HOMMAGE à AIT MENGUELLET POUR SON ANNIVERSAIRE

A l’initiative de la Direction de la culture de Tizi-Ouzou1 000 personnes pour dire bon anniversaire à Aït Menguellet

Lounis Aït Menguellet a été à la fois ému et heureux de la surprise que lui a réservée la Direction de la culture de Tizi-Ouzou.

Il a eu ainsi droit à un vibrant hommage à l’occasion de son 58e anniversaire, fêté avant-hier à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri en présence de la famille artistique, d’anciennes figures de la chanson kabyle telles que Hacene Abassi, Slimane Chabi, Ali Meziane, en plus d’un public nombreux que la salle des spectacles n’a pu contenir. “En compagnie de Ouahab, il était, je me souviens très bien, très timide et ne parlait pas trop. J’ai admiré avant tout sa voix qui m’a directement accroché”, dira Cherif Khedam. Pour Ouahab, qui a accompagné Lounis dans sa carrière, ses débuts étaient à la radio, plus précisement dans l’emission “Les Chanteurs de demain”, il a participé avec Ma trud, une chanson d’amour. Pour l’anecdote, certains éditeurs ont proposé à Lounis de reprendre plutôt la chanson d’Awhid Youcef, Serbi Latay, ce qu’il refusé. Aït Menguellet connaîtra, par la suite le succès, en 1972. Ainsi, tous les ingrédients étaient réunis pour honorer celui qui fut et demeure le symbole du combat de plusieurs générations. Plusieurs personnalités se sont relayées pour rendre hommage à Lounis. Ben Mohamed poète Kabyle, dira dans un message adressé à Lounis, que sa poésie a servi “d’éclairage à des générations entières, ses textes étaient des repères”, alors que Cherif Khedam a parlé des débuts d’Aït Menguellet dans la chanson : “il était venu avec les deux chansons qu’il avait composées “Ma Selvegh” et Lwiza.

“Les années 70 ont été déterminantes pour la carrière de Lounis. En 1978, il, fera son premier passage à l’Olympia puis il passera des chansons dédiées à l’amour et à la femme à des compositions traitant de sujets socio-politiques du pays.” indiquera Haroun, artiste peintre.

Nouara…la grande surprise

L’enfant d’Iguil Bouamas traversera, selon les témoignages de ses amis, des moments pénibles dans sa carrière. “A chaque fois, il sut rester lui-même”, nous dit notre interlocuteur. Pour cette rencontre hommage, les organisateurs auront donc réussi l’initiative puisqu’elle a permis un grand rassemblement de la famille des artistes. “Je remercie tous ceux qui ont répondu à notre invitation pour honorer Lounis Ait Menguellet. Les artistes Hacene Abassi, Slimane Chabi et tous ceux qui sont là parmi nous. Je remercie aussi Nouara qui a tenu à être présente…”, déclarera M. Ould Ali, directeur de la culture. Le public se lèvera comme un seul homme pour applaudir l’autre monument de la chanson algérienne, Nouara en l’occurrence. Il faut dire qu’en tant d’années de carrière, Nouara n’a jamais chanté à Tizi-Ouzou. “C’est avec une grande joie que je suis là, cela me fait plaisir de rencontrer Aït Menguellet à qui je souhaite longue vie”, dira Nouara. La diva de la chanson kabