (dit « Smaïn »). Dès
janvier 1992, le DRS chapeaute et coordonne toute la lutte « antiterroriste », en collaboration
avec le général Mohamed Lamari, commandant des forces terrestres au sein de l’état-major de
l’Armée nationale populaire (ANP). Désavoué en mars 1992 par le président Mohammed
Boudiaf, Mohamed Lamari reviendra au premier plan après l’assassinat de ce dernier en
juin 1992 : le général-major Khaled Nezzar, ministre de la Défense, l’élèvera en juillet au
grade de général-major en lui assignant comme objectif d’organiser les « forces spéciales » de
l’ANP au sein d’une nouvelle structure appelée CCC/ALAS (Centre de conduite et de
coordination des actions de lutte anti-subversive), communément appelée CLAS ; en
juillet 1993, le général-major Mohamed Lamari sera nommé chef d’état-major de l’ANP,
poste qu’il occupe toujours à ce jour.
Les troupes régulières de l’armée seront elles aussi totalement impliquées dans cette
guerre livrée par le commandement militaire à la population, mais dans des formes plus
classiques : opérations de ratissages, bombardements, protection de sites sensibles, etc.
La gendarmerie nationale, comme corps de l’armée, sera elle aussi partie prenante dans
cette tragédie — les témoignages de torturés l’attestent sans aucune ambiguïté —, même s’il
faut relever que le commandement de la gendarmerie n’a pas toujours approuvé les méthodes
« éradicatrices » des « janviéristes ». Les unités d’intervention spéciale de la gendarmerie, les
GIR (Groupes d’intervention rapide), joueront le rôle le plus actif dans la répression, en
particulier ceux de la région d’Alger, le GIR 1 (localisé à Chéraga) et le GIR 2 (localisé à
Réghaïa), spécialement chargés de réaliser des exécutions extrajudiciaires.
Quant à la police (DGSN, Direction générale de la sûreté nationale), corps dépendant du
ministre de l’Intérieur et non pas de celui de la Défense, elle a été totalement assujettie à la
stratégie de « guerre totale » et placée, dans les faits, sous la direction du DRS.
Enfin, à partir du printemps 1994, ce dispositif répressif sera complété par des milices
de civils (qualifiés de « patriotes »)1, placées officiellement sous la responsabilité du ministère
de l’Intérieur, et qui joueront au fil des années un rôle croissant dans le déploiement de la
terreur contre les populations civiles.
Le DRS, centre et moteur de la machine de mort
1 Voir dossier n°17 : L’organisation des milices.
3
Le DRS est donc le nouveau nom de la Sécurité militaire (SM), la police politique du
régime depuis 1962. Après une première réorganisation en novembre 1987, la SM a été
restructurée une nouvelle fois le 4 septembre 1990 (prenant le nom de DRS, conservé depuis
lors — mais la plupart des Algériens parlent toujours de la « SM »), à l’initiative des généraux
Larbi Belkheir (alors chef de cabinet du président Chadli Bendjedid) et Khaled Nezzar (alors
ministre de la Défense). Alors que la principale d’entre elles dépendait auparavant de la
présidence de la République, l’ensemble des branches du DRS a été placé sous la
responsabilité du ministre de la Défense — le général-major Khaled Nezzar a occupé cette
fonction du 25 juillet 1990 au 11 juillet 1993 ; lui succédera le général Liamine Zéroual, futur
président de la République et ministre de la Défense jusqu’au 15 avril 1999 ; le président
actuel, Abdelaziz Bouteflika, cumule également les deux fonctions.
Depuis septembre 1990 et jusqu’à ce jour (octobre 2003), le DRS — dont le siège est
situé à Delly-Brahim, dans la banlieue ouest d’Alger — est dirigé par le général-major
Mohamed Médiène, dit « Toufik ». Il est constitué de trois directions principales, dont deux
disposent de centres de torture sinistrement renommés : la Direction du contre-espionnage
(DCE), dirigée depuis septembre 1990 jusqu’à ce jour par le colonel (puis général) Smaïl
Lamari, dit « Smaïn », issu de la SM (DCSA) ; et la Direction centrale de la sécurité de
l’armée (DCSA), dirigée depuis septembre 1990 à fin 1999 par le colonel (puis général)
Kamel Abderrahmane (issu de l’armée de terre ; il a été muté depuis à la tête de la 2e région
militaire, à Oran).
La Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA)
De la DCSA dépendent le Centre principal militaire d’investigation (CPMI) de Ben-
Aknoun, dans la banlieue d’Alger (dirigé de 1990 à 2001 par le colonel Athmane Tartag, dit
« Bachir »2), ainsi que ses antennes dans les six régions militaires, les centres militaires
d’investigation (CMI, fusionnés à partir de mars 1993 avec les CRI de la DCE — voir ci-après
— pour devenir les CTRI).
Le CPMI, de 1990 au coup d’État de janvier 1992, a joué un rôle essentiel (en
concurrence avec la DCE) dans la manipulation du FIS ; à partir de janvier 1992, il sera un
des principaux centres de torture et de liquidation d’opposants. Certains de ses éléments
formeront aussi un escadron de la mort (connu selon certains comme « unité 192 »), chargé
initialement de l’élimination d’officiers « récalcitrants » et qui étendra plus tard, à partir du
printemps 1993, son action à l’élimination de civils « démocrates », dont la mort sera attribuée
aux GIA (groupes islamiques armés).
La Direction du contre-espionnage (DCE)
Le siège de la DCE se trouve au « Centre Ghermoul ». C’est la DCE qui contrôle le
Centre principal des opérations (CPO), localisé à Ben-Aknoun dans une caserne appelée
« Centre Antar » et chargé des actions illégales du DRS (y compris, là aussi, la manipulation
des groupes armés islamistes). Et, à partir de juin 1991, la DCE est également responsable,
dans les faits, du Poste de commandement opérationnel (PCO, initialement appelé COB,
Commandement des opérations de base), situé d’abord à Aïn-Naâdja (siège du
Commandement des forces terrestres), puis, à partir d’avril 1992, à la caserne de
Châteauneuf : le PCO est chargé de coordonner l’action du DRS, de la police et de la
gendarmerie, de collecter des renseignements et de mener des actions de contre-insurrection
pour le commandement.
Par ailleurs, la DCE dispose de relais situés dans chacune des six régions militaires, les
CRI (centres de recherche et d’investigation), qui fusionneront en mars 1993 avec les CMI de
la DCSA pour devenir les CTRI (centres territoriaux de recherche et d’investigation).
2 Il a été nommé général en juillet 2003.
4
Les CTRI joueront un rôle majeur, surtout à partir de 1994, dans la manipulation des
groupes armés islamistes contrôlés par le DRS et dans les arrestations, tortures et liquidations
de dizaines de milliers de civils (dans des assassinats le plus souvent attribués aux islamistes,
mais dont beaucoup figurent aujourd’hui sur les listes de « disparus »). Les plus sinistrement
célèbres sont ceux de Blida, de Constantine et d’Oran, sur l’activité desquels nous
reviendrons.
La Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE)
La troisième branche principale du DRS est la DDSE, dont la direction a été confiée le
4 septembre 1990 au général Saïdi Fodhil (issu de l’armée de terre), dit « Abdelhamid ». En
désaccord avec la sauvagerie de la répression, il sera démis de ses fonctions en juillet 1994 (à
l’instigation de Smaïl Lamari) pour être nommé commandant de la 4e région militaire ; il sera
assassiné (dans un « accident de la route ») le 4 juin 1996. En 1994, il a été remplacé à la tête
de la DDSE par le général Hassan Bendjelti, dit « Abderrazak » ou « Hassan Tetouan » ; ce
dernier sera à son tour remplacé par le général Rachid Laalali, dit « Attafi », toujours en poste
à ce jour. La DDSE, en principe, n’a pas été engagée dans la répression extrajudiciaire en
Algérie même. Mais, à partir de l’été 1994, sous le contrôle de fait du général Smaïl Lamari
(chef de la DCE), ses agents à l’étranger ont été impliqués dans la surveillance et
l’intimidation des opposants exilés.
Le Groupement d’intervention spéciale (GIS)
Le DRS dispose également d’une unité d’intervention (initialement composée de trois
cents hommes environ), le Groupement d’intervention spéciale (GIS), créé en 1987 sur le
modèle du GIGN français. En 1992, le GIS était commandé par le commandant Hamou,
remplacé en 1993 par le commandant Hamidou, lui-même remplacé en 1994 par le colonel
Abdelkader Khemene.
Les « ninjas » du GIS, vêtus d’uniformes noirs, joueront un rôle important dans la « lutte
antiterroriste », leurs brigades d’intervention étant installées dès 1992 dans plusieurs points
névralgiques de l’Algérois. À partir de 1994, le GIS sera renforcé en intégrant des
paracommandos spécialement formés.
La police sous les ordres du DRS
En avril 1992, une nouvelle structure était créée à l’initiative du général Larbi Belkheir
(à l’époque ministre de l’Intérieur, puis éminence grise avant de devenir conseiller du
président Abdelaziz Bouteflika en 1999) : l’Office national de répression du banditisme
(ONRB). Officiellement placé sous la direction de la police (Direction générale de la sécurité
nationale, DGSN), l’ONRB a été basé dans la caserne de la police de Châteauneuf (qui est
aussi une école de police), dans la banlieue ouest d’Alger. L’ONRB était constitué d’unités
spéciales d’intervention de la police (des « ninjas », portant un uniforme bleu) et de la
gendarmerie, ainsi que d’éléments du GIS (Groupement d’intervention spéciale), dépendant
directement du DRS, qui étaient chargés notamment des opérations secrètes (création de faux
maquis, infiltration de groupes armés, création de groupes comprenant de vrais islamistes
mais dirigés pas des membres du GIS, etc.).
Au même moment, en avril 1992, le PCO (Poste de commandement opérationnel,
chargé comme on l’a vu de la coordination de l’action répressive des différents services de
« sécurité ») fut également transféré de Aïn-Naâdja à Châteauneuf et rattaché à la DGSN —
alors que, dans les faits, tous ces organismes étaient contrôlés par le DRS et agissaient sous la
direction du chef de la DCE, le colonel Smaïl Lamari.
L’objectif, selon l’ex-colonel Samraoui, était notamment de faire croire à l’opinion
internationale « que la lutte contre l’intégrisme islamique n’était pas menée par les services et
5
par l’armée, mais par la police3 ». En réalité, comme le rapporte par ailleurs le « Mouvement
des officiers libres » (MAOL), « toute personne arrêtée par les membres du PCO (police,
gendarmerie et DRS) était interrogée par les éléments du DRS ; et principalement par les
membres du Centre Antar détachés ou dépêchés sur les lieux de l’interrogatoire, auquel
pouvaient assister les éléments des autres forces. C’est ainsi que les éléments de Smaïn
Lamari ont servi de professeurs de la terreur aux autres4 ».
D’ailleurs, l’ONRB, dirigé par le commissaire Tahar Kraa, secondé par les
commissaires Mohamed Issouli et Mohamed Ouaddah, dépendant donc en principe de
M’hamed Tolba, le directeur général de la Sûreté nationale, sera dissous dans les faits trois
mois après sa création (même si les appellations ONRB ou « brigades de répression du
banditisme » continueront à être utilisées par la suite pour désigner le PCO et ses antennes).
Tous ces commissaires continueront à « opérer » au PCO — placé, jusqu’à ce jour, sous le
contrôle direct du général Smaïn —, recevant leurs ordres des généraux Toufik, Smaïn et
Belkheir.
Les forces spéciales de l’armée organisées au sein du CCC/ALAS
La disparition en juillet 1992 de l’ONRB coïncide avec le retour aux commandes du
général Mohamed Lamari, chargé par le général-major Khaled Nezzar, ministre de la Défense,
de mettre en place la nouvelle structure de « lutte contre le terrorisme », le « Centre de
conduite et de coordination des actions de lutte anti-subversive » (CCC/ALAS, ou, en abrégé,
CLAS), qui deviendra opérationnel en septembre 1992 (il était installé au siège du
commandement des forces terrestres, à Aïn-Naâdja).
Cette structure était composée d’unités des « forces spéciales » de l’ANP et d’éléments
du DRS. Au début, le CLAS regroupait trois régiments de parachutistes (le 4e et le 18e RAP, le
12e RPC), un bataillon de police militaire (le 90e BPM) et un régiment de reconnaissance (le
25e RR). Des éléments du Groupement d’intervention rapide de la gendarmerie (GIR) et de la
DCSA étaient également mobilisés pour encadrer les opérations de ratissage effectuées par ces
« hommes de l’ombre ». Le CLAS était initialement placé sous la direction du général-major
Mohamed Lamari, assisté notamment des colonels Brahim Fodhil Chérif, Amar Belkacemi et
Hamana (après la nomination de Mohamed Lamari à la tête de l’état-major de l’ANP en
juillet 1993, la direction du CLAS sera confiée au général Saïd Bey ; nommé en mai 1994 à la
tête de la 1re région militaire.
En mars 1993, l’organisation territoriale du CLAS a été restructurée, avec la création de
« secteurs opérationnels » couvrant plusieurs wilayate, dont chacun chapeautait localement la
police, la gendarmerie, un détachement de l’ANP et plus tard des milices. Tous les services de
sécurité devaient se plier aux ordres des « rambos » des unités du CLAS, qui agissaient dans
le secret et dans l’impunité totale.
Les militaires des forces spéciales dépendant du CLAS travaillaient étroitement avec
ceux du DRS. Certaines unités dépendaient conjointement de ces deux commandements. Dans
chaque région militaire, les éléments des CTRI (dépendant du DRS) collaboraient étroitement
avec ceux du CLAS, procédant ensemble à des ratissages, des arrestations, les interrogatoires
et pratiquant la torture. Mais aussi, ils créèrent des escadrons de la mort, comme l’OJAL
(Organisation des jeunes Algériens libres, créé au CTRI de Blida fin 1993), dont la mission
était de terroriser la population par la liquidation physique de dizaines de personnes.
En 1992, au moment de la mise en place de la « machine à broyer l’être humain », toutes
ces forces chargées de répandre la terreur ne représentaient guère plus de 5 000 hommes. Ces
effectifs seront ensuite progressivement augmentés et plus que doublés (notamment par
3 Mohammed SAMRAOUI, Chronique des années de sang, op. cit., p. 191.
4 MAOL, « L’Armée nationale populaire, vérités », <www.anp.org>, juillet 2000.
6
intégration au CLAS, à partir de 1995, de nouvelles unités des forces spéciales : 1er et 5e RPC,
85e et 93e BPM), et ils disposeront des meilleures armes et du matériel le plus performant.
L’organisation du secret
Il est essentiel de souligner que les organigrammes de ce « noyau dur » du dispositif de
répression sont restés, tout au long de ces années, très largement secrets (ce n’est que par le
recoupement de témoignages de militaires et policiers dissidents que les informations
précédentes ont pu être synthétisées). Par ailleurs, les opérations de répression elles-mêmes
ont été le plus souvent menées de façon quasi clandestine, avec des moyens sophistiqués pour
tenter d’effacer toute trace des violations systématiques des droits humains.
Cette organisation de l’opacité explique que, souvent, les chaînes de commandement
officielles ne correspondent pas à la réalité du terrain (au point qu’il n’est pas rare, par
exemple que des officiers du DRS puissent donner des ordres à des officiers de l’ANP de
grade supérieur). Seuls les quelques généraux au coeur du pouvoir sans discontinuer depuis
1992 (essentiellement les généraux Larbi Belkheir, Mohamed Lamari, Mohamed Médiène,
Smaïn Lamari, Kamel Abderrahmane, Brahim Fodhil Chérif) ont une vision d’ensemble des
méthodes illégales (en particulier la manipulation des groupes armés islamistes) employées
par les différentes composantes de la « machine de mort » qu’ils ont déployée contre la
population.
C’est ce qui explique aussi que de très nombreux exécutants des basses besognes du
DRS et du CLAS (qu’il s’agisse de militaires ou d’agents placés à la tête et au sein des
groupes islamistes) aient été liquidés : ils en savaient trop. De plus, afin de garantir la
solidarité dans le crime des responsables impliqués et le bon fonctionnement du « plan
d’éradication », les structures décisionnelles ont été très largement organisées selon des
critères d’allégeance, de compromission, de clientélisme et de régionalisme.
Comme dans d’autres dictatures militaires, le terrorisme d’État doit en effet
s’accompagner du secret pour garantir une certaine impunité aux principaux responsables
impliqués et surtout pour les commanditaires. La torture est ainsi employée dans tous les lieux
d’arrestation et de détention, mais la liquidation à une « échelle industrielle » se fait en général
dans des lieux précis, tous contrôlés par le DRS. Et l’extermination de l’adversaire est une
opération plus ou moins centralisée : à côté de quelques centres du Constantinois et de
l’Oranais (de préférence les CTRI), cette machine est surtout concentrée dans ceux, très
nombreux, de l’Algérois, comme nous le verrons plus loin.
Les centres de détention secrète, de torture et d’exécutions
Une première liste de 95 centres
L’Algérie comporte un grand nombre de centres de détention secrète et de torture
dépendant des forces dites « de sécurité ». En fait, dans tous les commissariats de police,
brigades de gendarmerie, postes de gardes communaux et de miliciens, et dans plusieurs
unités de l’ANP — principalement celles des « forces spéciales » —, la torture est pratiquée.
Mais ce sont les services du DRS (Département de renseignement et sécurité) qui se
distinguent particulièrement dans les enlèvements, les séquestrations et les tortures — et qui
ont causé directement la mort de dizaines de milliers de personnes depuis 1992. Comme on
7
l’a vu, ces services, tout au long de la « sale guerre », ont assuré également la coordination des
actions menées par les autres forces de « sécurité » (ANP, police, gendarmerie nationale,
milices) dans le cadre de la « lutte antisubversive », en pratique principalement dirigée contre
des civils.
Du fait du caractère secret de l’organisation de la terreur d’État et de la difficulté à
collecter les informations fiables, on ne propose ici qu’une description certainement encore
incomplète du dispositif des centres de détention secrète, de torture et d’exécutions
extrajudiciaires, description limitée à sept centres du DRS, ainsi qu’à trois commissariats et
une brigade de gendarmerie. Ces centres figurent parmi les plus importants, mais il en existe
de très nombreux autres, sans oublier ceux sur lesquels il n’a pas encore été possible de
recueillir suffisamment d’informations.
Le pays est en effet quadrillé (surtout dans l’Algérois) de casernes militaires, brigades
de gendarmerie, postes de polices ou de gardes communales par lesquels « transitent » les
personnes arrêtées qui y sont systématiquement torturées avant d’être « prises en charge » par
des agents du DRS sur place, ou d’être transférées dans l’un de ses centres. Tous les endroits
où est pratiquée la torture ne sont pas connus, mais les témoignages de victimes et de
militaires et officiers dissidents ont permis de dresser une première liste de 96 centres (voir
encadré ci-après).
96 centres de tortures, de détention et de liquidation
* Centres du DRS
1 re région militaire
Alger : CPMI (Centre principal militaire d’investigations, Ben-Aknoun), Châteauneuf (PCO),
Centre Antar (Ben-Aknoun), centre d’Hydra, caserne de Bouzaréah, caserne de Béni-Messous,
Lido (Bordj El-Kiffan) ; autres centres : Haouch-Ch’nou (CTRI de Blida), Centre de
Boudouaou (Boumerdès), Centre dit « La Soeurette » (Médéa).
2 e région militaire
Centre Magenta (CTRI d’Oran), Centre de Relizane (rattaché au CTRI d’Oran), Résidence
Colonna Sig (Sidi Bel-Abbés).
5 e région militaire
Constantine : Centre Bellevue (CTRI de Constantine), Mansourah ; Centre de Guelma.
* Casernes militaires
1 re région militaire
Aïn-Naâdja (Alger), Villa Coopawi (Lakhdaria/Bouira), Dellys (caserne Sonipec), Ouled
Aïssa (Boumerdès), El-Milia (Jijel), Larbaâ (Blida), Rouïba (caserne Sonacome), Tizi-Ouzou.
2 e région militaire
Oran : Centre des Amandiers, Centre de Tlilet (base militaire).
* Commissariats de police
1 re région militaire
Alger : commissariat central, Aïn-Taya, Anassers, Bab El-Oued, Bab-Ezzouar, Baraki,
Belouizdad, Bourouba, Cavaignac, Chéraga, Dar El-Beida, Douéra, El-Harrach, El-Madania
(Brigade mobile de police judiciaire), Gué de Constantine, Hussein-Dey, Kouba, Réghaïa :
Blida : commissariat central, Service de police judiciaire, El-Affroun, Larbaâ, Ouled-Ayach
(Brigade mobile de police judiciaire) : Boumerdès : Boudouaou, Dellys, Thénia ; Médéa :
commissariat de Tablat ; Tipaza : Koléa.
2 e région militaire
Oran : centre de Dar Al-Beïda (caserne des CNS), commissariat central ; Commissariat de
8
Tlemcen.
5 e région militaire
Constantine : commissariat central, Sidi-Mabrouk (ex-ONRB) ; commissariat de Khenchela.
* Brigades de gendarmerie
1 re région militaire
Alger : Aïn-Naâdja, Aïn-Taya, Bab-Ezzouar, Bab Jdid (Casbah), Baba-Hassan, Baraki,
Chéraga, Birkhadem, Bouzaréah, Dergana, Reghaïa, Rouïba, Saoula ; Aïn-Defla : Bethia ;
Blida : Bougara, Meftah, Mouzaïa, Ouled-Ayach ; Boumerdès : Baghlia, Bordj-Ménaïel, Ouled-
Moussa, Sidi-Daoud ; Tipaza : Hattatba. Djelfa : Messaâd ; Laghouat
2 e région militaire
Mostaganem : Aïn-Tedlès.
5 e région militaire
Mila : Chelghoum El-Laïd ; Souk-Ahras : Oualal ; El Tarf : Echatt.
* Prisons
El-Harrach (Alger), Serkadji (Alger), Berrouaghia, Blida (prison militaire), Tazoult (ex-
Lambèze), Mers El-Kébir (prison militaire).
Les informations qui sont présentées ci-après sur chaque centre — et qui sont
évidemment bien loin d’être complètes et exhaustives — sont le résultat d’un dépouillement
systématique des témoignages de victimes qui ont survécu après avoir été détenues dans
certains de ces centres, et des témoignages de familles de personnes « disparues » ou victimes
d’exécutions sommaires après y avoir été amenées. Les informations les plus précises sur le
fonctionnement des centres et le rôle de leurs responsables ont toutefois été apportées par des
militaires déserteurs, anciens du DRS ou de l’ANP, et des policiers dissidents. Toutes ces
informations ont été soigneusement recoupées et vérifiées pour l’établissement du présent
rapport (des témoignages résumés, à simple titre d’illustration, ont également été rapportés
pour certains des centres présentés ici5).
Dans la perspective de fournir des informations pertinentes aux instances judiciaires qui
devront un jour connaître des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis en
Algérie depuis 1988, une attention particulière a été apportée par les auteurs de ce rapport à
l’établissement des responsabilités : chaque fois que des sources sûres le permettaient, les
noms des chefs des centres et de leurs supérieurs hiérarchiques ont été indiqués, ainsi que la
période où ils peuvent être considérés, du fait de leurs fonctions (officielles ou officieuses),
comme responsables des crimes qui y ont été commis. Pour certains centres et certaines
périodes, la liste des responsables en titre reste à établir. Seuls d’autres témoignages et des
enquêtes complémentaires permettront de le faire.
Les centres du DRS
Pendant toute la « sale guerre », et encore à ce jour, les agents des différentes branches
du DRS ont agi en toute impunité. Ils se rendent fréquemment dans les centres des nombreux
services impliqués dans la répression (police, gendarmerie, armée, gardes communales et
milices) pour superviser les séances de torture ou enlever les victimes afin de les séquestrer
dans leurs centres, où ils sont à nouveau torturés et souvent assassinés. Nous répertorions ici
les principaux centres dépendant des services du DRS.
5 Sources : Me Mahmoud KHÉLILI, La Torture en Algérie (1991-2001), op. cit. ; COMITÉ ALGÉRIEN DES MILITANTS LIBRES DE LA
DIGNITÉ HUMAINE ET DES DROITS DE L’HOMME, Livre blanc contre la répression en Algérie, tome I, Hoggar Éditions, Genève, 1995.
9
Le CPMI de Ben-Aknoun
Rattaché à la DCSA, le CPMI (Centre principal militaire d’investigation) est situé dans
le centre de Ben-Aknoun. Le bâtiment de détention est constitué d’un grand hall de réception
des prisonniers. Face à l’entrée principale, se situent une série de cellules qui se termine sur sa
partie droite par une petite salle d’interrogatoire et de tortures. À la droite de l’entrée du
bâtiment se situe la salle principale de tortures, à gauche se trouvent les WC sans portes.
(Croquis 1)
Le CPMI a été dirigé de 1990 à mars 2001 par le colonel Athmane Tartag, dit
« Bachir », surnommé par certains le « monstre de Ben-Aknoun ». Ce centre s’est notamment
distingué dans l’arrestation d’opposants civils et leur retournement, alors que sa mission est en
principe spécifiquement militaire. Dès le printemps 1992, Tartag a reçu l’instruction de son
chef, le général Kamel Abderrahmane, de ne plus remettre les « intégristes irrécupérables » à
la justice ; ce qui signifiait clairement carte blanche pour tuer. Mais avant, ils passaient
systématiquement par la torture6. Il s’ensuivit des expéditions punitives qui firent entre 1993
et 1994 entre dix et quarante victimes par jour. De véritables escadrons de la mort ont été
formés dans ce centre, chargés de poursuivre les islamistes, de les liquider et de terroriser la
population7. Mais leur mission militaire initiale ne fut pas abandonnée. Ainsi, de nombreux
militaires suspectés de sympathies avec le FIS ont été arrêtés et détenus au CPMI de Ben-
Aknoun.
En particulier, en mars 1992, plus de soixante-dix militaires (dont le plus haut grade ne
dépassait pas celui de capitaine), soupçonnés de préparer un coup d’État, ont été arrêtés,
torturés et condamnés à des peines de prison allant jusqu’à trois ans. Certains de ces militaires
ont été liquidés après leur libération par les commandos rattachés au CPMI, d’autres ont
« disparu ».
Ainsi, le sergent-chef Rabah Habib, arrêté fin mars 1992, est passé par différentes
casernes avant d’être transféré au CPMI. Sa séquestration a duré trente-sept jours, et il eut à
subir différentes tortures — le chiffon et des coups, qui lui causèrent une fracture de l’épaule.
Il rencontra au CPMI de nombreux autres militaires (près de cent cinquante), qui tous furent
transférés à la prison de Béchar. Condamné à trois ans de prison et libéré en juin 1993, il a été
radié des rangs de l’armée mais approché à différentes reprises par des officiers du CPMI pour
l’inciter à collaborer. Afin d’échapper aux persécutions, il a décidé de quitter l’Algérie.
Le capitaine Ahmed Chouchane, lui aussi arrêté en mars 1992 et condamné à trois ans
de prison, a été l’objet, à sa sortie de prison le 31 mars 1995, d’un enlèvement par un
commando qui l’emmena au siège du CPMI. Il y fut accueilli par le colonel Bachir Tartag et le
général Kamel Abderrahmane, qui tentèrent de le persuader de collaborer avec eux en lui
demandant de devenir l’adjoint, à la tête du GIA (Groupe islamiste armé), de Djamel Zitouni,
qu’ils lui ont présenté comme un homme contrôlé par le DRS8. Chouchane réussit à déjouer
les pressions de ses kidnappeurs et à fuir le pays.
En 2000, les officiers dissidents du MAOL ont rapporté avec beaucoup de détails les
méthodes barbares de tortures pratiquées au CPMI9 (qui ne différent pas de celles pratiquées
dans d’autres centres du DRS, à Châteauneuf, Haouch-Chnou ou Magenta).
À l’arrestation, le sujet est introduit dans la voiture, sa tête est placée entre ses jambes pour qu’il ne
reconnaisse pas la destination ; une fois arrivé au centre, la voiture est stationnée devant la porte de la
bâtisse qui sert de prison. Le sujet est descendu de la voiture et conduit à l’intérieur avec une cagoule qui
est enlevée une fois à l’intérieur. Il est ensuite délesté de tous ses vêtements sous des regards humiliants,
6 Voir Mohammed SAMRAOUI, Chronique des années de sang, op. cit., p. 200.
7 Ibid., p. 201.
8 Voir le témoignage précité de Ahmed Chouchane.
9 MAOL, « Affaires des généraux », <www.anp.org/affairegeneraux/affgene.html>.
10
pour mettre une combinaison militaire aux odeurs nauséabondes (du même modèle que celle des
mécaniciens, mais de couleur verte), déjà utilisée par des dizaines de victimes et entachée de sang.
Généralement, le nouvel arrivé est accueilli par les cris et les supplices d’un autre détenu interrogé dans
une des salles réservées à cet usage. C’est le premier choc que reçoit la personne arrêtée, qui est ensuite
soumise aux pires exactions. La suite des événements dépend toutefois du sort réservé à la personne
arrêtée par les chefs du CMPI : selon les cas, les hommes de Tartag chargés de mener l’interrogatoire se
comportent différemment, et si le sujet bénéficie d’une recommandation d’une autorité supérieure, c’est
Tartag en personne qui s’en charge.
Si c’est la mort qui est réservée à la victime, les séances de torture commencent immédiatement par
des coups, et la combinaison n’est même pas nécessaire. Le cas du commandant Mohamed Abbassa, un
officier de la Marine, est un exemple typique : arrêté au siège du ministère de la Défense nationale (MDN)
le matin du 5 janvier 1994, il a été transporté au CPMI, où il est mort deux jours plus tard. Depuis le
premier jour, ce fut Tartag en personne qui s’occupa de son cas. Arrêté sous le motif de « suspicion
d’appartenance à une entreprise terroriste » (son nom avait surgi lors d’un précédent interrogatoire avec
un autre officier qui osait dire « non »), c’est bien sûr des noms que voulait lui arracher Tartag, aidé par
un autre officier du CPMI (le « lieutenant Mohamed ») qui prenait plaisir à torturer des officiers
supérieurs, gifles et coups de manche à balai pour commencer. Il fut ensuite allongé tout nu sur un
sommier métallique et attaché par des sangles et arrosé d’un seau d’eau. Le lieutenant Mohamed lui mit
les électrodes aux pieds puis aux organes génitaux, Tartag dirigeait l’opération et demandait la
collaboration sous peine de poursuites de la séance de vérité.
À chaque fois que le courant était branché, le lit en entier se déplaçait. Et ce qui rendait Tartag plus
nerveux était le silence et la résistance du commandant Abbassa. Et dans les rares moments de répit, la
seule réponse de Abbassa était : « Vous ne savez pas ce que vous faites à l’Algérie, êtes-vous seulement
conscients ? » Le chalumeau, le manche à balai, les bouteilles, les fourchettes, toute la panoplie de la
torture fut employée par Tartag et son second, et à chaque fois que le commandant Abbassa perdait
connaissance, Tartag devenait encore plus furieux et le lieutenant tortionnaire était presque dans un état de
transe. Au soir de la deuxième journée, ce fut un corps méconnaissable, enflé et brûlé, même aux yeux,
qui rendit l’âme en murmurant des mots à peine audibles. La dépouille n’eut même pas droit à un
enterrement correct
Tout comme dans les autres centres de torture, le supplicié qui mourrait sur la table où qui était
exécutée sommairement par la suite était jetée dans la rue.
Un nombre impressionnant d’hommes a péri dans des conditions atrocement semblables, et à chaque
fois les corps étaient jetés pendant la nuit dans la rue comme des chiens que l’on abat ; ils avaient quand
même droit à une mention dans les colonnes des journaux du régime : « Un terroriste a été abattu durant la
nuit… »
Le PCO de Châteauneuf
Les instructions données aux hommes du PCO de Châteauneuf par le colonel Smaïn
étaient sans ambiguïtés aucune et consistaient à s’affranchir de toutes les règles juridiques en
vigueur, tant au niveau de la législation algérienne qu’au regard du droit international, ainsi
qu’en a témoigné, comme on l’a déjà évoqué, l’ex-colonel Mohammed Samraoui : « En
mai 1992, lors d’une réunion à Châteauneuf en présence de nombreux officiers de la DCE et
des responsables de l’ONRB, il [Smaïl Lamari] nous affirma : “Je suis prêt et décidé à
éliminer trois millions d’Algériens s’il le faut pour maintenir l’ordre que les islamistes
menacent”10. »
Châteauneuf est sans doute le lieu le plus tristement célèbre de la torture en Algérie —
où l’« on broie la personne humaine », selon l’expression d’un rescapé de ce centre. De
nombreux citoyens, venus de toutes les contrées du pays, y ont défilé, des centaines de
suppliciés y sont morts sur le banc de ciment où ils avaient subi la question.
Les personnes arrêtées sont détenues au sous-sol : de part et d’autre d’un long couloir de
1,20 m de large, se situent des cellules numérotées. Initialement, selon la description donnée
par un témoin en 1994 (M. Chaachoua), le sous-sol comportait deux cellules de 4 m sur 2 m
(accueillant chacune de quatorze à trente-cinq personnes, qui ne peuvent ni bouger ni dormir,
vu l’exiguïté des lieux), deux cellules de 1,40 m sur 1,40 m (accueillant quatre à sept
prisonniers ; l’une d’elles est utilisée pour la torture), une grande cellule de 6 m sur 5 m
(accueillant quarante à cinquante personnes) et des cellules secrètes.
10 Mohammed SAMRAOUI, Chronique des années de sang, op. cit., p. 162.
11
Dans un témoignage reçu en juillet 2003 d’un homme torturé en mars de la même
année, il est fait état d’aménagements récents : ce témoin décrit sa cellule (n° 3), située en face
des toilettes, longue de 2,50 m et large d’1 m avec un sol en gerflex et des murs en faïence sur
une hauteur d’1,50 m. Il y aurait, selon ce même témoin, neuf cellules de chaque côté du
couloir.
De nombreux témoins (Aït-Bellouk, Belkheir…) rapportent l’existence d’une salle
principale de torture où se trouve un banc de ciment, sur lequel est allongé le supplicié, et le
matériel nécessaire, dont la gégène. À côté de cette salle se trouvent des salles annexes plus
petites, où se pratique également la torture. Lors des années les plus noires de la répression, du
fait de l’exiguïté des lieux, les très nombreux détenus étaient aussi menottés et enfermés dans
les toilettes ou attachés à des tuyaux de radiateurs dans les couloirs.
Une victime de la torture à Châteauneuf (Aït-Chaouche Mokhtar, de Zeghara) affirme y
avoir assisté, en janvier 1995, à la mort sous la torture d’un garçon de quatorze ans, dont le
cartable avait été jeté dans la salle de torture.
Toutes les méthodes de torture, des plus primaires aux plus sophistiquées, sont utilisées.
La bastonnade, le tabassage, l’épreuve du chiffon et l’électricité sont les moyens les plus
banals. S’y ajoute l’utilisation de matraques et stylos électriques, du chalumeau et même de
l’étau sur la tête. Un jeune homme aujourd’hui exilé en Allemagne, Mounir, raconte :
J’ai été témoin de la mort d’un prisonnier à qui on avait serré la tête dans un étau jusqu’à éclatement
du crâne.
Il était habituel, au cours des séances de torture, que les tortionnaires utilisent des
cassettes de raï ou d’aboiements de chiens pour tenter d’étouffer les cris des suppliciés.
Rachid Mesli, avocat et militant des droits de l’homme, explique en avoir été témoin lors de
sa détention en ces lieux en août 1996 :
Subitement, des aboiements de chiots. Mais cela dure trop longtemps et les aboiements sont forts. On
dirait un enregistrement. Je regarde par l’ouverture de la porte. Un guichet de 15×10 cm environ. Il y a un
couloir d’un mètre de large environ et des cellules des deux côtés. Je ne peux voir distinctement que la
cellule en face, légèrement décalée. Des autres, je ne peux voir que la porte. Une tête barbue apparaît, puis
une autre plus jeune, blonde. Je questionne : « Où sommes-nous ?
— À Châteauneuf ! » Bien sûr ! Je le savais… « Qui êtes-vous ? » Pas de réponse. « Pourquoi ces
aboiements ? » Là, le barbu se pince les oreilles et la langue avec les doigts : « L’électricité ! C’est pour
qu’on entende pas quand ils crient trop fort ! »
Les tortionnaires de ce centre menacent souvent la victime de ramener son épouse, sa
mère ou sa fille. C’est le cas de Belhamri d’El Harrach, arrêté le 18 juin 1994 :
J’ai été insulté ainsi que les membres de ma famille par les policiers. C’étaient des obscénités indignes.
On m’a menacé à plusieurs reprises de ramener mon épouse et ma fille pour les violer devant moi.
Cette menace a été mise à exécution pour de nombreuses victimes. En octobre 1993,
Ahmed Chabha, de Baraki (Alger), a ainsi été sauvagement torturé devant son épouse et sa
mère, qu’on avait ramenées du domicile pour les forcer à assister aux séances de tortures.
C’est le cas aussi de la famille M., de Bachdjarah (Alger), dont le père avait été enlevé par le
DRS le 29 juin 1998, près du marché. Le lendemain, l’épouse et les deux filles S. et N. sont
arrêtées et emmenées à Châteauneuf. Elles y seront torturées et subiront des violences
sexuelles. Au cours de leur séjour, elles entendront de leurs cellules les cris de leur mari et
père sous la torture. L’une d’elle, N., rencontrera son père traîné par ses tortionnaires dans le
couloir, la barbe arrachée et le visage brûlé au chalumeau. Il mourra sous la torture.
Même les enfants n’ont pas été épargnés par ces images cauchemardesques. Le
témoignage de Mme B. Fatma-Zohra, d’Alger, en apporte une preuve. Son mari avait été
arrêté le 5 septembre 1995. Deux jours plus tard, cette dame prend ses trois enfants de quatre,
neuf et douze ans et se rend au centre de Châteauneuf à la recherche de son mari. Elle y est
séquestrée avec ses trois enfants durant vingt jours. L’épouse assistera à la torture de son mari
12
et sera menacée de violences sexuelles. Ses enfants seront soumis durant toute la durée de la
séquestration aux cris des suppliciés, dont leur père. Ils en sortiront perturbés
psychologiquement.
Kamel B., ancien officier de police qui a travaillé à Châteauneuf jusqu’en 1997, dans un
témoignage circonstancié recueilli par Algeria-Watch en 199811, a confirmé le caractère secret
et illégal des opérations de répression conduites par les hommes du PCO, notamment lors de
ratissages des forces combinées, police et armée :
Le but de ce genre d’opération est l’arrestation de terroristes recherchés par la justice et les
perquisitions pour trouver des armes ou des tracts. Les personnes arrêtées et recherchées sont transférées
au service concerné, celui qui nous a envoyé un avis de recherche et nous ne savons pas ce qui advient de
ces personnes. Seront-elles torturées, tuées, emprisonnées ? Passent-elles par la justice ? Il est certain que
dans chaque région militaire existent des centres de détention secrets qui ne sont connus que des agents de
la SM dépendants du secteur militaire. Moi, je ne les connais pas, d’après les dossiers que j’ai vus, je sais
qu’il y a un centre à Reggane. […]
Cinq mois [début 1992] sont passés durant lesquels les abus de la part de la police et de la SM se sont
accumulés : des arrestations collectives et arbitraires, la torture systématique… Il y avait des militaires
habillés en tenue de police qui effectuaient ces arrestations. Il y avait aussi beaucoup de femmes arrêtées
qui étaient transportées dans des centres secrets pour femmes. Mais comme ces affaires concernaient le
terrorisme, nous n’étions pas mis au secret concernant le sort réservé à ces personnes. […]
Je pense que les GIA ont été créés par les services secrets. Pourquoi ? Ils savent tout sur notre travail,
les pauses que nous faisons, nos codes et nos missions. Jamais un élément de ces groupes qui soit audessus
de l’émir n’a été arrêté. Lors des accrochages que nous avions avec ces groupes, nous avons pu
arrêter certains de leurs membres. On nous prévient que des spécialistes vont se charger de l’enquête et
nous ne pouvons plus poursuivre l’affaire. En réalité, l’ordre vient de la SM et nous ne savons pas où ils
emmènent les personnes que nous avons arrêtées. […]
Lorsque les membres de la SM venaient chercher les suspects, ils ne présentaient pas de papiers de
transfert et lorsque nous les exigions, ils nous montraient des cartes du DRS sur lesquels les noms
mentionnés étaient faux. Comment ai-je découvert cela ? J’ai noté certains noms et je me suis rendu au
fichier pour vérifier qui ils étaient. Ils étaient inconnus en tant qu’officiers du DRS. Lorsque j’en informai
le chef de la Sûreté, il me répondit qu’il ne pouvait rien contre les militaires, qu’ils avaient le pouvoir et
qu’il ne pouvait qu’exécuter des ordres. […]
Lorsqu’on visite les cellules des commissariats ou brigades de gendarmerie à Bab-Ezzouar, Leveilley,
Bourouba, Badjarah, Châteauneuf, Bab-el-Oued, Antar ou Béni-Messous, on ne peut être que choqué par
la systématisation de la torture et l’état dans lequel se trouvent les prisonniers. Ils n’ont plus rien
d’humain. Il y a des membres des forces de sécurité qui n’acceptent pas cet état des choses et d’autres qui
torturent même si on ne leur en donne pas l’ordre.
En janvier 1998, « Robert », un policier qui s’était réfugié en Grande-Bretagne un mois
plus tôt, a raconté des scènes de tortures auxquelles il avait assisté au PCO :
Robert témoigne de tortures l’année dernière dans l’infâme centre de police de Châteauneuf : « Nous
avions amené le prisonnier dans les baraques, en bas par une trappe dans le sous-sol. Il y avait là environ
quinze prisonniers dans la salle de torture. Ils avaient tous les yeux bandés. Un homme était en train de
pratiquer la torture avec un chalumeau et une paire de pinces. Je l’ai vu de mes propres yeux. Celui que
nous avions amené était ligoté à une échelle. Quand il ne voulait pas donner de noms, la police jetait
l’échelle et il tombait sur son visage. Puis ils utilisèrent une bouteille cassée. Il y avait aussi une machine
pour étirer les torturés. » Il a décrit environ quatre-vingt-dix façons de torturer, dont l’électricité avec
l’eau pour augmenter la douleur12.
La caserne de Châteauneuf est certainement un des centres par lequel sont passées le
plus de victimes. Beaucoup d’entre elles ont été séquestrées dans des commissariats de police
ou des brigades de gendarmerie avant d’atterrir à Châteauneuf, où les tortionnaires leur
arrachent des faux aveux sous la torture.
Hocine Abderrahim, trente-neuf ans, universitaire, a été arrêté en septembre 1992 à Dellys. Gardé à
vue pendant trente jours, notamment à Châteauneuf, il y a été torturé de plusieurs manières (technique du
chiffon, électricité, perceuse électrique, bastonnades), ce qui lui a notamment provoqué un traumatisme
crânien, obligeant à l’évacuer en urgence à deux reprises sur l’hôpital militaire. Dans son témoignage, il
11 « À propos de terrorisme… », <www.algeria-watch.org/farticle/aw/awterkamel.htm>.
12 John SWEENEY, « Atrocités en Algérie : “Nous étions les meurtriers qui ont tué pour l’État” », The Observer, 11 janvier
1998.
13
rapporte avoir été personnellement interrogé par les commissaires Kraa, Tolba et Issouli, devant lesquels
il fut frappé par un certain officier Talhi. Il finit par faire les aveux qu’on attendait de lui. Ceux-ci, filmés,
furent montrés à la télévision algérienne : il y revendiquait l’attentat de l’aéroport d’Alger, commis le
26 août 1992. Il a été condamné à mort et exécuté, le 31 août 1993.
Ouarti Mohamed, dix-neuf ans, demeurant aux Eucalyptus (Alger), a été arrêté le 11 avril 1993 par
des gendarmes à son domicile. Détenu à la brigade de gendarmerie de Bab-Ezzouar, il a été ensuite
transféré au centre du DRS du Hamiz, puis au centre de Châteauneuf. Sa « garde à vue » a duré huit mois.
Il a été torturé de nombreuses manières : chiffon, électricité, brûlures de l’anus et du dos au fer à souder,
enfermement dans un frigo (chambre froide), suspension au plafond durant douze jours, flagellations. Il en
a gardé une paralysie définitive de la main droite et des troubles sphinctériens. Il fut présenté à la
télévision, « reconnaissant » avoir assassiné la malheureuse Karima Belhadj aux Eucalyptus. Après huit
mois de séquestrations et de tortures, il fut jeté dans la forêt et a dû regagner son domicile situé à plus de
20 km à pied.
Benmerakchi Mohamed, trente-cinq ans, chauffeur de taxi, demeurant au Climat de France (Bab el-
Oued), a été arrêté à son domicile le 6 avril 1995 à 2 heures du matin par des ninjas (motif de son
arrestation : il était paru accidentellement dans un documentaire de la BBC, rediffusé par Canal + le
17 décembre 1995, évoquant les violations des droits de l’homme par les forces de « sécurité »). Il a été
détenu six mois à Châteauneuf, dont quarante jours de tortures (chiffon, électricité, bastonnades,
suspension au plafond par des menottes), qui lui ont causé des troubles psychiques et une paralysie
transitoire des deux mains du fait des suspensions au plafond.
Medjnoun Malik, demeurant à Tizi-Ouzou, a été arrêté le 28 septembre 1999 près de son domicile, par
des hommes armés de la SM. Transféré à Châteauneuf, il y a été détenu sept mois, subissant de
nombreuses tortures (bastonnades, chiffon, flagellation) qui ont conduit à son hospitalisation, pendant
vingt-huit jours, à l’hôpital militaire de Blida. Le 2 mai 2000, il a été incarcéré à la prison de Tizi-Ouzou.
Le CPO, ou « Centre Antar »
Le centre Antar, siège du CPO (Centre principal des opérations), est situé à Ben-
Aknoun, en banlieue d’Alger, sous la rive droite de l’autoroute de Birmourad Raïs, près du
parc zoologique. Il est rattaché à la DCE et a été dirigé dans un premier temps, de 1990 à
mai 1992, par le commandant Amar Guettouchi, qui joua un rôle essentiel dans la mise en
place des premiers groupes armés islamistes contrôlés par le DRS13. Après sa mort en
opération, un intérim de trois mois a été assuré par le général Smaïl Lamari lui-même ; et à
partir d’août 1992, le CPO a été dirigé par le colonel Farid Ghobrini, puis, à partir de 1995,
par le colonel Kamel Hamoud. Le service de police judiciaire du DRS s’y trouve aussi.
Ce centre s’est spécialisé dans la torture des membres des services de sécurité et de
l’armée soupçonnés de sympathies avec le FIS. Mais de nombreux civils y sont passés aussi
(Ali Benhadj, numéro deux du FIS, y a ainsi passé sa première nuit après son arrestation en
juin 1991). Rares sont ceux qui en sont revenus, ce qui explique la rareté des témoignages.
En novembre 1997, un ancien officier du DRS, témoignant sous le pseudonyme de
« Joseph », ayant déserté et s’étant réfugié en Grande-Bretagne en 1995, a donné une longue
interview à deux journalistes britanniques14, dans laquelle il expliquait notamment :
« J’ai vu à Antar, un centre de torture situé près du parc zoologique d’Alger, un oeil humain sur une
table et dans lequel était enfoncée une fourchette. J’ai vu des interrogatoires où les tortionnaires
menaçaient leurs victimes : “Parle ou on viole ta fille.” Cette dernière était à peine âgée de quatorze ans.
J’ai rarement passé des nuits de sommeil calmes. J’ai eu des cauchemars terribles. » Il a décrit également
des séances de torture à l’électricité auxquelles il avait assisté : « On attachait une personne sur un lit sans
matelas, en contact direct avec les ressorts et on y faisait passer l’électricité. Elle provoquait un
mouvement de sifflement — c’était tout le corps qui sautait sous le courant électrique. Smaïn avait
l’habitude d’aller au centre de torture du Zoo. Et mes collègues disaient : “Le chef est là. Il travaille.” Ce
qui veut dire qu’il supervisait lui-même les séances de torture. »
13 Voir Mohammed SAMRAOUI, Chronique des années de sang, op. cit., p. 172 sq.
14 John SWEENEY et Leonard DOYLE, « Algerian regime responsible for massacres : Algeria regime “was behind Paris
bomb” », Manchester Guardian Weekly, 16 novembre 1997.
14
L’ex-colonel Samraoui, pour sa part, a raconté ce qu’il a vu en juillet 1994 à Antar, où il
rendait une visite de courtoisie à ses anciens collègues (depuis août 1992, il était en poste en
Allemagne) :
J’appris alors, à ma grande surprise, que parmi les « faits d’armes » de mon ancienne unité figuraient
désormais les assassinats, les disparitions, les exécutions extrajudiciaires de présumés terroristes. […]
[J’ai constaté] que les jeunes officiers que j’avais eus sous mes ordres — et qui, deux ans auparavant,
étaient des adolescents timides — étaient devenus des « monstres », qui pavoisaient à l’idée d’aller à Sidi-
Moussa « épingler » un islamiste armé : ils étaient impatients d’aller l’arrêter et lui « faire la peau » s’il
essayait de résister ! J’avoue que je n’en revenais pas. Étaient-ils drogués ? Étaient-ils conditionnés au
point de n’avoir plus aucune considération pour la vie humaine ? Tout ce que je peux dire, c’est que ce
n’était pas un comportement normal15.
Mohammed Samraoui rapporte également que, à partir de 1989, les militants islamistes
qui s’étaient rendus en Afghanistan pour y combattre étaient arrêtés à leur retour en Algérie et
emmenés au Centre Antar :
Ils étaient gardés à vue 24 heures dans les locaux de la police (au commissariat de Cavaignac ou au
commissariat central du boulevard Amirouche à Alger) avant d’être acheminés vers le CPO au Centre
Antar, pour un “examen de situation” approfondi. Après plusieurs jours de garde à vue au cours de
laquelle ils subissaient souvent des tortures lors des séances d’interrogatoires, ils étaient, selon les cas,
recrutés, mis sous surveillance ou carrément arrêtés16.
Le CTRI de Blida, ou « Haouch-Chnou »
Le CTRI (Centre territorial de recherche et d’investigation) de la 1re région militaire, est
situé à Zabana, au centre de Blida. Il porte deux appellations : Centre administratif Djeridel
Mohamed et Centre Bouknit. Il est néanmoins appelé communément « Haouch-Chnou », qui
est en fait le siège du commandement de la gendarmerie nationale à Blida, situé sur la route
menant à la commune de Chiffa, à la sortie ouest de Blida. Le CTRI, dans lequel sont
affectées plus de 550 personnes, est commandé depuis l’été 1990 par le commandant (puis
colonel) Mehenna Djebbar (toujours en poste en 2003), sous les ordres directs de « Smaïn »
Lamari. C’est sans conteste l’un des principaux centres de torture et d’exécutions
extrajudiciaires du DRS. Dans ce centre se trouvent aussi une compagnie du GIS
(Groupement d’intervention spéciale) et un service de la police judiciaire, qui prête main forte
au CTRI. Il est de surcroît une plaque tournante dans le recrutement et l’armement des milices
de la région. (Croquis 2)
Sous la direction de Mehenna Djebbar et de son adjoint le capitaine Abdelhafidh
Allouache, dit « Hafidh », le CTRI de Blida s’est distingué non seulement par la pratique
systématique de la torture, mais aussi par des assassinats d’opposants véritables ou présumés,
la mise en place d’escadrons de la mort et la création de milices. Des dizaines de milliers de
personnes y sont passées, et plusieurs milliers d’entre elles ont été liquidées, surtout dans les
années 1994-1998.
Dans les premières années de répression, ce centre a coopéré de manière très étroite
avec le PCO de Châteauneuf, puisque la majorité des détenus qui passaient par le service
chargé de la lutte antiterroriste étaient ensuite transférés à Blida.
Khider Mohamed a été arrêté à son domicile le 2 mars 1994 à 1 heure du matin par la police de Dellys
où il passa la nuit ; puis il a été transféré au CTRI de Blida, où il fut séquestré pendant trente-sept jours et
a subi de terribles tortures : complètement nu, il a été attaché les mains derrière le dos sur une table et il a
subi le supplice du chiffon imbibé d’eau sale (contrainte d’ingurgiter ce liquide infect, alternant avec des
pressions sur le ventre pour provoquer le vomissement), pendant des séances répétées jusqu’à perdre
connaissance. Il subit aussi la gégène avec des électrodes placées sur les parties intimes et le lobe des
oreilles, puis la pendaison par les parties intimes au moyen d’une corde fine, entraînant des urines de sang.
Quatre détenus ont été tués sommairement en sa présence à cet endroit. Il s’agit de Lamri Rabah,
Bentouati Malik, Benchiha Rabah (marié, huit enfants) et Rachdi Ali.
15 Mohammed SAMRAOUI, Chronique des années de sang, op. cit., p. 196.
16 Ibid., p. 90.
15
Les témoignages recueillis par Me Mahmoud Khélili, et publiés par Algeria-Watch,
montrent que ce centre s’est notamment spécialisé dans la technique de la suspension par le
sexe ; et que « la victime est souvent accueillie par un officier connu par sa phrase célèbre :
“Ici on ne connaît ni Dieu ni Amnesty International, ou tu parles ou tu meures17 !” ».
En octobre 1997, un ancien membre des forces spéciales de l’ANP, âgé de vingt-trois
ans, témoignant sous le pseudonyme de « Reda », a raconté à une journaliste irlandaise18
comment lui et ses camarades partaient en opération après s’être drogués :
Il y avait un médecin en uniforme appelé Dr Sadek qui nous en donnait [un étrange liquide
blanchâtre]. Nous nous l’injections les uns les autres. Cela vous fait sentir comme dans un rêve : quand
nous tuions des hommes, c’était comme si nous tuions des chats ;
et comment, après avoir brutalement arrêté seize hommes à Sidi-Moussa, en mai 1997,
ils les ont conduits à Blida :
Il y avait une pièce spéciale où on torturait, appelée al-Katela (la pièce de la mort). C’était comme une
morgue. Nous disions : « Tu as abrité et nourri des terroristes, parle-nous d’eux ! » Nous faisons des trous
dans leurs mains et dans leur corps avec une perceuse électrique, nous brûlions leur barbe. Je ne l’ai pas
fait personnellement, mais nous étions un groupe ; mon rôle était de monter la garde.
En 2001, l’ex-adjudant Abdelkader Tigha, qui a travaillé au CTRI de Blida de 1993 à
1997 (il a déserté en 1999), a expliqué à Nord-Sud Export19 comment, à partir de 1993, la
police est passée sous le contrôle du DRS, chaque CTRI donnant des ordres aux unités de
police de sa région :
Ils ont fermé des commissariats, car ils avaient peur des bombes, Mais nous, nous étions des hommes
de l’ombre, nous ne sommes pas un service officiel. On évolue sur le terrain avec des voitures et des
véhicules banalisés. Rien n’a changé depuis 1993 jusqu’en 1997, c’était le même travail, c’étaient les
mêmes objectifs et c’étaient les mêmes exécutions. La méthode a toujours été la même : on identifie, on
arrête les gens et on les exécute. Encore maintenant, si on arrête quelqu’un, il est assassiné, mais sous
scénario.
Nord-Sud poursuit : « Tigha décrit ensuite, dans les pages de son cahier, comment ces
personnes sont ensuite transférées dans les geôles du service et comment se déroulent les
séances de torture : “La nuit suivante, les détenus sont exécutés à l’intérieur des geôles par
strangulation avec des sacs de plastique.” Tigha indique que, dans une phase précédente, les
détenus étaient exécutés par halles (HK silencieux) devant leur domicile, mais que craignant
d’être vus, le GIS et la police judiciaire ont préféré, par la suite, jeter, de nuit, les cadavres
devant chez eux20. »
Djouaidia Mabrouk, né le 18 novembre 1968, demeurant à Ouallel (Souk-Ahras), a été arrêté le
8 mars 1997 par la brigade de gendarmerie de Ouallel. Pendant huit jours, il a subi la torture : chiffon
trempé dans l’eau sale, gégène, coups de bâton qui lui ont fracassé la mâchoire. Il a fini par signer un PV
sous la contrainte, sans en connaître le contenu. Il a ensuite été transféré au CTRI de Blida, où il a été
séquestré pendant soixante jours, sans avoir été torturé. En revanche, les cinq amis arrêtés avec lui n’ont
plus donné signe de vie après avoir été séquestrés au même endroit. Il s’agit de Ahmed Azzouzi,
Abdelkader Azzouzi, Toufik Mahmoudi, Youcef Mahmoudi et Djilali Adelali.
En 2002, Abdelkader Tigha a expliqué également, avec beaucoup de précisions,
comment les responsables du CTRI de Blida ont manipulé les groupes armés islamistes, en
particulier le GIA de Djamel Zitouni. Et aussi comment, fin 1993, ils ont créé l’Organisation
des jeunes Algériens libres (OJAL), un escadron de la mort composé de membres du DRS et
responsables de centaines d’assassinats21. Ce que confirmera dans son livre l’ex-colonel
Mohammed Samraoui :
17 Me Mahmoud KHÉLILI, La Torture en Algérie (1991-2001), op. cit.
18 Lara MARLOWE, « Ex-army man saw villagers being murdering », The Irish Times, 30 octobre 1997.
19 « Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM », Nord-Sud Export, loc. cit.
20 Ibid.
21 « Algérie. Dossier politique », Nord-Sud Export, loc. cit.
16
C’est en 1995 que j’apprendrai la vérité sur l’origine de l’OJAL, par un officier ayant fait partie des
forces spéciales du CCC/ALAS, le colonel Mohamed Benabdallah, qui avait été sous mes ordres en
juin 1991 […]. Cet officier avait activement participé à la « chasse aux intégristes » à la tête d’une unité
dépendant conjointement du CC/ALAS (donc recevant ses ordres directement du général Mohamed
Lamari) et du DRS, travaillant en étroite collaboration avec le CTRI de Blida. […] Le colonel
Benabdallah se vantera devant moi d’avoir été l’un des responsables de l’OJAL, escadron de la mort du
DRS créé à l’initiative du général Toufik. […] Le colonel Benabdallah m’a aussi révélé que le
commandement militaire a mis fin aux représailles signées sous le nom de cette organisation, car certains
officiers étaient réticents à la poursuite de cette sale besogne et surtout parce que ce « travail » serait
bientôt confié aux « patriotes » et aux membres des groupes de légitime défense, que le commandement
militaire allait armer et encadrer22.
Le CTRI de Constantine, ou « Centre Bellevue »
Le CTRI de Constantine, situé dans le quartier Bellevue, a été commandé jusqu’en
mai 1992 par le colonel Farid Ghobrini (qui a pris alors la tête du CPO de Ben-Aknoun, le
Centre Antar). Il a été remplacé à cette date par le colonel Kamel Hamoud. En 1995, ce
dernier quittera le Centre Bellevue pour prendre, à son tour, la direction du CPO en
remplacement de Ghobrini. Colonel Hamoud a été remplacé par le colonel Karim.
Les familles de disparus disposent dans certains cas de procès-verbaux de notification
émanant des services de la police judiciaire de Constantine informant que la personne arrêtée
a été transférée vers le CTRI.
Saker Salah, né le 10 janvier 1957, marié et père de six enfants, professeur de lycée à Constantine,
militant du FIS, avait été élu au premier tour des élections législatives de décembre 1991. Arrêté le 29 mai
1994 à 18 h 15 à son domicile par des membres de la police judiciaire, il a été atrocement torturé,
transféré à l’hôpital militaire, puis civil. À sa sortie, il a été remis au CTRI de Constantine le 3 juillet 1994
(PV n° 848 du 10 juillet 1994 de la police) et depuis, il a disparu. Le procureur général qui a reçu la
plainte de la famille, en juillet 1994, a déclaré à cette dernière que son parent était détenu au CTRI et qu’il
avait été hospitalisé suite aux tortures.
Seridi Mostepha, trente-huit ans, marié et père de trois enfants, professeur de collège, demeurant à
Guelma, a été arrêté en 1993 au domicile de sa soeur par des membres de l’antenne locale du DRS. Il a été
emmené dans leur centre à Guelma avant d’être transféré au CTRI de Constantine. Laissé sans nourriture,
il a été torturé à plusieurs reprises durant la nuit (coups de toutes sortes, pinces aux ongles, fil au sexe,
éponge d’eau dans la bouche, électricité aux phalanges…), selon les informations rapportées à la famille.
Un témoin aurait affirmé à ses parents qu’il serait décédé sous la torture, mais le corps n’a jamais été
remis à sa famille.
Le CTRI d’Oran, ou « Centre Magenta »
Le CTRI d’Oran, antenne principale du DRS dans cette région, connu sous le nom du
centre de Magenta, a été dirigé de 1988 à 1993 par le colonel « Abdelwahab », secondé par le
commandant Boudia Mered. Ces deux officiers sont responsables des principaux enlèvements
qui ont eu lieu dans la région d’Oran, où ils étaient notamment chargés des opérations
d’enlèvements, de tortures et de liquidation d’opposants. Plusieurs personnes qui ont eu à
connaître ce sinistre lieu ont disparu à ce jour. Après « Abdelwahab » le centre est dirigé par
le commandant Hamidou qui a partir de 1997 ou 1998 sera remplacé par Hamou Belouisa.
Ce centre est situé au coeur d’Oran et comporte vingt-cinq cellules d’un mètre carré plus
trois cellules d’isolement. Les détenus sont torturés par six à huit agents, souvent sous
l’emprise des boissons alcoolisées et de la drogue pour mener « à bien » leurs interrogatoires
poussés. Une spécialité est d’introduire le supplicié dans le « cercle de la mort », entouré par
les tortionnaires qui le battent avec du fil électrique et des bâtons. Cette opération peut durer
toute une journée avec des moments de répit pour permettre à la victime de reprendre
connaissance et de réfléchir. Autres méthodes utilisées : technique du chiffon, gégène,
strangulation, sodomisation à la bouteille, viols et coups de massue sur les coudes et genoux.
Une fois les séances de torture physique terminées, les tortionnaires ramènent les victimes
22 Mohammed SAMRAOUI, Chronique des années de sang, op. cit., p. 203-205.
17
dans leurs cellules qui se trouvent à proximité de la salle de torture. Des jours — voire des
mois — durant, les victimes sont séquestrées dans leurs cellules exposées nuit et jour à la
lumière, contraintes d’entendre les cris et gémissements des autres torturés. Les détenus sont
séquestrés parfois jusqu’à neuf mois sous le même régime, avant, très souvent, d’être exécutés
à l’intérieur ou à l’extérieur du centre.
Le colonel Hamou était également responsable du centre des Amandiers, qui se trouve
dans les locaux de la 2e région militaire, et travaillait en étroite collaboration avec les forces
de sécurité responsables des autres centres de détention et de torture de la région : le centre de
Tlilet (situé sur la base militaire), le centre de Dar Al-Beida (caserne des CNS), la prison
militaire de Mers El-Kébir et le commissariat central d’Oran, qui sert essentiellement de lieu
de tri et d’interrogatoires poussés avant de livrer les personnes arrêtées au centre de Magenta.
Mimouna Traïba, mère de cinq enfants, demeurant à Oran, a été arrêtée le 19 mars 1996 à 16 h 15 à
son domicile, en même temps que son mari Kaddour et son frère Mohamed, par une dizaine d’agents du
DRS. Elle a été séquestrée pendant vingt et un jours à la caserne Magenta d’Oran et torturée pendant
treize jours (déshabillée devant son frère et son mari, électricité sur les oreilles, la langue et les seins,
sodomisation par goulot de bouteille, menace de viol). Son mari Kaddour Belbachir a passé aussi vingt et
un jours dans le même centre, il porte des séquelles dues à la sodomisation par bouteille. Le frère
Mohamed Traïba, né le 26 mars 1955, séquestré au même endroit, a été torturé à l’électricité, et subi des
coups de massue sur les coudes et les genoux devant sa soeur et son beau-frère. Il est porté disparu à ce
jour.
Hocine Rachedi, vingt-huit ans, demeurant à Relizane, a été kidnappé le 2 octobre 2002 par trois
éléments du DRS devant la porte de son domicile. Il a été torturé à l’électricité au centre du DRS de
Relizane durant toute la journée du 2 octobre (ayant entraîné des brûlures du lobe de l’oreille), avant
d’être transféré le lendemain soir à la caserne Magenta d’Oran.
La villa COOPAWI de Lakhdaria
Située sur la route nationale n° 5 de Lakhdaria (anciennement Palestro, à environ
soixante-dix kilomètres à l’est d’Alger), cette ancienne villa coloniale était occupée pendant la
guerre de libération par les militaires français, qui y pratiquaient la torture. Elle sera, après
l’indépendance et à l’ère de la « révolution agraire », le siège administratif de la « coopérative
agricole de wilaya », d’où son appellation COOP.A.WI. Début 1993, elle a été occupée par
l’armée, retrouvant sa fonction coloniale de centre d’interrogatoire et de tortures, contrôlé à la
fois par le CLAS et le DRS. La villa, comprenant un rez-de-chaussée et un étage, a alors
accueilli un détachement du 25e régiment de reconnaissance (25e RR) et d’agents du DRS.
Le rez-de-chaussée comporte cinq cellules de moins de 2 m2 chacune, pièces sombres et
humides, sans toilettes, dans lesquelles pouvaient être entassées près de huit personnes.
L’accès aux cellules est caché.
En octobre 1994, le Dr Salah-Eddine Sidhoum a reçu un témoignage d’un détenu de la
prison d’El-Harrach, Belhadi Ali, demeurant au village Thameur, qui citait pour la première
fois cette villa de Lakhdaria et les différentes techniques de torture qu’il y avait subies. Il y a
été témoin de la mort de dix citoyens après d’horribles tortures, dont Tali Yahia, Kerbouche
Arezki et Amrani Ahmed.
En février 2001, le sous-lieutenant Habib Souaïdia, officier du 25e RR, a raconté dans
son livre La Sale Guerre les horreurs que subissaient les malheureuses victimes dans cette
villa. Il cite notamment le cas de l’ex-maire FIS de Lakhdaria, Mohamed Yabouche, kidnappé
par les agents du DRS près de la gare de la ville :
Le soir, dans ma chambre, située à l’étage au-dessus des cellules, j’entendais les cris de l’homme qui
suppliait ses tortionnaires. Abdelhak et ses collègues étaient à l’oeuvre. Le supplice a duré toute la nuit
avant de reprendre la nuit suivante pour se terminer au petit matin. Et ainsi de suite pendant quinze jours.
Il ne m’était plus possible de trouver le sommeil23.
23 Habib SOUAÏDIA, La Sale Guerre, op. cit., p. 108.
18
Plus loin, H. Souaïdia décrit une séance de torture que pratiquaient ses collègues :
En rentrant dans l’appentis donnant accès aux cellules pour prévenir un officier du CMI qui était
appelé au téléphone, je l’ai vu avec deux de ses collègues en train de torturer un malheureux : c’était un
cadre de l’ENAD (une entreprise de la zone industrielle de Lakhdaria), qui était soupçonné d’être le
chauffeur de l’émir Omar Chikhi. Il était attaché, entièrement nu, sur un banc. Ils lui avaient noué aux
pieds des fils électriques reliés à une petite dynamo à manivelle (du matériel russe normalement utilisé
pour les téléphones de campagne), qu’ils faisaient fonctionner pour lui envoyer des décharges. Je les ai
vus aussi utiliser d’autres procédés : il était battu violemment avec de longs gourdins, où encore, ils
l’obligeaient à absorber des quantités invraisemblables d’eau mélangée de Javel ou d’autres produits
détergents. Cet homme est mort sous la torture au bout de quatre jours24.
Les commissariats de police
Dans la plupart des commissariats, la torture est pratiquée. La police dépend en principe
de la DGSN (Direction générale de la sûreté nationale), qui a été dirigée par M’hamed Tolba
de mai 1991 à juin 1994, puis par M. Ouadah, remplacé le 20 mars 1995 par Ali Tounsi,
toujours en poste à ce jour.
Ces responsables n’ont jamais engagé la moindre poursuite contre les policiers
tortionnaires, qu’ils ont donc couverts en toute connaissance de cause. Dans la pratique, on l’a
vu, la police participe à la lutte « antisubversive » sous le contrôle du DRS. C’est le cas en
particulier dans trois commissariats importants où la torture est systématique : celui de
Bourouba (dans la banlieue d’Alger) et, à Alger même, le commissariat central et le
commissariat de Cavaignac.
Le commissariat de Bourouba
Situé dans le quartier populaire de Bachdjarah à Alger, ce centre restera gravé durant
longtemps dans la conscience collective de la jeunesse de la région comme symbole de la
terreur et de la déchéance humaine. Siège de la 5e Brigade mobile de police judiciaire (BMPJ),
ce commissariat a longtemps été dirigé par le chef de brigade Ouled Ami Boualem, qui a été
tu. De nombreuses personnes y sont décédées sous la torture.
Ce commissariat comportait initialement deux cellules — quinze à vingt détenus
s’entassaient dans chacune d’elles. En 1994, le commissaire a aménagé un bureau isolé en
cellule de détention des femmes et un autre bureau comme chambre à coucher, où il violait les
femmes détenues et sodomisait les mineurs. Ces faits étaient connus dès 1994, par plusieurs
témoignages. En octobre 1994, Le Dr Sidhoum a ainsi reçu un témoignage d’un groupe de
détenus de la prison d’El-Harrach, victimes de supplices de ce commissaire. Parmi eux,
Hakim Benslimane, arrêté le 12 juillet 1994, séquestré et torturé pendant soixante-dix jours,
qui a expliqué :
Yousfi Nadir était le plus jeune parmi nous. Il avait dix-neuf ans. C’est lui qui a subi les tortures les
plus atroces. Les tortionnaires ont utilisé avec lui l’électricité sur les parties sensibles de son corps. Le
plus grave, c’est qu’il a été sodomisé par le commissaire en personne, le nommé Ouled Ami Boualem, qui
paraissait être, vu son excitation et le plaisir qu’il éprouvait, un véritable obsédé sexuel. Ce n’était pas la
première fois. Il faisait cela à chaque fois qu’il y avait des jeunes.
Le viol semble une pratique routinière de l’équipe de Bourouba. Le même groupe de
détenus rapporte que l’une des femmes détenues « a été violée en notre présence au deuxième
étage. L’auteur du viol est un inspecteur de police qui était ivre ce jour-là ».
Nacéra Lazreg, née le 11 avril 1961, mère de six enfants, a été arrêtée à son domicile à El-Harrach le
6 décembre 1994 à minuit par des policiers du commissariat de Bourouba. Ils l’informent de la mort de
trois hommes, abattus par eux-mêmes, dont son mari recherché, Mahfoud Koudri ; elle doit les
accompagner pour l’identifier. Plus tard, la famille a appris par des témoins que Nacéra avait été torturée
sauvagement pendant près de trente jours, entre autres par le commissaire Ouled Ami lui-même.
Finalement, elle aurait été exécutée et sa dépouille aurait été jetée à la décharge publique de Oued-Smar,
24 Ibid., p. 109.
19
où elle fut retrouvée avec d’autres cadavres. Elle fut emmenée à la morgue de Bologhine et enterrée sous
l’inscription « X-algérienne ».
En juillet 2000, Algeria-Watch a publié une lettre ouverte de Abdelkader Rebaï, un
officier de police affecté dans ce commissariat en juin 1994 comme adjoint au chef de
brigade. Il y a travaillé pendant trente-quatre jours, avant d’être arrêté à cause d’un rapport
qu’il avait rédigé sur la situation dans ce commissariat et une affaire de vol de véhicule.
J’avais découvert dans les deux cellules de la brigade entre quinze et vingt détenus dans chacune
d’elles, en plus d’un bureau isolé aménagé par le chef de brigade Ouled Ami Boualem en cellule spéciale
pour les femmes détenues […]. Il m’apparut également de l’état des détenus qu’ils étaient en garde à vue
depuis une trop longue période, comme il me sera révélé à la suite de leur interrogatoire ; la plupart
d’entre eux furent arrêtés plus de quatre mois. […] Les détenus m’apprirent encore qu’ils n’étaient nourris
qu’une ou deux fois par semaine, avec pour menu invariable du pain et de l’eau. […] En plus de ces
réalités, et sur la base des questions que j’avais posées à tous les détenus, il m’est apparu que la plupart
d’entre eux ont été victimes d’agressions sexuelles commises par l’officier de police Ouled Ami Boualem,
alors même que la quasi totalité des détenus sont mineurs ou encore que leur âge se situe entre dix-huit et
vingt ans. La même chose pour les femmes détenues dans le bureau spécialement aménagé en cellule par
le chef de brigade mobile qui en gardait personnellement la clef. Le seul tort de ces femmes était qu’elles
étaient épouses, soeurs ou filles de terroristes25.
Le commissariat central d’Alger
Situé boulevard Amirouche, en plein centre d’Alger, le commissariat central comporte
plusieurs cellules de détention et salles de tortures, dans les sous-sols du bâtiment. Depuis
1988, il a été — avec le PCO de Châteauneuf, le siège de la BMPJ d’El-Madania, les
commissariats de Cavaignac et de Bourouba — l’un des centres de tortures les plus actifs de
la capitale. Le Pr Moulay Mohamed Saïd, séquestré et torturé en juin 1994 dans ce
commissariat, raconte y avoir retrouvé sur les murs des inscriptions d’Algériens détenus et
torturés par les Français pendant la guerre de libération.
Des milliers d’Algériens connaissent les sous-sols de ce commissariat, ses cellules
crasseuses et humides et ses salles de torture aux murs ensanglantés. Des dizaines de citoyens
y ont laissé la vie sur les bancs du supplice. Comme dans de nombreux autres commissariats,
des officiers du DRS supervisent les interrogatoires et tortures. Outre les classiques épreuves
du chiffon et de la gégène, des actes inhumains y sont pratiqués.
Le Dr Noureddine Lamdjadani, séquestré et torturé dans ce commissariat à partir du
17 mai 1994, relate :
Au niveau des geôles du commissariat central, j’ai eu connaissance de cas de tortures qui dépassent
l’imagination : un jeune homme a eu le tibia découpé à la baïonnette ; un autre, attaché à une échelle et
précipité à terre à plusieurs reprises jusqu’à avoir le crâne fêlé, d’où s’écoulait un liquide visqueux,
d’autres encore avaient reçu des coups de ciseaux à la tête.
Bouamama Nourreddine, quarante-deux ans, marié et père de quatre enfants, a été arrêté le
23 septembre 1992 à 2 heures du matin à son domicile par des ninjas. Détenu vingt-deux jours au
commissariat central d’Alger, il a été torturé de nombreuses manières (électricité, technique du chiffon,
bastonnades, arrachage de dents par tournevis, arrachage de la peau par pinces), provoquant un oedème
généralisé. Transféré à la prison d’El-Harrach, il a ensuite été condamné à mort par le tribunal d’exception
d’Alger.
Lafri Khaled, chirurgien, demeurant à El-Harrach (Alger), a été arrêté le 7 juin 1994 à son domicile
par des policiers. Détenu au commissariat central d’Alger pendant quarante jours, il a subi des tabassages,
des flagellations et le supplice du chiffon. Transféré à la prison d’El-Harrach puis de Serkadji, il sera
condamné à trois ans de prison (il a été libéré en juillet 1997 après avoir purgé sa peine).
Yousfi Nadir, dix-neuf ans, lycéen, demeurant à Badjarah, a été arrêté le 12 juillet 1994 à son domicile
par des policiers. Détenu pendant soixante-dix jours au commissariat de Bourouba puis au commissariat
central d’Alger, il a subi diverses tortures (électricité, bastonnades, tentative de sodomisation par le
commissaire).
25 « Lettre ouverte de M. Rebaï à propos de l’affaire “Taiwan” », 1er juillet 2000, <www.algeriawatch.
org/farticle/taiwanlettre.htm>.
20
Le commissariat de Cavaignac à Alger
Siège de la police dite judiciaire, le commissariat de Cavaignac est situé rue Hocine-
Asselah, à Alger, près de la Poste centrale. Il a été le lieu de nombreux actes criminels
commis contre des citoyens arbitrairement arrêtés et séquestrés. Là également, de nombreux
cadavres en sortiront pour être enterrés furtivement, de nuit, sous l’étiquette de « X
Algérien », selon de nombreux témoignages de policiers ayant fui ces horreurs.
Son sous-sol est constitué de deux salles barreaudées et de quatre cellules. Une sorte de
garage fait fonction de salle de torture. Les méthodes classiques de torture y sont pratiquées
(chiffon, tabassage, bastonnades, électricité, suspension par les pieds au plafond).
Kazi Abdennacer, vingt-sept ans, tailleur, demeurant à la cité de Diar El-Mahçoul (Alger), a été arrêté
le 27 octobre 1992 à 3 heures du matin par des civils armés et cagoulés. Détenu pendant onze jours au
commissariat de Cavaignac, il y a subi de nombreuses tortures (bastonnade, arrosage par eau froide, coups
avec chaise métallique, simulation d’exécution avec pistolet sur la tempe, technique du chiffon, clous
enfoncés dans le corps et reliés à du courant électrique, brûlures par des mégots de cigarettes, crachats,
simulacre d’exécution) qui lui ont notamment provoqué un traumatisme crânien. Il a été incarcéré le
5 novembre 1992 à la prison d’El-Harrach.
En octobre 1997, une ancienne policière âgée de trente ans, « Dalilah », réfugiée à
Londres, a raconté au journaliste britannique Robert Fisk les horreurs dont elle avait été le
témoin à Cavaignac26, où elle était affectée :
Ils exécutaient des gens de 11 heures du matin jusqu’à la nuit, des gens qui n’avaient rien fait. Ils
disaient simplement : « C’est un terroriste », et l’homme était tué.
Elle a raconté à Robert Fisk comment, en quelques mois, au moins mille hommes ont
été torturés, au rythme de quelque douze par jour.
Il y avait des prisonniers qui pleuraient et qui disaient : « Je n’ai rien fait, j’ai le droit de voir un
médecin et un avocat. » Quand ils disaient cela, ils recevaient un coup de poing sur la bouche. Souvent
ceux qui étaient soumis au supplice de l’eau mouraient : leur estomac était trop distendu par l’eau ;
parfois, pendant ce supplice, les tortionnaires leur enfonçaient aussi un goulot dans l’anus. […] Ce sont
les chefs policiers qui donnaient l’ordre de torturer — je pense qu’ils donnaient ces ordres par téléphone,
mais ils n’utilisaient pas le mot de « torture », ils l’appelaient nakdoulou eslah, « traitement spécial ».
Souvent les hommes mouraient sous la torture. […] J’ai dû signer des certificats pour faire croire qu’il
s’agissait de cadavres trouvés dans la forêt. […] J’ai dit à l’un de mes chefs, Hamid : « Vous ne devez pas
faire ces choses-là, car nous sommes tous des musulmans ; il devrait au moins y avoir des preuves contre
ces gens-là avant que vous les tuiez. » Il m’a répondu : « Ma fille, tu n’es pas faite pour la police. Si tu
soupçonnes quelqu’un, tu dois le tuer. C’est en tuant des gens que tu obtiendras une promotion. » Les
séances de torture se déroulaient dans un parking au sous-sol du commissariat. Tous les policiers devaient
frapper les prisonniers avec leur Klach. Certains prisonniers devenaient complètement fous après avoir été
torturés. Tous ceux qui étaient conduits à Cavaignac étaient torturés — environ 70 % des policiers
voyaient tout ça, ils participaient…
Des citoyens torturés seront laissés sans soins. La même inspectrice relate27 :
Au sous-sol, sept hommes à moitié nus, dont un vieillard, étaient à terre dans une flaque de sang. Ils
ont d’abord eu peur de moi, puis l’un d’entre eux m’a montré son bras : il était horriblement brûlé, il avait
presque un trou.
Certains mourront, suite aux supplices subis. Sari-Ahmed Mahfoud, professeur de
médecine, arrêté par la police le 2 mai 1993 sur son lieu de travail à l’hôpital de Baïnem
(Alger), a été détenu douze jours à Cavaignac, où il a été torturé (coups de poing, chiffon,
arrosage du corps par eau froide, simulation d’exécution par arme à feu). Acquitté par le
tribunal d’exception d’Alger après six mois de détention préventive à la prison d’El-Harrach,
il a témoigné :
26 Robert FISK, « Massacres in Algeria : strong evidence for Military Security responsability », The Independent,
30 octobre 1997.
27 « Algérie : une femme-flic raconte la “sale guerre” », Libération, 22 juin 1995.
21
Je tiens enfin à signaler que durant ma détention à Cavaignac, un jeune citoyen âgé de vingt-quatre
ans, originaire de Staoueli, est mort sous la torture. Il a agonisé durant deux jours et a rendu l’âme le
mardi.
Ce commissariat sera ainsi le lieu de nombreuses exécutions sommaires de citoyens,
tués après avoir été sauvagement torturés. Là également, de nombreux cadavres en sortiront
pour être jetés dans la rue ou enterrés furtivement de nuit sous l’étiquette de « X Algérien »
selon de nombreux témoignages de suppliciés. L’ex- inspectrice poursuit28 :
Presque chaque nuit, vers 11 heures, un prisonnier, parfois deux, est exécuté puis jeté dehors. Après on
dit qu’il est mort dans un accrochage. D’autres sont abattus pendant les transferts.
Les brigades de gendarmerie
La gendarmerie, partie intégrante de l’armée algérienne, est tout aussi impliquée dans la
« lutte antiterroriste ». Après le coup d’État de janvier 1992 et le déclenchement de la
répression, des unités spéciales de gendarmerie sont intégrées dans toutes les structures
nouvellement créées. Elles sont opérationnelles dans différents centres, tel le PCO de
Châteauneuf, ou au sein des forces combinées d’unités spéciales de la police, armée et
gendarmerie sous le commandement du CLAS. De plus en plus, c’est le DRS qui va contrôler
les activités de la gendarmerie, comme le confirme la composition de sa direction : le général
Benabbès Ghezaïel, chef de la gendarmerie de 1989 à mars 1995, fait partie du quarteron de
généraux qui ont organisé le coup d’État et la terreur qui a suivi. La gendarmerie est ensuite
dirigée par le général Brahim Fodhil Chérif (réputé très proche du général-major Mohamed
Lamari) jusqu’en juillet 1997, puis par Tayeb Derradji, parfois présenté comme partisan du
dialogue avec les islamistes. Finalement, en février 2000 (au moment de l’élection
d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la République), c’est Ahmed Bousteïla qui prend le
commandement de la gendarmerie.
Traditionnellement implantée surtout en périphérie des villes et en campagne, alors que
la police est présente dans les villes, la gendarmerie semble avoir agi dans les premiers mois
de manière un peu plus autonome, avant d’être, une fois le dispositif de lutte antiterroriste mis
en place, totalement assujettie au DRS. Sur le terrain, cela s’est traduit par des opérations sous
forme de forces combinées (police, armée et gendarmerie) ou par le contact étroit avec les
officiers du DRS venant dans les gendarmeries « interroger » les suspects ou les transférer
dans leurs centres. Les ONG de défense des droits humains disposent de nombreux
témoignages de victimes d’enlèvements et séquestration dans les locaux des brigades de
gendarmerie.
La brigade de gendarmerie de Aïn-Naâdja (Birkhadem)
Nous disposons de plusieurs témoignages de personnes passées par cette gendarmerie.
Ce qui semble la distinguer, c’est le fait que les victimes qui y ont été emmenées y sont
restées parfois pendant des mois, comme oubliées par le personnel. Vu sa proximité de l’étatmajor
des forces armées et les nombreux officiers du DRS en fonction dans ces lieux, ces
derniers pouvaient se rendre facilement dans la gendarmerie. (Croquis 3)
Djemaoune Abdeslam, vingt-sept ans, restaurateur, a été arrêté dans la rue le 18 mars 1994 à
13 heures, par des gendarmes et jeté dans une salle sombre où, après qu’on lui a bandé les yeux, il a été
torturé à l’électricité au niveau des doigts et du sexe. En même temps, il recevait des coups qu’il ne
pouvait éviter. Cette torture a duré pendant une heure et les séances se sont répétées pendant une semaine
environ. Puis il a été incarcéré dans une cellule pendant plus de cinq mois, rongé par les poux et la saleté
et ne recevant que tous les quelques jours un croûton de pain. Attachés pendant plus de trois mois avec
des menottes, ses poignets se sont infectés du fait de la strangulation.
Allache Tahar, instituteur, a été arrêté le 1er avril 1994 suite à un ratissage effectué dans son quartier.
Jeté dans une cellule sombre et sale sans aucune aération, il a été régulièrement bastonné et a subi des
28 Ibid.
22
tortures par brûlures de cigarettes, coups assénés avec des barres de fer, sans connaître les raisons de son
arrestation. Il a été incarcéré dans ce lieu plus de quatre mois. Souvent, il a été oublié en raison du nombre
d’arrestations qui s’opéraient chaque jour. Il lui était interdit de se rendre aux WC, ce qui l’obligeait à se
soulager dans la cellule. Finalement impliqué dans une affaire de terrorisme à laquelle il était entièrement
étranger, il a été présenté à la justice et incarcéré à la prison d’El-Harrach.
Abderrahmane Mosbah a été arrêté et incarcéré une première fois en mars 1992 et déporté dans un
camp d’internement. Une fois libéré, il a été de nouveau arrêté à son domicile en 1993 et emmené à la
brigade de gendarmerie de Aïn-Naâdja. Torturé au chiffon, il a été sodomisé avec un bâton. Enfermé dans
une cellule, il n’était pas autorisé à aller aux toilettes et il a été privé de nourriture et d’eau. Ayant passé
quarante jours dans ces lieux, il comptait les jours. Pourtant il n’arrive pas à reconstituer la période
entière.
23
Croquis de trois centres de torture
1 – CPMI de Benaknoun Alger
24
2 – CTRI de Blida
25
3 – Brigade de gendarmerie de Birkhadem, Alger
26

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ANALYSE DE SAAD LOUNES

L’Algérie est-elle à la veille d’une révolution démocratique ?

Saâd Lounès
Les jours du général Mohamed Mediene dit Toufik à la tête du DRS sont comptés. Son limogeage ou «sa démission» sont imminents. Cette fois, il ne peut survivre au terrible scandale de la révélation du journal italien La Stampa qui a décrit comment les moines de Tibhirine et l’évêque d’Oran ont été assassinés par les militaires.
Le silence pesant du pouvoir algérien et de tous ses satellites, qui n’ont pas encore réagi, prouve qu’un profond malaise s’est installé à la tête de l’Etat et de l’ANP. Ce calme malsain précède la tempête qui ne va pas tarder à s’abattre dans les sphères du pouvoir ou… dans la rue.

La parenthèse de 20 ans de dictature militaire depuis les événements d’octobre 88 va-t-elle enfin se refermer pour laisser le processus politique de souveraineté populaire reprendre son cours ?

Toufik a été nommé au département renseignement et sécurité (DRS, ex-Sécurité Militaire) en septembre 1990 en même temps que son adjoint Smain Lamari (décédé en septembre 2007). Ils ont été proposés à ces postes au président Chadli par son directeur de cabinet, le général Belkheir qui couvaient leur carrière depuis longtemps. Toufik et Smaïn n’ont dû leur longévité qu’à leur folie sanguinaire et à la protection de Belkheir, lui-même protégé par de puissants lobbies.

Mais l’énormité du scandale de la tuerie des moines et l’émotion suscitée par la mise en scène de leur décapitation sont telles que ces lobbies protecteurs ne peuvent plus rien faire pour eux. Le linge sale du sang des manipulations du terrorisme doit maintenant être lavé entre algériens. L’honneur de toute une armée vient d’être bafoué par une telle infamie.

Pour se maintenir à leurs postes, Toufik et Smaïn ont commis les pires crimes et exactions, contre le peuple et contre leurs propres compagnons d’arme.

Déjà en janvier 92, le président Chadli voulait limoger Toufik et le général Khaled Nezzar, alors ministre de la défense. Il n’en eut pas le temps et fut destitué. Son successeur «imposé par l’armée» Mohamed Boudiaf était arrivé à la même nécessité de se débarrasser des patrons de la sécurité militaire qui géraient et protégeaient les réseaux de corruption. Il fut assassiné d’une rafale dans le dos le 29 juin 1992.

En juillet 1993, Kasdi Merbah, ancien patron de la sécurité militaire sous Boumediene de 1962 à 1978, a senti un vent de changement à la tête de l’ANP avec la nomination de Liamine Zeroual qui venait de remplacer Nezzar, qui avait échappé de peu à un attentat à la bombe à El Biar. Il s’est proposé à Zeroual pour reprendre du service à la tête de la SM. Il fut assassiné le 21 août 1993.

En 1996, Zeroual, devenu président de la république a voulu nommer le général Saidi Fodil à la place de Toufik. Son assassinat fut maquillé en accident de la route à Ouargla où il était en poste à la tête de la 4ème région militaire.

En 1997, Zeroual a voulu nommer son ami, le général Mohamed Betchine, ex-patron de la SM (88-90), comme ministre de la défense pour se débarrasser de Toufik. Ce dernier a répliqué par l’organisation de massacres de civils à grande échelle qui créèrent la psychose jusqu’aux portes d’Alger. Les souvenirs de Raïs, Bentalha, Beni-Messous, etc. ont atteint les sommets de l’horreur. Betchine, puis Zeroual furent poussés à la démission.

Enfin, en avril 2001, deux ans après son élection, Bouteflika a tenté de limoger Toufik, qui a aussitôt enflammé la Kabylie avec la complicité de ses alliés dans la gendarmerie. Et pour empêcher le FFS et le RCD de récupérer le mouvement de protestation, Toufik a provoqué la création des arouch en les infiltrant. Le brasier kabyle fut entretenu jusqu’à la conclusion d’un accord sur le 2ème mandat de Bouteflika.

Aujourd’hui, la situation est des plus critiques pour le pays. D’un côté, Bouteflika, malade et en fin de règne, ne présente plus aucune crédibilité ni pour le régime, ni pour la population. D’un autre côté, l’agent du DRS Ahmed Ouyahia, sentant l’aubaine du chaos, fait le forcing pour asseoir son autorité sur les appareils sécuritaires et prendre le pouvoir par la censure et la répression des opposants.

Le tout nouveau mandat d’arrêt lancé contre le président soudanais, Omar El Bechir, par le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), est venu ajouter de l’huile sur le feu qui a gagné les sphères du pouvoir, complètement affolées.

La vérité sur les «assassinats pédagogiques» des chrétiens en Algérie, que le DRS voulait attribuer à des «terroristes islamistes», est maintenant dévoilée au grand jour. Ce nouvel épisode de l’affaire des moines donne du crédit à toutes les autres révélations faites par des officiers du DRS et de l’ANP qu’on peut découvrir sur le site du MAOL (www.anp.org) ou dans les livres publiés par Hichem Aboud, Habib Souaïdia, Mohamed Samraoui, Abdelkader Tigha.

Cela veut dire aussi que toutes les plaintes déposées contre les généraux (disparus, assassinats, torture, etc…) vont être regardées d’un autre œil et leur procédure accélérée.

Mais, alors qu’on sent bien que les généraux en poste ou à la retraite s’agitent dans tous les sens, il est regrettable de constater que les opposants politiques et les intellectuels continuent à somnoler comme s’ils n’étaient pas concernés.

Il faut se rendre compte que l’Algérie politique n’est ni en avance, ni en retard. Elle ne peut vivre qu’au rythme que lui imprimeront ses élites. A l’échelle individuelle, on peut parler de drames. Des intellectuels et des militants, qui étaient arrivés à maturité politique dans la période 88-92, peuvent se sentir aujourd’hui comme des vieillards aigris et dépassés, qui ont raté quelque chose dans leur vie après ces vingt années de dictature.

Mais à l’échelle d’une Nation, l’expérience algérienne peut se comparer à celles d’autres pays qui ont connu les mêmes troubles générationnels causés par des coups d’Etat et des dictatures militaires. Aujourd’hui, ces pays ont des régimes démocratiques stables et sont devenues des puissances régionales et économiques reconnues et respectées dans le concert des Nations.

On peut citer l’exemple si proche de l’Espagne du général Franco qui a semé la terreur de 1936 à 1974, avant de laisser ce pays se reconstruire socialement et se stabiliser politiquement. Au Portugal, la longue dictature du général Salazar avait virtuellement éliminé les partis politiques, laissant un grand vide comblé par les militaires qui ont petit à petit lâché le pouvoir aux civils qui gouvernent depuis deux décennies.

Plus loin de nous, au Brésil, les militaires ont pris le pouvoir par un coup d’Etat en 1964, avant d’en être chassés par les civils en 1985. En Argentine, après 20 ans de «péronisme», l’armée fomente un coup d’Etat en 1976 entraînant un lourd bilan de 30.000 disparus exécutés ou morts sous la torture. Les civils ont repris le pouvoir en 1983 et passé les militaires en jugement.

Les expériences les plus proches de ce que vit l’Algérie sont assurément les exemples turc, grec et chilien. Dans ces pays, «l’armée a pris le pouvoir par des coups d’Etat, instauré des dictatures, suspendu la Constitution, promulgué l’état d’urgence ou d’exception, annulé des élections, dissous les assemblées, interdit les syndicats, censuré la presse, violé les droits de l’Homme, emprisonné, torturé, assassiné, etc.». Malgré ça, ces pays vivent aujourd’hui dans des régimes démocratiques modernisés et stables depuis une vingtaine d’années grâce à la résistance militante et au courage de leurs élites.

Tous ces exemples si proches de notre expérience prouvent que «l’horloge politique» algérienne ne peut tourner que si les élites se hissent à la hauteur de l’Histoire de leur peuple. Et se rendent compte que la paralysie intellectuelle et militante est le résultat de la stratégie mise en œuvre par le «makhzen du DRS» de Toufik: répression, censure, arrestations, tortures, assassinats, attentats,… et corruption massive.

Les élites civiles et militaires doivent maintenant créer des commissions d’enquête à l’APN et à l’ANP, demander des comptes et la dissolution du DRS. Les intellectuels et les journalistes doivent s’exprimer sur ce sujet et lancer des enquêtes. Une Nation et un système politique et social ne peuvent évoluer et se régénérer que s’ils consentent à faire des sacrifices.

Du fond de leurs tombes, les têtes des moines trappistes sont revenues nous parler et demandent aux algériens de couper les têtes de ceux qui les ont mis dans le trou.

Saâd Lounès
21 juillet 2008

TOUFIK LE CHIKOUR

AU PAYS DES CHIKOURS

Mohamde Abbes Médiene
Tout tous vraiment Koulech Toufik tient tout

A soixante trois années le général major Mohamed Médiène dit toufik, peut se vanter d’avoir brillamment réussi sa carrière d’homme des services. Il est originaire d’une famille kabyle de setif (de Guenzet exactement, wilaya de bordj-bou-arreridj). Comme ses pairs généraux qui tiennent le pays, il a intégré l’ALN à la dernière heure, c’est-à-dire en 1961. Sans être passé par le malg, il finit quand même par être le chef suprême des services secrets algérien en 1990.

On le dit d’obédience gauchiste, à cause des formations qu’il a suivies au KGB. Mais quand on voit son indigence intellectuelle, toufik ne peut se targuer de n’être qu’un excellent khobziste.

Avant d’être un grand nom des services, il fut un servant des grands. C’est en se liant au commandant (de l’époque) belkheir, suppléant du fainéant colonel chadli dans la gestion de la deuxième région militaire, que le lieutenant médiene a pris le tremplin pour se surélever dans les hautes sphères du pouvoir.

Comme belkheir, Médiene s’est distingué en servant sans brancher les caprices de hlima. Piloté par belkheir, il veillait au moindre désir de la famille du président.

Après avoir fait tripoli comme attaché militaire, petit à petit, il gravit les échelons. Il dirigera plusieurs services sécuritaires dont la direction centrale de la sécurité de l’armée, la défense et la sécurité à la présidence quand tonton larbi y était directeur de cabinet. Pour beaucoup de haut cadres c’est la taupe de belkheir dans les services.

C’est un véritable homme de l’ombre. On le voit rarement en public et jamais dans les médias, il entretient une véritable fausse aura de grand gourou de la force obscure. En éliminant au fil des années pas mal de collègues et au prix d’ingénieuses manigances de salons, il réussit a s’accaparer une importante partie du pouvoir suprême en Algérie.

Voués aux mécaniques des manœuvres obscures, il n’affronte que rarement de face ses ennemies,  ses hommes sont incrustés à tous les niveaux. Toufik joue le rôle de chef d’orchestre au sein du cabinet noir qui dirige le pays.

En se faisant passer pour l’ami de tous, il a toujours réussit à tromper ses adversaires. Complexé par son passé de douteux combattant de la guerre de libération nationale, il s’est battu contre le retour des malgaches et des vrai moujahids. Même s’il l’était le confident de merbah, avant qu’il décide son élimination physique, il a tout fait pour le mettre hors course quand le futur président zeroual en parlait pour le mettre au poste de ministre de la défense. Bouteflika a souffert aussi du refus masqué de toufik contre zerhouni à la tête d’un ministère d’état.

Jamais les services secret algérien n’ont eu autant d’ascendant en algérie. Toufik, a marqué le retour de la SM en 1992, après la tentative de chadli de la casser en 1987.

Toufik entretient des liens ténébreux avec le milieu des affaires, on sait que c’est l’homme qui a fait entrer les coréens en algérie. Son fils Sidi-Ali qui a bosser pendant quelque années chez Daewoo a du le convaincre dans ce sens. Même après la signature d’accord avec le gouvernement algérien et pour des causes jamais avoués, le dossier Daewoo est resté des années bloqué. Le premier PDG de Daewoo Algérie a payé de sa vie son entêtement, il a été assassiné en plein Alger dans l’indifférence la plus totale. Des que les négociations secrètes ont aboutit, les algériens ont connu la déferlante Daewoo. Ghoualmi, l’ex ambassadeur algérien à Séoul a bien été récompensé par toufik.  Les voitures ZH c’est lui, les gros investissements pour le projet Mezghana 2000 c’est lui aussi. Tous le monde recherche en vain les trois milles ascenseurs que le grand gouvernorat d’alger à commandé auprès de Daewoo. Au travers de son service économique, Toufik affectionne la gestion des entreprises publique lucratives. Il suit de près les fluctuations des soldes des comptes bancaires étrangers de la Sonatrach, de la sonelgaz et de bien d’autres compagnies et il s’occupe personnellement des négociations avec des compagnies étrangère pour l’exploitation des  récents gisements d’uranium et d’or découvert dans le grand sud .

ARTICLE TROUVE SUR LE BLOG DE CHIKOURSTANE

OPERATION VIRUS

Comment les services spéciaux algériens ont assassiné l’ancien Premier ministre Kasdi Merbah

L’OPERATION « VIRUS »

Une force patriotique est née en Algérie. Dès 1997, le Mouvement algérien des officiers libres a commencé à faire parler de lui. Basé à Madrid, dirigé par le Colonel Ali Baâli, il est constitué de plus de 60 officiers qui ont déserté pour ne pas cautionner les méfaits de la mafia politico-militaire. Le MAOL diffuse ses messages par des tracts et des affiches dans les casernes même de l’armée. Le Mouvement connaît l’armée de l’intérieur, ses sympathisants en Algérie sont de plus en plus nombreux. Mais ils sont traqués et assassinés par la mafia des généraux que leur travail dérange. La paix a été assassinée par des forces qui seront comptables devant l’histoire du martyre du peuple algérien. Dans ce dossier sur l’assassinat de Kasdi Merbah, le lecteur peut revenir aux origines de la guerre civile algérienne. Terrible voyage.
Après l’affaire Boudiaf, l’affaire Matoub (Matoub Lounès, artiste kabyle, abattu officiellement par les terroristes, ndlr) et l’affaire des généraux, nous allons au cours de l’affaire qui nous préoccupe, entraîner l’opinion au cur du système et de ses réseaux d’influences, qui depuis l’indépendance ont entrepris de mettre le pays en coupe réglée.
Une conclusion s’impose. Pendant vingt ans, des dispositifs éprouvés sont mis en place, des infrastructures soigneusement testées sont implantées. Actuellement ces réseaux d’influences partagent la rente pétrolière et les richesses du pays, alors que quatre-vingt-quinze pour-cent de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Sauveurs

Les assassinats politiques, la richesse très apparente des commandeurs et les affaires de corruption étouffées sur ordre et jamais élucidées, sont la preuve qu’il existe dans notre pays, une Algérie parallèle, avec ses structures, son appareil logistique, ses énormes moyens financiers et ses troupes de choc, une armée du crime convertible à tout instant en armée de guerre civile si « l’ordre social » venait à être menacé.
La nomination de Bouteflika à la tête de l’État ne changera rien. Les assassins du président Boudiaf, de Kasdi Merbah (ancien Premier ministre et directeur de la sécurité militaire, ndlr), de Matoub et du peuple algérien se sont vu décerner récemment, le grand titre de « sauveurs de la démocratie », et ont reçu un sauf-conduit pour continuer de tuer.
Quelques jours plus tard, un homme de compromis et de dialogue est abattu dans le cabinet d’un dentiste dans le quartier de Bab-el-Oued. Abdelkader Hachani a osé dire une fois de trop « non » au général Toufik (Mohamed Mediene, dit Toufik, chef des services secrets algériens, ndlr).

L’escadron de la mort

Ce crime odieux qui ressemble à tant d’autres est un message sanglant aux hommes libres, qui ont fait de la paix juste, une raison de vivre et de la résistance aux généraux, un devoir national.
Avant d’en venir à l’affaire proprement dite, il faut avant toute chose mettre un peu de lumière sur l’engin de la mort le plus atroce et le plus impitoyable que l’Algérie ait connu durant toute son histoire : l’escadron de la mort. Cette appellation d’escadron de la mort est apparue dès que des crimes politiques ont commencé tôt l’année 92: des crimes qui ont semé, par leur nature et leurs motifs, le doute dans les esprits. Personne à cette époque n’aurait pu imaginer un seul instant (que ce soit en Algérie ou à l’étranger) que le gouvernement algérien allait avoir recours à la liquidation physique, ce moyen lâche et irresponsable pour régler ses différends avec les opposants de tous bords.
Le nom de code de cette unité militaire spéciale est l’unité 192, le 1 pour le mois de janvier et 92 pour l’année du coup d’Etat.
Cette unité spéciale est, sans nulle doute, la plus secrète de toute l’armée algérienne. Officiellement, elle n’existe même pas et administrativement, elle est couverte par le secret défense. Tous les ordres sont donnés verbalement et les comptes rendus se font de la même sorte.
Il est formellement interdit d’écrire quoi que ce soit touchant de près ou de loin cette unité et ses éléments.
Créée sur demande du général Larbi Belkheir (le vrai patron de l’armée algérienne, ndlr) par les généraux Mohamed Mediene et Smain Lamari (numéro 2 des services secrets, ndlr) et placée sous leurs autorités, elle regroupe des éléments triés sur le volet par cooptation dans les différents corps sécuritaires du pays. Pour des missions pointues, Smain Lamari associe même des mercenaires professionnels à l’équipe 192 ; le but est la perfection des performances opérationnelles du groupe sur le terrain.

Suspect

Les mercenaires sont recrutés par Smain Lamari en personne, leur mission est d’enseigner à l’équipe 192 comment tuer vite et bien, stage pratique sur le terrain garanti.
Une des premières missions de cette unité est la liquidation d’un nombre impressionnant d’officiers de l’armée, hostiles à l’arrêt du processus électoral (en 1992, ndlr).
Larbi Belkheir, très contrarié par la désertion des huit soldats des forces spéciales de Beni-Messous (après un massacre où l’armée a joué un rôle plus que suspect, ndlr), veut à tout prix éviter que ça ne se reproduise ; mieux vaut les liquider que de les voir passer de l’autre côté. Ce n’est pas l’unité de l’ANP, ni le devenir de l’Algérie qui est en jeu mais l’autorité des parrains qui ne peuvent pas se résoudre à quitter le pouvoir.
Beaucoup se sont demandé comment cela se faisait que Belkheir ait accepté le poste de ministre de l’Intérieur alors qu’il était chef de cabinet du président? En fait, il voulait personnellement mettre sur rails la grande machine de répression tout en réorganisant le champ politique pour faire marcher au pas toute la société algérienne; rien ne devait perturber ses plans; son but était et reste clair: vendre l’Algérie morceau par morceau.
On peut dire avec le recul que l’unité 192 est sa plus « belle » réalisation! Belkheir a vu loin! Mais il a surtout su rester, toutes ces dernières années, derrière le rideau, loin des regards, tel un marionnettiste!

Horreur

L’unité en question est le bras séculier du régime et l’ultime remède aux récalcitrants. Elle a à son actif des centaines de victimes et d’exécutions (souvent parmi les disparus). Et notamment l’organisation des massacres de prisonniers à Serkadji et Berouaguia (prisons algériennes, ndlr).
Les éléments de cette unité « d’élite » reçoivent des faveurs innombrables : salaires très importants, promotions spéciales, logements, voitures, armements dernier cri, drogue…
Ils sont même libres de prendre ce qu’ils veulent lors des opérations d’arrestations dans les domiciles privés: argent, bijoux, voitures et même des femmes. Plus encore, leur autorité dépasse de loin celle d’un bon nombre d’officiers supérieurs responsables au sein de l’Armée nationale populaire. À titre d’exemple, un simple adjudant-chef (en 1990), prénommé Hocine est aujourd’hui commandant.
Parmi les éléments de l’unité 192, identifiés sous l’autorité du colonel Bachir Tartague alias colonel Athmane, on cite : le commandant Abdelkader, le commandant Nacer (surnommé l’Effaceur), le commandant Riadh, le capitaine Louanes, le capitaine Mohamedet comme pour afficher une certaine notoriété dans le domaine de l’horreur, quelques éléments adoptent ou se font attribuer par les chefs des pseudonymes qui reflètent bien leurs rôles comme celui « El-Djen » « Kalachnikov », Rambo » ou encore « le Nettoyeur « , cela leur permet aussi de cacher leurs identités lors des opérations spéciales.
C’est bien grâce à cette unité que le cours du conflit a changé. Fort de la « foi éradicatrice », la machine de l’horreur a réussi à supplanter tous les prédicateurs de la scène algérienne en introduisant une nouvelle tactique : celle de la surenchère de la violence dès le début de l’année 1994; le seul produit qu’elle génère c’est la mort. Une des mystifications opérées par cette unité, est l’infiltration des maquis du GIA dans la région de Ain Defla et Médéa, le déclenchement de la guerre entre les maquis et la décapitation de la direction clandestine du FIS avec l’assassinat de Mohamed Said et Abderezak Radjem en 1995.

Disparition

Après la liquidation de Boudiaf, Kasdi Merbah est convaincu qu’il est sur la liste des personnes à abattre.
Et pour cause, Larbi Belkheir en personne a chargé Smain Lamari quelques mois après le meurtre du président de parler à Si Merbah pour le convaincre de rester loin de la politique, en échange d’un poste à l’étranger à sa convenance. Une retraite convenable comme dit Smain en essayant de convaincre son ancien maître.
Kasdi Merbah est surpris par la liquidation de son ami Si Mohamed Boudiaf. Avec cette disparition c’est tout un projet de société qui s’effondre tel un château de cartes.
Il devient très amer après la liquidation des éléments qu’il a personnellement recommandés au président Boudiaf afin de l’aider dans sa campagne de purification du champ politique. Il est aussi très touché, lorsque l’avocat (Habib, un militant du MAJD) qu’il a lui-même chargé de défendre les dix-huit sous-officiers mis en examen dans le meurtre de Boudiaf par le juge Sayeh, est tabassé et menacé de mort s’il ne se retire pas de l’affaire. Le message est l’on ne peut plus clair, Larbi Belkheir ne veut pas d’un second maître à bord en Algérie. Rien, ni personne ne doit perturber les plans qu’il a élaborés avec Toufik et Smain.
Le conflit entre Kasdi Merbah et Larbi Belkheir est de longue date. Lorsque ce dernier était directeur de l’école nationale d’ingénieurs et techniciens d’Algérie (ENITA), il est signalé à la centrale (la DCSM) pour malversation par le chef du bureau de sécurité de l’école. Belkheir avait fait plusieurs prélèvements importants sur le budget de l’école pour construire des villas grand luxe dans la région de Ain-Taya.
Une équipe d’officiers des services des finances dépêchée par Merbah a facilement établi les faits et prouvé le crime. Son dossier est ensuite transféré à la justice militaire avec la mention personnelle de Kasdi Merbah : À radier des effectifs de l’ANP.
C’est encore l’unité entre anciens compagnons de l’armée française qui a sauvé Larbi Belkheir. Chadli a donné l’ordre d’arrêter la procédure et l’a nommé à la présidence.
À la présidence de la république, les deux hommes se croisent régulièrement, Merbah connaît très bien cet homme qui n’inspire pas le respect et le considère comme une erreur du système. Larbi Belkheir fait les petites courbettes, il se fait tout petit pour éviter Merbah, mais d’un autre côté, il essaye de tout faire pour l’écarter de la sphère du gouvernement. C’est étape par étape qu’il procède, d’abord en l’éliminant du comité central du FLN, du ministère de la défense et du gouvernement ensuite.

Écart

Dépassé par les évènements du 5 octobre 88 (émeutes populaires dites du pain, ndlr) Chadli se retrouve dans l’embarras et ne sait comment s’en sortir. Connaissant la réputation d’intégrité dont jouissait Kasdi Merbah parmi la population algérienne, Larbi Belkheir réussit à convaincre Chadli de nommer Merbah à la tête du gouvernement pour la circonstance, le 5 novembre 88, l’urgence étant de calmer la population.
La nomination de Merbah a ramené un peu d’espoir au peuple qui voit en lui l’homme qui va peut-être sauver l’économie du pays touchée par la crise mondiale de 1986, dont le peuple ne veut plus entendre parler.
Pendant son mandat de chef de gouvernement, Merbah veut appliquer des réformes très strictes. Il réussit à convaincre Chadli de la nécessité d’un changement radical dans la façon de gouverner.
Chadli est aux abois, il n’a guère le choix et c’est ainsi que Merbah a réussi à faire modifier la constitution ouvrant ainsi la voie au multipartisme, retirer l’armée de la politique pour la première fois depuis l’indépendance, annuler la cour de sûreté de l’Etat.
L’animosité entre Larbi Belkheir et Kasdi Merbah atteint son paroxysme pendant l’été 89 et leur divergence arrive au point de non-retour. Merbah veut s’attaquer aux  » rats du Système  » (sa façon à lui d’appeler les voleurs) pour assainir l’économie nationale et Belkheir est l’un des principaux visés. Les altercations entre eux sont devenues chose courante et il arrive même à Belkheir de refuser à Merbah une entrevue avec Chadli pour régler les affaires de l’Etat. Merbah ne se laisse pas faire et rappelle à l’ordre Belkheir qui est allé bien des fois se plaindre à la femme du président Chadli.
Le chef du cabinet du président joue sur toutes les cordes et n’hésite pas à utiliser  » Halima Bendjedid  » si besoin est pour l’aider à convaincre Chadli ; en échange Belkheir est aux petits soins. À la fin du mois d’août 1989, Belkheir décide d’en finir avec le chef du gouvernement et c’est Halima Bendjedid qui l’aide à le faire en mettant en garde Chadli contre les  » agissements prétentieux  » de Merbah. Belkheir fait de même à la présidence, rapports des services de sécurité à l’appui.
Les dits documents soulignent même les acclamations des supporters dans les stades « Merbah président « .
Accompagné de Mohamed Mediene, Belkheir se rend, le 9 septembre 1989 au soir, à la résidence présidentielle de Chadli Bendjedid à Zéralda pour l’informer de l’imminence d’un coup d’Etat préparé par Kasdi Merbah, aidé par certains généraux de l’armée. Affolé comme à son habitude dans les moments difficiles, Chadli donne les pleins pouvoirs à Larbi Belkheir pour parer à cette menace. Le soir même et sans perdre de temps, l’armée est mise en alerte « une » et Hamrouche est informé par Belkheir qui le remercie pour son « dévouement ».

Destin

Le 10 septembre 1989, Kasdi Merbah est empêché de rentrer dans son bureau au siège du gouvernement. Très contrarié, il se rend à la présidence pour discuter de l’illégalité du geste à Chadli qui refuse de le recevoir. Et c’est Belkheir qui l’invite à faire valoir ses droits à la retraite avec un grand sourire au visage.
Larbi Belkheir a fait d’une pierre, une multitude de coups: finir la carrière politique de Merbah, éloigner le secrétaire de la présidence, Hamrouche qu’il soupçonne de trahison (connivence avec Merbah), mais il a surtout réussi à faire signer à Chadli une ordonnance présidentielle mettant fin à la fonction de dizaines d’officiers supérieurs du courant nationaliste. Quelque temps après, Le MDN (ministère de la Défense nationale) subit une avalanche de décisions émanant des services de la présidence visant des changements dans les rangs de l’armée, Nezzar (Khaled Nezzar, l’un des généraux les plus influents de l’armée, ndlr) est en poste pour les faire appliquer.
C’est le président Boudiaf qui met encore une fois, le destin des deux hommes sur le même chemin. Larbi Belkheir, ministre de l’Intérieur nomme le général Hassan Beldjalti alias Abderezak au poste de responsable des affaires de sécurité à la présidence ; celui-ci l’informe des contacts entre Boudiaf et Merbah. Cette relation est très surveillée jusqu’à l’élimination de Boudiaf.

Impasse

Belkheir ne veut plus entendre parler de Merbah contre lequel il est très en colère depuis qu’il a en mains le rapport de trois cents pages traitant de la corruption qu’il a lui-même récupéré dans le bureau du Président Boudiaf le jour de son assassinat. Dans ce rapport, une bonne partie est réservée à la mafia « politico-financière » et ses ramifications internationales : à sa tête, un homme : Larbi Belkheir.
À la fin de l’année 1992 les événements prennent une telle tournure, que tous les observateurs de la scène algérienne, voient les prémices d’une tragédie aux conséquences dramatiques. Pour les sages de la politique algérienne, sortir de l’impasse est devenu un besoin vital pour le futur même de l’Algérie. La culture de la violence ne peut qu’engendrer le chaos. Il n’y a qu’une seule porte de sortie et elle est politique.
À la mi-décembre 1992, un homme se présente dans les bureaux du parti MAJD à Bouzaréah sur les hauteurs d’Alger, il demande à voir M. Kasdi Merbah. La personne qui se trouve à la réception lui demande de prendre un rendez-vous, mais l’homme en question, sur un ton grave, insiste et assure au réceptionniste que c’est à la fois très urgent et très important. Il sort un document avec le cachet humide du FIS : « un ordre de mission signé par A. Radjem « . Il est invité à attendre dans le salon.
Quelques instants plus tard, Kasdi reçoit l’émissaire du maquis après les formalités de sécurité d’usage. Ce dernier l’informe des raisons de sa visite, mais Kasdi Merbah, en homme méfiant par nature, demande à son interlocuteur de lui arranger une rencontre avec les responsables du parti.
Une semaine plus tard, une rencontre est organisée dans un appartement non loin d’Alger. Très peu de gens sont mis dans la confidence, juste des intimes et des fidèles chargés par Merbah du bon déroulement du rendez-vous.
Pendant cette réunion, les responsables du FIS assurent d’emblée Kasdi de leur volonté de vouloir trouver rapidement une solution à la crise. Ils soulignent que la violence n’est qu’une réponse à une répression féroce et que le pourrissement de la situation peut être exploité par les radicaux des deux camps. Mohamed Saïd met en garde Kasdi contre les conséquences du prolongement des hostilités car le peuple serait l’unique perdant.
Kasdi Merbah tient à remercier les deux responsables du FIS pour la confiance qu’ils lui témoignent et après une longue discussion, il promet de faire tout ce qui est possible pour un règlement politique de la crise et ramener les militaires à la raison.
En fin de rencontre, les responsables du FIS (pour des raisons de sécurité) indiquent à Kasdi Merbah, une personnalité habilitée, proche du parti, établie en Suisse avec laquelle il pourra traiter en toute confiance mais surtout en toute sécurité.

Commandes

Sans plus tarder, Kasdi Merbah appelle, le lendemain, le secrétariat du ministre de la défense pour demander un rendez-vous avec Khaled Nezzar. Ce dernier ne porte pas l’ancien patron des services dans son cur et pour cause, l’ex-directeur de la SM devenu secrétaire général du MDN à l’époque de Chadli, l’avait proposé à la retraite anticipée avec d’autres officiers.
Cette mesure rentrait dans le cadre de la restructuration de l’ANP et beaucoup d’anciens officiers de l’armée française étaient sur la Sellette. En fait, Kasdi Merbah avait une liste de prés de quatre cents officiers tous issus de l’armée française ; il voulait les radier des effectifs car pour lui, l’armée algérienne avait formé ses nouveaux officiers et pouvait à cette époque se passer des anciens de l’armée française. Cela était sans compter avec les alliances qui s’étaient formées entre les anciens. Ils se sont rassemblés autour de Larbi Belkheir et de Chadli Bendjedid qui a limogé son secrétaire du MDN.
À partir de ce moment, les anciens de l’Armée française ont tout fait pour prendre les commandes de l’ANP et à notre grand regret, ils ont réussi.
Khaled Nezzar est très rancunier et pour marquer son autorité, il fixe un rendez-vous à sa convenance sans prendre en considération le caractère urgent formulé par Merbah. Il va sans dire que Khaled Nezzar fait part de cette demande à Larbi Belkheir et à Toufik.
Le jour de la rencontre, au bureau du ministre de la Défense, Khaled Nezzar est seul dans son bureau et c’est le chef du protocole de ce dernier qui introduit Kasdi Merbah. L’ancien directeur de la SM ne perd pas de temps, après un bref exposé sur sa vision des choses, il rentre dans le vif du sujet en révélant à Nezzar l’objet de sa visite et lui propose un plan de règlement de la crise en cinq points :
*La levée de l’État d’urgence.
*La nomination d’un gouvernement d’union nationale.
*La fermeture des camps de concentration et la libération des prisonniers.
*La réhabilitation du FIS.
*L’organisation d’élections dans un délai raisonnable.
Khaled Nezzar plus que surpris, perplexe même, n’arrive pas à comprendre comment est ce que Kasdi Merbah a eu cette audace : venir lui parler dans son bureau de la manière avec laquelle il doit diriger les affaires du pays. Khaled Nezzar est visiblement retourné par cette entrevue et tout en restant à la limite de la courtoisie, il ne veut pas s’engager, mais il promet d’étudier la question avec l’ensemble de l’Etat-major.
En accompagnant Kasdi Merbah à la porte de sortie du bureau, il lui recommande vivement de garder secret ses contacts avec la partie adverse. Khaled Nezzar appelle, de suite, Larbi Belkheir pour lui faire part des contacts de Merbah avec la direction clandestine du FIS. Avec une voix grave, Larbi Belkheir lui demande de trouver une solution et vite. Pour Larbi Belkheir, le commandement n’a pas droit à l’erreur en ces moments critiques.

Entrevue

Dès le lendemain, le 3 janvier 1993 un conclave réunit les généraux Mohamed Mediene (Toufik, ndlr), Mohamed Touati, Mohamed Lamari, Abdelmalek Guenaïzia et Smain Lamari dans une résidence d’Etat au Club des Pins. C’est sur un ton ironique que Nezzar informe les généraux des propositions faites par Kasdi Merbah.
Il ne peut s’empêcher d’insulter l’homme qui, selon lui, entretient des relations douteuses avec des gens hors la loi et recherchés par tous les services de sécurité. Il s’adresse au général Toufik pendant la discussion pour lui dire « il faut surveiller ce bonhomme de très près, il ne faut pas le lâcher  » !
Et comme pour calmer Khaled Nezzar, le général Touati prend la parole pour dire : « Négocier avec les islamistes maintenant, ne servira à rien, de toute façon, ils vont au contraire prendre cela comme une reculade et cela va les renforcer comme au mois de juin 1991. Toute pause dans notre stratégie avant la désarticulation totale de l’appareil du FIS ne peut que remettre en cause notre autorité. Pour le moment ce parti n’est pas encore assez faible pour qu’on puisse lui imposer nos conditions « . Et Touati finit par mettre l’accent sur la nécessité d’intensifier la répression pour parer à toute rébellion possible.
Juste après lui, le général Toufik se lance dans, une violente diatribe contre Kasdi Merbah, l’accusant, même de complicité avec les islamistes; il le soupçonne même d’être le maître d’uvre des fuites concernant des informations classées sur les centres de torture et de détention secrets, publiées dans « Minbar El Joumouâa », un bulletin clandestin du FIS. Pour lui Kasdi Merbah fait tout ce qui est possible pour servir sa propre ambition « le retour au pouvoir « .
Toufik ne manque pas de rappeler aux généraux présents que Kasdi Merbah est un danger permanent pour l’institution militaire, surtout depuis qu’il s’est mêlé des affaires de l’Etat avec le président Boudiaf. Smain Lamari saute sur l’occasion pour faire remarquer que Kasdi entretient des contacts très étroits avec des officiers supérieurs en service qu’il voit très régulièrement.
Il se demande si Kasdi Merbah ne prépare pas un coup de force visant à déstabiliser le commandement de l’ANP. Et afin de souligner le caractère dangereux de l’ex-directeur de la SM (Sécurité militaire , ndlr), il rappelle aussi le rôle joué par Kasdi Merbah pendant son passage à la tête du gouvernement, sa contribution à l’opération main propre déclenchée par Boudiaf et ses rapports avec des personnalités civiles influentes tout en mettant l’accent sur l’importance des dossiers qu’il détient et des doubles des rapports présentés à Boudiaf.
Le général Mohamed Lamari, (fonceur comme d’habitude) n’hésite nullement avant de lancer :  » Pas de dialogue, ni de réconciliation, il faut aller jusqu’au bout de notre stratégie et faire le nécessaire pour empêcher Kasdi Merbah de profiter de cette occasion et de rebondir sur la scène politique ».
Dans cette réunion Kasdi Merbah n’a que des ennemis prêts à en découdre.

Succession

À l’issue de cette rencontre, une décision est prise à l’unanimité. Les généraux chargent Smain Lamari de surveiller de très près tous les faits et gestes de Kasdi Merbah, identifier ses disciples au sein des rangs de l’ANP, identifier ses contacts terroristes, essayer de localiser les dirigeants du FIS et enfin trouver coûte que coûte les doubles des dossiers qu’il a illégalement fait sortir de l’archive de la SM.
Quelques semaines plus tard, un Billet de Renseignement Quotidien (BRQ) émanant des services opérationnels de la DRS (Direction Recherche et Sécurité, services secrets algériens, ndlr) et traitant d’une information capitale arrive avec la mention Très Secret/Très Urgent sur le bureau de Toufik :
 » Kasdi Merbah a rencontré plusieurs généraux dont le général Saidi Fodhil et le général Touahri Mohamed à l’occasion du mariage, pendant cette rencontre les officiers supérieurs présents se sont livrés à une critique en règle contre la politique de l’état-major dans la gestion de la crise « .
Crime de lèse-majesté pense-t-on, en haut lieu. Très vite le général Toufik (après une brève conversation téléphonique avec Khaled Nezzar) sort de son bureau pour se rendre à celui du ministre de la Défense ; lorsqu’il arrive, le ministre l’attend en présence du général Mohamed Touati. Une fois le général Nezzar mis au courant du contenu du BRQ par le directeur de la DRS, il devient plus que furieux ; pour lui Kasdi Merbah vient de rompre le cordon qui le lie à l’institution militaire, donc au système. À partir de ce moment-là, Kasdi Merbah devient l’homme à abattre. Après avoir contacté Larbi Belkheir par téléphone, la décision est prise presque instinctivement et est fortement approuvée par Mohamed Touati. Nezzar spécifie clairement au directeur de la DRS Il est à noter que pendant cette période, la maladie de Nezzar est à un stade très avancé, ne pouvant plus assurer ses fonctions de ministre, il prépare son départ et la lutte pour sa succession a déjà commencé.
Pour lui cette rencontre de hauts fonctionnaires de l’armée n’a qu’un objectif : la reprise des commandes de l’ANP par le courant Merbah.
Le général Toufik ne perd pas de temps et c’est avec l’aide de Si El Hadj comme il l’appelle (Smain Lamari) qu’il s’attelle à trouver le moyen le plus rapide de « faire le nécessaire « .
Le plus gros problème qui se pose aux futurs commanditaires du meurtre, est la reprise des dossiers très compromettants que détient Kasdi Merbah. Les fameux dossiers en question sont des copies de rapports de sécurité touchant la plupart des nouveaux riches de l’armée : des numéros de comptes bancaires à l’étranger, un listing avec les noms et les références des dossiers compromettants sur des disquettes informatiques au cas où les preuves viendraient à disparaître du centre des archives de la DRS (le Centre El Haouass situé à Beni-Messous), mais aussi un gros dossier traitant des agissements des anciens de l’armée française au sein de l’ANP.

Recrutement

Toufik et Smain veulent absolument infiltrer Merbah car ils savent que les écoutes téléphoniques n’apporteront rien d’important vu que Merbah est un homme très professionnel. Ils réussissent à recruter un élément au sein même du parti. La taupe infiltrée est identifiée par le code  » XZ « .
Cet agent est maintenu par un officier traitant et les contacts entre les deux hommes sont quasi-quotidiens. C’est ainsi qu’il fait parvenir une information de taille à l’officier traitant et qui va avoir des conséquences dramatiques sur la suite des événements.
Selon l’agent en question  » XZ « , Kasdi Merbah a discrètement confié des dossiers à un militant du MAJD ; ces dossiers n’ont rien à voir avec le courrier ordinaire du parti. Le militant doit les délivrer quelque part puisqu’il a quitté le bureau de Merbah à la hâte.
Une petite enquête des services opérationnels de la DRS, démontre que la personne en question est un ancien agent de la SM, un fidèle de Merbah qui travaille en même temps pour le journal Algérie actualité.
C’est la filature et la surveillance du militant qui permet d’aboutir à l’identification d’une personnalité, proche des sphères du pouvoir, en l’occurrence: M’hamed Boukhobza, un sociologue qui a soutenu l’arrêt du processus électoral le 12 janvier 1992, avant de se rétracter et de prendre ses distances après la mort du président Boudiaf, en juin 1992.
Entre temps, le militant du MAJD est comme par hasard torturé et liquidé par le « GIA ». Le puzzle prend forme, Boukhobza est membre du Conseil national consultatif et directeur de l’institut national des études stratégiques globales (INESG) de Kouba. Ce centre qui dépend de la présidence est chargé de faire une étude d’évaluation future de l’Algérie  » la commission 2005 « .

Liquidation

Déjà mise sur pied par le professeur Djilali Liabes, cette commission met le doigt sur le mal algérien, dans tous les domaines : la santé, l’agriculture, l’éducation, les finances, l’endettement, la société et la corruption. Concernant ce dernier point, Djilali Liabes en fait un point d’honneur que de spécifier l’origine de ce phénomène de société dans le détail. D’après lui l’enrichissement voyant et très rapide des cadres de l’État, spécialement ceux de l’ANP a des conséquences très graves, à la fois sur l’économie du pays et sur l’honneur de l’institution militaire qui incarne l’autorité de l’État. C’est le général Hassan Beldjalti alias Abderrezak en personne (l’homme d’ombre de Larbi Belkheir à la présidence à ce jour) qui essaye de dissuader le professeur Djilali Liabes de parler de ce sujet ; pour lui la situation du pays ne s’y prête pas encore. Et c’est au tour de Smain Lamari de demander au professeur Djilali Liabes de retirer le passage de la corruption pour raison d’État, chose qu’il refuse fortement en évoquant que l’institut dépend de la présidence de la république et non du ministère de la Défense.
Le professeur fait part des difficultés qu’il rencontre à son ami M’hamed Boukhobza. Djilali Liabes est professionnellement liquidé par un commando du  » GIA  » le 16 mars 1993.
Lorsque Boukhobza apparaît sur la scène Merbah, les généraux Smain et Toufik font tout de suite le rapprochement ; pour eux le complot est évident et c’est Kasdi Merbah qui tire les ficelles. Ce qui aggrave la situation, c’est que M’hamed Boukhobza est aussi têtu que son ami Djilali Liabes, pire encore il est animé par le courage acquis par bon nombre de personnalités politiques après l’assassinat du président Boudiaf et il va loin en recommandant la constitution d’une commission nationale d’enquête afin de juger les responsables de la dette algérienne et récupérer l’argent et les biens spoliés. Il fait cependant l’erreur de déclarer que les preuves sont disponibles.
Boukhobza est sous surveillance (sans le savoir), les responsables de la DRS savent déjà qu’il s’apprête à quitter l’Algérie, ils décident alors d’agir vite.

Tortures

Au début du mois de juin, Kasdi Merbah est convié au ministère de la défense nationale. Lors de son entretien avec Khaled Nezzar, celui-ci l’informe que Liamine Zeroual va lui succéder et qu’il pourra voir avec lui le sujet des propositions du FIS, en précisant que la majorité est contre un tel projet.
Khaled Nezzar interpelle une dernière fois son hôte sur ses intentions en lui demandant s’il compte rester dans l’opposition stérile, alors qu’il a tout à gagner en réintégrant le système pour revenir éventuellement plus tard au devant de la scène avec des responsabilités plus importantes.
Kasdi Merbah répond tout de suite que le système a fait son temps et que si l’Etat-major refuse la main tendue, l’Algérie ira droit au mur. La majorité des Algériens ne croit plus au rafistolage politique. La discussion est concise et l’atmosphère lourde. Nezzar termine d’une façon très allusive, en évoquant le mécontentement de certains hommes très influents qui n’accepteront pas longtemps l’épée de Damoclès sur la tête. Kasdi parle de la corruption qui gangrène l’Algérie et pour répondre à son interlocuteur, il évoque d’abord l’affaire du doublement du gazoduc vers l’Italie et les vrais destinataires des 22 millions de dollars que le prête-nom et intermédiaire Omar Yahia a empoché officiellement, et cite ensuite la disparition d’un milliard de dollars lors d’un marché fictif conclu pour l’Algérie par Abdelaziz Khellaf et un pseudo homme d’affaire espagnol (voilà une façon bien à Kasdi de faire passer un message au grand parrain Larbi Belkheir). Avant de prendre congé, Kasdi Merbah dit qu’il ne désespère pas de voir les généraux entendre raison au nom de l’intérêt suprême de l’Algérie.
Le 22 juin 1993, M’hamed Boukhobza est sauvagement assassiné dans son appartement par un commando de 5 hommes. Après avoir subi un interrogatoire en bonne et due forme, associé à des tortures abominables, il est fini (terminologie opérationnelle de l’équipe 192) à l’arme blanche. Son bureau et son domicile sont passés au peigne fin ; les tueurs cherchent vraisemblablement les dossiers.
Le chef du commando, Athmane Tartague ressort du domicile de la victime avec un document à la main qui confirme bien le projet de collaboration entre Kasdi Merbah et M’hamed Boukhobza sur le dossier de la corruption dans l’armée algérienne, mais pas de traces des dossiers en question et des preuves évoquées par Boukhobza.

Promesse

Le jour même de sa liquidation, le directeur de l’INESG doit présider dans l’après-midi la dernière réunion de la commission « Algérie 2005 » à l’issu de laquelle le rapport final doit être officiellement présenté au haut comité de l’Etat (HCE). Les assassins ont pensé que pour l’occasion, M’hamed Boukhobza aurait les documents nécessaires pour étayer le rapport.
Le jour même, après le communiqué officiel des services de sécurité annonçant l’assassinat, toute la presse est unanime pour la condamnation du terrorisme islamiste. Rares sont ceux qui se posent des questions : comment se fait-il que l’INESG perd deux directeurs en l’espace de quatre mois ?
Entre temps (au début du mois de juin), Kasdi échappe à un attentat, personne ne sait si les commanditaires ont voulu lui envoyer un message ou que c’est vraiment un échec de la tentative?
Malgré la gravité de la situation, Kasdi Merbah ne renonce pas à sa mission. Il obtient un rendez-vous avec le nouveau ministre (le général Liamine Zeroual) pour le 12 juillet 1993. `
Bien que Kasdi Merbah n’est pas reçu en privé, (Mohamed Touati étant présent, car entourer le nouveau ministre pour ne pas le laisser seul avec les indésirables est une recommandation stricte de la part de Khaled Nezzar), cela ne l’empêche guère d’exposer son point de vue quant aux moyens de sortir de la crise.
Comme Zeroual vient tout juste d’être nommé, il ne peut que faire des promesses qu’il ne tiendra jamais, pire encore, c’est durant sa présence à la tête de l’État que les généraux dessineront les pages les plus ensanglantées de toute l’histoire de l’Algérie.
Sur le terrain politique, Kasdi Merbah prend contact avec Cheikh Bouslimani, personnalité très influente et très respectée dans la mouvance islamiste, dans la région de Médéa et avec d’autres personnalités politiques en Algérie et à l’étranger, pour essayer de tracer le chemin de la paix.
Il appelle même lors d’une conférence de presse internationale le 14 juillet 1993, les militants du FIS à déposer les armes et à l’aider à trouver une solution politique à la crise.
Kasdi Merbah est convaincu que les généraux sont déterminés à aller jusqu’au bout de leur logique criminelle ; il pense pouvoir les contrer en associant le plus de monde à sa démarche. Mais le vrai projet de Kasdi Merbah est le renversement des généraux, surtout ceux issus de l’armée française, par les jeunes officiers de l’armée, lassés de l’affairisme et de la dérive criminelle.

Contacte

Avec le concours de quelques officiers supérieurs restés fidèles aux principes de la révolution de novembre 1954 (déclenchement de la guerre de libération algérienne, ndlr), il planifie un soulèvement des unités de l’armée pour la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1993.
Le destin en a voulu autrement et le cabinet noir ordonne l’arrestation de plusieurs centaines d’officiers et de sous-officiers, la plupart d’entre eux pour des raisons non valables ou pour l’accusation fallacieuse de sympathie avec l’islamisme. Plusieurs sont sauvagement assassinés ou mis dans les prisons pour servir d’exemple au reste des troupes. Voilà comment les généraux ont essayé de dompter l’institution militaire. Kasdi Merbah se rend en Suisse le 14 août 1993, il réussit à joindre le contact habilité par la direction clandestine du FIS pour mener à bien la médiation avec les responsables de l’armée. Merbah est suivi par la police suisse.
Le commandant Samir, chef du bureau des services de sécurité à l’ambassade d’Algérie (BSS), récupère un double des rapports identifiant les contacts de Kasdi grâce aux agents qu’il a recrutés. Après avoir essayé de rencontrer des amis à Genève (comme Ait Ahmed qu’il n’a pas réussi à joindre), Kasdi Merbah décide de rentrer à Alger le vendredi 20 août 1993 au soir.
Le samedi 21 août, un commando d’une quinzaine d’hommes de l’unité 192, lourdement armés prennent position sur la route qui mène à Alger-Plage, pas loin du carrefour du café Chergui, dans la localité de Boumèrdes. Une route auparavant fermée à la circulation et le barrage quotidien de la gendarmerie levé ce jour là. Juste quelques voitures appartenant aux services circulent entre l’école secondaire et le poste de la gendarmerie pour un semblant de trafic afin d’éviter les soupçons d’éventuels éclaireurs de la cible.
Non loin de là, est stationnée, une voiture banalisée dans laquelle se trouve un homme qui est spécialement nerveux : le général Smain Lamari. Il a tenu à assister lui-même à l’opération. Il sait qu’en offrant à ses maîtres, la tête du personnage le plus redouté d’Algérie, il gagnera en estime mais certainement plus en notoriété.
Une voix à peine audible signale l’arrivé du  » virus « , le nom de code donné à Kasdi Merbah. Le général donne, par radio, l’ordre au chef du commando Athmane Tartague de passer à l’action.
L’opération se déroule très vite : deux grenades fumigènes lancées sous la voiture, neutralisent le chauffeur de Kasdi Merbah et aveuglent les autres passagers.
Pris sous une pluie de balles qui arrosent les occupants du véhicule, le chauffeur et Kasdi Merbah ont à peine le temps de tirer quelques balles de leurs « 357 Magnum » touchant un des éléments du commando. Mais la violence des coups reçus est si importante qu’ils n’ont guère d’options. Tout est tellement bien fait, histoire de ne leur laisser aucune chance. Quelques instants plus tard, le chef du commando s’approche des victimes et tire une rafale à bout portant ; par un geste de la main, il signale la fin de l’opération et ordonne au reste du groupe de se retirer. Smain est rassuré du bon déroulement de l’opération.

Soutien

Une fois le commando hors de la zone, une patrouille de gendarmerie intervient pour faire le constat. Les corps de Kasdi Merbah, celui de son fils, de son frère et de son chauffeur et garde du corps gisent dans la voiture. Les armes des victimes sont récupérées par le commandant de gendarmerie.
Le rapport d’enquête conclut à un attentat terroriste. Aucune autopsie ni rapport balistique ne sont menés pour étayer cette thèse. Les dépouilles mortelles reçoivent un enterrement digne auquel assistent même des éléments de l’équipe 192.
Quelques jours après, un communiqué du GIA revendique l’assassinat du  » taghout  » Kasdi Merbah, l’officier de la DRS chargé des relations avec la presse algérienne, le commandant Hadj Zoubir, annonce à la presse l’identité du coupable : le fantomatique Abdelkader Hattab, le même qu’on a crédité du vrai-faux enlèvement des trois fonctionnaires du consulat français le 23 octobre de la même année, l’affaire des époux Tévenaux.
Un homme visiblement affecté et portant encore des signes d’une torture physique éprouvante, passe aux aveux à la télévision de l’État. Un rituel!
Le meurtre vient d’être revendiqué d’une façon subliminale. Les criminels ont envoyé leur message aux initiés qui tentent de rompre d’une manière radicale avec le système. La violence d’État devient légale, elle est motivée en apparence pour garantir l’unité de l’Etat, mais en réalité, c’est la nomenklatura qui frappe très fort chaque fois que ses intérêts sont menacés.
Comble du destin, c’est Larbi Belkheir qui tout en veillant au grain, offre à l’Algérie son nouveau président. Tout en restant loin des regards, il apporte son aide au président Abdelaziz Bouteflika en l’assistant d’un de ses fidèles lieutenants ; le général Hassan Beldjalti alias Abderrezak. La question qui reste posée :
Le président Bouteflika saura-t-il faire sans Abderrezak ?
Nul ne sait où va l’Algérie, mais une chose est certaine, tant que les Occidentaux fermeront les yeux devant l’évidence de l’implication des plus hauts responsables de l’armée dans la tragédie, en sacrifiant leurs principes sur un baril de pétrole, il y aura fort à parier qu’une déflagration aux conséquences désastreuses pour la région et le bassin méditerranéen, viendra leur rappeler qu’ils ont commis l’irréparable en soutenant un synode de criminels sous prétexte qu’ils sont le dernier rempart devant la déferlante fondamentaliste.

qui est toufik « mohamed mediene » ?

Général Major

Mohamed Lamine MEDIENE dit « Tewfik »

Chef de la D.R.S

Le plus énigmatique de nos généraux mafieux, c’est normal le général major Médienne dit Toufik a passé toute sa vie dans les services secrets Algériens.

Né en 1939 à Gueznet dans la petite Kabylie, il grandit à saint Eugène ( Bologhine ) il rejoint les rangs de l’ALN en 1961 dans l’est algérien quelques mois avant la signature du Cessez le feu, a l’indépendance il intègre la direction des services secrets ou on l’envoie en stage de formation en URSS au sein du KGB.

De retour il nous d’exélentes relations avec le futur président de la république Chadli Benjdid et son chef de cabinet Larbi Belkheir dans la 2 eme Region militaire. en 1978 il est capitaine et homme de confiance de Chadli, il réintègre la direction central de la SM et prend la tête de la sous direction de la sécurité de l’armée sous le commandement du général Lakehal Ayat directeur Central de la sécurité militaire.

en 1987, sous l’influence de sa belle famille, le président Chadli signe un décret pour lequel le sous lieutenant – colonel Tewfik est désigné pour la succession du général Hocine benmalem a la tête de la DADS ( département des affaires de défense et de sécurité ) il aura sous a coupole tous les services de sécurité du pays ( police, Gendarmerie, sécurité militaire )

Après le départ ( mutation ) de Lakhal Ayat, il devient directeur central de la sécurité de l’armée en remplacement du général Betchine, la démission de ce dernier en octobre 1990 lui permet de mettre sous sa coupe tous les services de sécurité en créant la D.R.S ( Direction du renseignement et de la sécurité ).

Le général Major Mediene toufik est le patron des patron des services secret Algérien depuis plus de douze ans, il a détourné des milliards de dollars et a orchestre plusieurs opération de « nettoyage » , il s’est occupé entre autres d’organiser l’assassinat de Boudiaf en juin 1992 et de Kasdi Merbah un an plus tard avec son adjoint a l’époque le général Smain

complément d’information sur …

MOHAMED MEDIENE
Directeur du Département renseignements et sécurité

Le général-major Mohamed Mediene est issu d’une famille kabyle originaire de Guenzet dans l’est Algérien. Plus connu sous le surnom de « Toufik », il n’émarge pas au MALG – ancêtre des services de renseignements algériens – dans les années 50, à la différence de la plupart des patrons du renseignement algérien.

A l’Indépendance M. Mediene fait partie de la promotion « tapis rouge » qui suit ses premières classes dans les écoles du KGB. Affecté, avec le grade de lieutenant, à la deuxième région militaire, dirigée depuis l’Indépendance par le colonel Chadli Bendjedid, Mohamed Mediene est nommé officier de sécurité de cette zone frontalière du Maroc. Sous le commandement du colonel Bendjedid, il effectue un long chemin de compagnonnage avec un capitaine influent, Larbi Belkheir, alors chef d’état-major de la deuxième région militaire.

Sous la direction de Medjdoub Lakehal Ayat, patron de la Sécurité militaire (SM), qui le trouve encombrant, il est nommé attaché militaire à Tripoli en 1983. De retour de son « exil » diplomatique, il dirigera brièvement la Direction centrale du génie militaire. En 1986, il devient chef du Département défense et sécurité à la présidence de la République, où Larbi Belkheir occupe la fonction de directeur de cabinet du président Chadli Bendjedid.

Lorsque la Délégation militaire de prévention et de sécurité (DGPS) est créée en mai 1987, il y devient directeur de la Sécurité de l’armée (SA), la police politique de l’Armée nationale populaire. À la dissolution de la DGPS en septembre 1990, il prend la tête du Département de recherches et de sécurité (DRS) qu’il dirige à ce jour.

Sa carrière démarre réellement avec la destitution du président Chadli Bendjedid en janvier 1992 et la montée de la menace islamiste. Dirigeant à la fois la sécurité intérieure, les renseignement extérieurs et la SA, Mohamed Mediene a un poids considérable dans le système politico-militaire algérien.

Cet amateur de cigares qui apparaît rarement en public possède, par le biais de ses réseaux et de sa fonction, un puissant ascendant sur les médias, les partis politiques, les lobbies d’affaires et les différents courants de l’armée.

guerre entre smail & toufik

La Guerre entre le DRS et le DCE

MAOL (Mouvement algérien des officiers libres), 9 mai 2002

Fort du soutien de ses amis d’outre-mer, le DCE a commencé à prendre ses distances avec son directeur le general Toufik, et depuis le milieu des années quatre vingt dix, il a tous fait pour se munir d’une autonomie. Il a même demandé à Liamine Zeroual après son élection à la présidence de l’Etat de créer une DST algérienne (reconvertir la DCE en DST), qui serait indépendante du DRS et qui rendrait compte directement au président de la république ! Liamine Zeroual a catégoriquement refusé la proposition. Le général Toufik a su dès lors que Smain allait devenir un problème…et de taille !

Dans l’enceinte du ministère de la défense Nationale, depuis le début 2001, il n’est un secret pour personne qu’entre Mohamed Mediene et Smain Lamari c’est la guerre. Les escarmouches entre les deux antagonistes sont devenues très courantes jusqu’à atteindre des proportions alarmantes, puisque les éléments des deux hommes en sont venus aux armes lors d’une réunion qui s’est tenue au siège de la DCE à Ghermoul. Tout le DRS s’est trouvé ébranlé puisqu’un front nouveau s’est créé dans la direction la plus sensible de toute l’armée. Entre les deux adversaires tout est devenu permis puisque dans ce monde le perdant a tort, toujours tort !

Le conflit a éclaté au grand jour avec un attentat commandité par Toufik contre Smain Lamari devant le siège même du DRS à Dely-Brahim. A quelques mètres de l’entrée de la caserne (siège du DRS), le véhicule blindé de Smain a subit une averse de balles perforantes venant des passagers d’un fourgon qui l’a dépassé. Ils ont aspergé le directeur de la DCE d’un feu nourri pendant quelques minutes très chaudes. Le chauffeur de Smain a trouvé la mort et Smain Lamari a miraculeusement échappé à l’attentat.

A peine trois semaines plus tard, Smain Lamari rend le coup à Toufik. En plein mois de Ramadan le chauffeur de Toufik découvre in extremis une charge de TNT à l’intérieur même du véhicule du DRS avant de démarrer pour se rendre au siège de la présidence de la république où Toufik devait rencontrer Bouteflika en fin d’après midi. La voiture de Toufik était pourtant bien garée et gardée devant la porte d’entrée du bâtiment C au ministère de la défense ; une entrée réservée exclusivement au directeur du département de la recherche et de la sécurité.

En apprenant la nouvelle, la réaction de Toufik ne s’est pas fait attendre et il a de suite démis Smain Lamari par décret de sa fonction de sous directeur du DRS.

Malgré plusieurs tentatives de médiations entreprises par le chef de l’Etat major Mohamed Lamari et Mohamed Touati, le général Toufik a posé une fin de non recevoir à toutes les doléances concernant le sujet à ce jour.

Smain Lamari pensait qu’en ensemençant le terrain opérationnel de ses agents il allait dominer pratiquement la situation sécuritaire et devrait réussir à empoigner les pleins pouvoirs. Ce qui lui aurait permis par conséquent de faire la pluie et le beau temps sur l’échiquier politique de l’Algérie. C’était sans compter avec la ruse de Toufik qui avait justement grâce au général Kamel Abdelrahmane créé une direction de contre espionnage bis (DCE) au sein même du DRS.

La relation entre Toufik et Kamel Abdelrahmane n’a cessé d’évoluer, depuis que ce dernier a réussi à s’imposer sur le terrain opérationnel à la DCSA en donnant ainsi plus de pouvoir à Toufik. Les noces de Kamel Abdelrahmane avec la nièce de Toufik n’ont fait que consolider encore plus les liens entre les deux hommes, devenus très proches par cette parenté officielle.
En effet à la tête de la direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), Kamel Abdelrahmane avait donné les pleins pouvoirs aux Commandants des centres opérationnels pour agir sur le terrain, ouvrant ainsi d’un côté pleinement le champ à tous les dépassements qui ont été orchestrés surtout conte les civils et créant une sorte de situation d’exception où par défaut et manque de textes clairs en la matière, la DCSA se trouvait au-dessus de la DCE de Smain Lamari. Ceci vient du fait que la DCSA est officiellement responsable de la sécurité de tous les biens et les personnes militaires et civiles qui ont un rapport avec l’ANP que se soit de près ou de loin. C’est cette tâche spéciale qui a été savamment exploité étant donné que le personnel de la direction du contre espionnage (DCE) de Smain est composée uniquement de militaires.

Il faut rappeler au passage et à juste titre que le général major Saidi Fodhil a été liquidé par deux fois à cause justement de cette lutte des clans où la DSCA était au centre du conflit ;
Une première fois lorsqu’il a été chassé de son poste de directeur de la DDSE car Smain Lamari ne voulait pas de lui comme interlocuteur vis-à-vis des services étrangers et surtout français. Trop raide, peu coopératif et beaucoup moins complaisant que Smain, les Français ne voulaient pas de Saidi.
Pour l’éloigner Smain avait obtenu à l’époque de Zeroual que Saidi Fodhil soit réaffecté au Commandement des forces terrestres comme chef de la quatrième région militaire. Smain ne voulait pas de lui à la DCSA, puisque Saidi devait permuter son poste avec Kamel Abdelrahman. Liamine Zeroual tenait trop à Saidi Fodhil et Smain Lamari ne pouvait donc pas lui demander de le mettre à la retraite anticipée.

Une seconde fois, comme déjà cité précédemment dans un autre dossier, Saidi Fodhil a payé de sa vie une nomination par décret présidentiel, de nature stratégique, au poste de directeur de la DCSA. Une condamnation à mort paraphé par Zeroual qui voulait prendre en main les affaires de l’armée. Mais le manque de courage et de charisme de Liamine Zeroual ont été les causes directes de la tragédie qui secoue le pays depuis son accession au pouvoir.

La DSCA est devenue le verrou qui contrôle tout le panorama civil et militaire de l’Algérie, et les moyens octroyés par Toufik à ses services opérationnels dépassent toute imagination. Le seul fait de prononcer CPMI-Benaknoun est devenu synonyme d’aller sans retour, un saut vers l’inconnu…, en un mot la mort.

La réputation du CPMI s’est propagée sur tout le territoire national comme une traînée de poudre donnant des sueurs froides aux plus coriaces.
Une concurrence impitoyable a opposé les services opérationnels des deux camps (la DCSA et la DCE) sur le terrain allant même aux liquidations physiques qui ont été perpétrés par les deux partis, et commandités par les chefs des services opérationnels respectifs ; le colonel Bachir Tartag (alias colonel Athman) au Centre Principal d’Investigation Militaire (CPMI à Benaknoun) pour la DCSA et le colonel Farid Ghobrini (alias colonel Farid) pour la DCE au Centre de Recherche et Investigation (CRI ANTAR, à la sortie de Benaknoun, côté du parc zoologique).
L’essentiel avant tout est de satisfaire le chef et le conforter dans son poste; Toufik pour l’un, Smain pour l’autre. Le nombre de civils qui ont fait les frais de cette mascarade et ont péri dans cette course effrénée au pouvoir est effarant. Le tableau de chasse de chacun des partis devait contenir le plus de trophées possibles et c’est l’une des raisons directes de l’énormité du chiffre des personnes disparues.

L’animosité entre le général Toufik et le général Smain a atteint des sommets sur plusieurs dossiers clefs dont celui du Mouvement Algérien des Officiers libres. Après la nomination officielle de Bouteflika comme président, Smain Lamari s’est déplacé en personne à Madrid pour prendre contact avec les représentants du commandement du MAOL à l’étranger. Pour se faire, il a chargé le chef de l’antenne du DRS le colonel Betine Rachid alias colonel Ziad de prendre un premier contact et lui organiser une rencontre dans un grand Hôtel à Madrid. Le commandement du MAOL s’est refusé à rencontrer Smain Lamari malgré plusieurs tentatives de ce dernier. Il est reparti ensuite en France pour s’entretenir avec ses amis de la DST et comble du destin c’est un certain colonel Gérard de la DST qui est revenu officiellement à la charge cette fois-ci à Madrid par le canal des services de la sécurité intérieure espagnole. Les responsables du MAOL ont refusé aussi de se réunir avec l’émissaire français et le dit colonel est rentré bredouille à Paris. Sans désarmer, c’est un général qui s’est déplacé cette fois-ci en personne en Espagne pour offrir aux éléments du MAOL la somme colossale de dix millions de francs nouveaux en échange du silence du mouvement et la bénédiction de la loi d’amnistie mise en scène par Smain Lamari ainsi que le soutien actif à la politique de concorde civile annoncée par Bouteflika.

Une fois de plus les officiers du MAOL ont refusé de le voir malgré d’insoutenables pressions de la part du gouvernement espagnol. Depuis ce jour, l’attitude du gouvernement espagnol envers le MAOL a empiré jusqu’à pousser l’ensemble des officiers présents a Madrid à entrer dans la clandestinité. Les Espagnols avaient décidé de mettre en résidence surveillée tous les officiers du mouvement à la demande des autorités algériennes et françaises.

Il faut dire que le poste d’ambassadeur d’Algérie en Espagne est resté longtemps vacant et cela n’était pas du goût des autorités espagnoles qui ont misé très gros sur le gaz algérien.
Après l’échec du général de la DST, Smain Lamari est rentré fou furieux à Alger et c’est de son bureau qu’il a envoyé un émail au site du MAOL. Sur un temps très menaçant et ferme, il s’est adressé avec un mauvais français pour se plaindre du colonel B. Ali qui a refusé de la voir à Madrid. Il a ensuite fait remarquer que les généraux, dont le MAOL a réclamé le départ à Bouteflika (pour résoudre le conflit en Algérie), ne partiront jamais et que le MAOL doit choisir entre une retraite dorée au soleil ou accepter les conséquences qui allaient s’abattre sur ses éléments surtout en Algérie. Il a fini son message par une réflexion assez révélatrice en disant :  » On y est, on y reste. »

Plus grave encore, quelques semaines après ses menaces, Smain Lamari s’est réuni secrètement avec les représentants d’un service de renseignement étranger (pas Français) à Palma pour convenir entre autres d’un plan de liquidation physique des officiers du MAOL à l’étranger, heureusement que des officiers intègres ont alerté certains organes de presse étrangers qui ont vite révélé l’information.

Quelques jours après le dernier message de Smain, c’est le général Toufik qui a contacté lui aussi directement le MAOL par des messages émail qu’il a envoyé au site internet. Sur un ton courtois, il a essayé de convaincre les responsables du MAOL d’accepter de rencontrer un général, le colonel Belaid Benali alias colonel Alili alors responsable de l’antenne du DRS à Londres a été chargé de préparer le rencontre. Après plusieurs tentatives de la part du général Toufik et devant le refus du Commandement du MAOL à Alger de marchander avec les responsables de la crise, le général Toufik a lui aussi fait des propositions pour les moins surprenantes ; il a proposé des postes de diplomates aux officiers du MAOL dans les capitales de leurs choix en plus d’une somme d’argent faramineuse à titre de dédommagement !
La réponse du MAOL a été : « le sang des milliers de victimes algériennes n’a pas de prix ».
Les Algériens peuvent se demander après tout cela, à quoi peut bien servir le DRS avec toutes ses directions, puisqu’ils n’ont jamais entendu parler de l’arrestation d’un espion quelconque. Et c’est là où le bas blesse, puisque l’Algérie est malheureusement devenue le dépotoir de toutes les actions d’intelligence clandestines.

Le compromis

Smain Lamari a fini par lâcher Toufik, son patron et complice dans le drame algerien depuis dix ans, pour se rallier à Larbi Belkheir. Mercenaire sans scrupules, véritable Judas de l’Algérie actuelle, Smain Lamari revient à son ancien maître Larbi Belkheir pour lequel il exécute désormais toutes les basses œuvres.
Mais Smain Lamari n’ignore pas qu’il doit se méfier, car Belkheir le fourbe se vante volontiers en privé de continuer à ce jour de régner sur l’Algérie parce que les généraux sont  » trop bêtes « . Larbi Belkheir, le Monsieur si gentil et si aimable, selon tous ses visiteurs étrangers, diplomates ou journalistes, sait si bien séduire et tromper. Mais derrière le sourire courtois se dresse en fait un funeste parrain assoiffé de sang et d’argent, le vrai patron et le principal bourreau de l’Algérie depuis plus de vingt ans. La devise de Belkheir est : toujours laisser les autres se compromettre ; lui il n’hésitera pas à lâcher ses créations maléfiques si c’est sa survie qui est en jeux ; d’ailleurs il a mordu la main de son bienfaiteur Chadli Bendjedid, l’homme qui a fait de Belkheir ce qu’il est.
Larbi Belkheir et Mohamed Mediene se déchirent presque ouvertement depuis plus d’une année ; Toufik n’a raté aucune occasion pour envoyer des  »torpilles » à Belkheir, qu’il accuse par divers intermédiaires d’avoir fait assassiner le président Mohammed Boudiaf ou d’avoir provoqué la ruine du pays. Mais étrangement, ils restent par ailleurs unis face aux dangers extérieurs au clan et mettent en avant deux objectifs essentiels:

*Eviter que les justices nationale et internationale les rattrapent un jour.
*Trouver de nouveaux rideaux de fumée politique pour pouvoir continuer à engranger chaque année les milliards de francs qu’ils détournent depuis vingt ans et qu’ils rêvent de transmettre à leurs enfants.
Face aux menaces externes les généraux ont décidé à l’automne 2001, de mettre en place un dispositif de propagande spécial de grande envergure à destination de l’étranger, et surtout de la France. Il s’agissait pour eux de contrer les effets dévastateurs des révélations du Mouvement algériens des officiers Libres, du lieutenant Habib Souaïdia, du colonel Mohamed Samraoui, ou des autres documentaires télévisuel mettant clairement en évidence leurs responsabilités dans le génocide du peuple algérien comme les films de Canal Plus sur l’affaire Matoub Lounes ou le massacre de Bentalha.

Les généraux ont essayé à leur manière d’exploiter cyniquement les nouvelles données de la scène mondiale. Ils ont cru que les évènements du 11 septembre leur ont donné de nouvelles ailes et vont leur permettre de revenir au premier plan sur la scène internationale.
Le grand  »Mokh » Mohamed Touati, conseiller politique au MDN et en charge du Conseil national de sécurité à la présidence de la République et le tenancier militaire effectif, a très clairement annoncé la couleur. Sur un mode sournois et hypocrite propre à lui, dans une interview  »exclusive » qu’il a donné à deux quotidiens, dès le 27 septembre:

 » Que va engranger l’Algérie ? En toute humilité, je ne saurais vous le dire. Mais, ce que je souhaite en ces circonstances, c’est qu’elle puisse détromper l’opinion internationale qui a été abusée par des sources liées au terrorisme international et au terrorisme qui sévit en Algérie, notamment sur la réalité de ce qui s’y déroule. Je souhaite donc que l’Algérie arrive à détromper l’opinion publique de certains pays quant à toutes ces tentatives sournoises qui visent à déculpabiliser les auteurs des massacres commis qui ont mutilé et blessé à vie l’esprit et la mémoire de nombre de nos compatriotes. Il nous faudra agir dans ce sens, mais la question ne dépend pas que de nous. Il faudra aussi compter avec l’amour-propre des Etats qui ne se déjugent pas facilement du jour au lendemain. « 

Dans cette sortie rocambolesque du grand  »Mokh », il suffit presque de changer le mot  »détromper » par  »tromper » pour deviner le programme du nouveau dispositif de désinformation que les généraux ont mis en place pour  » agir en ce sens « . Dans ce dispositif, Khaled Nezzar n’est qu’un pion, à sacrifier s’il le faut. Car celui-ci, est à la fois fermé et borné et n’a plus de pouvoir, contrairement à son vieux chef et bienfaiteur Larbi Belkheir. En le poussant à s’engager dans un procès en diffamation à haut risque, ce dernier et ses collègues ont eu en tête le calcul suivant :

*Si par miracle Nezzar gagne son procès, alors ce sera bon pour tous, puisqu’ils seront ainsi  »absous » par la justice française.
*S’il le perd, ce qui est hautement probable, alors ils auront un bouc émissaire tout trouvé pour les turpitudes des années 1988-1993, à savoir : la répression sanglante des émeutes d’octobre 88, celle des manifestations de juin 1991, le coup d’Etat de janvier 1992, les déportations dans les camps du Sud, l’institutionnalisation de la torture et des exécutions extrajudiciaires, tout cela sera  »la faute à Khaled Nezzar » et à lui tout seul.

Ultérieurement, il restera à trouver un autre bouc émissaire pour la période suivante (de juillet 1993, date de la démission de Nezzar de son poste de Ministre de la Défense, à aujourd’hui) : et c’est là que la stratégie des clans en conflit apparaît au grand jour et fait son nouveau lot de victimes civiles. Larbi Belkheir s’agite en tout sens pour que ce soit le général Mohamed Mediene. Ironie du sort, Toufik voudrait bien lui aussi que ce soit Larbi Belkheir, seulement ce dernier futé, a bien pris les devants en agissant derrière des écrans ; le plus célèbre de tous étant Smain Lamari.

Mais dans ce milieu assez peux ordinaire où la malice côtoie la traîtrise, peut-être bien somme toute que l’un et l’autre finiront par se réconcilier au mépris d’un troisième candidat qui portera le chapeau et cela pourrait bien être le général Smain Lamari qui est déjà très affaibli par sa maladie. Les gros problèmes de santé de Smain Lamari (un cancer avancé, comme celui de son frère décédé il y a quelques années), l’ont très sérieusement handicapé et l’empêche même d’exercer ses fonctions normalement.

toukif-bouteflika

Le duel présidence – DRS a vécu

Bouteflika met Toufik en vedette

La promotion du patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), Mohamed Mediene, dit Toufik, au grade de général de corps d’armée a pratiquement relégué au second plan l’annonce officielle du projet de révision de la Constitution par le président de la République.

Journalistes et observateurs politiques ont été surpris d’entendre pour la première fois à la télévision nationale le nom du responsable des services secrets algériens, repris également par l’agence officielle APS. Ce qui aurait pu passer pour une simple cérémonie militaire sous d’autres latitudes, où les dirigeants des services de renseignements sont connus de tous, a pris chez nous l’allure d’un événement hautement politique. Le général Toufik a ceci de particulier qu’il est le plus célèbre des inconnus du bataillon. L’imaginaire collectif des Algériens lui prête un pouvoir supraprésidentiel au point de faire la pluie et le beau temps. Il serait ainsi celui qui fait et défait les présidents. Bref, l’homme et son appareil, le DRS, symbolise ce que certains appellent le « pouvoir occulte » ou le « pouvoir réel ». Le nom de ce haut gradé de l’armée à qui l’on prête une « grande intelligence » est associé à tort ou à raison à tous les bruissements du sérail politique algérien. Dès qu’un couac est signalé au sommet de l’Etat, journalistes et analystes lorgnent de manière quasi pavlovienne vers les Tagarins, siège du ministère de la Défense, où le puissant Toufik est censé avoir un bureau. Depuis sa prise de pouvoir à la tête de l’ancienne sécurité militaire en 1989, Mohamed Mediene a été élevé par la vox populi au rang de véritable patron du pays. Un mythe fortement entretenu par le fait que l’homme n’apparaît jamais en public, ni à la télévision. Le fait est que tous les généraux majors, y compris ceux qui ont eu à gérer les services secrets algériens, ont fini par être projetés normalement sur la place publique, à l’image de Mohamed Betchine, mais pas Toufik. Le fantôme de ce général hante tous les Algériens sans qu’ils l’aperçoivent un jour. L’homme des services s’est totalement confondu avec sa fonction et son institution, comme s’il devait vivre éternellement caché. Une pratique sans doute héritée de l’école soviétique où les « Moukhabarat » sont entourées d’une immense chape de plomb. C’est pourquoi le seul prononcé du nom de Mediene à la télévision est en soit un événement national dans un pays qui a si maladroitement éloigné les Algériens d’une institution de la République qui aurait pu être « normale ». En le promouvant au grade de général de corps d’armée, le président Bouteflika a tiré quelque peu Toufik de l’ombre. C’est peut-être également un signal fort que la « guéguerre » supposée entre les deux hommes, et qui fait les choux gras des médias français notamment, ne serait finalement qu’une farce destinée à amuser la galerie ou une vue de l’esprit. Le général Toufik, présenté comme celui qui aurait parrainé à deux reprises la candidature de Bouteflika à la présidence de la République, est ainsi très bien récompensé. Cette promotion donne en tout cas l’image d’une Algérie où le Président et la hiérarchie militaire, y compris le DRS, sont tout à fait sur la même longueur d’onde, contrairement à l’idée entretenue jusque-là. Cela serait peut-être la marque de la fin d’une époque ou du début d’une nouvelle ère.

Par hassan moali dans el watan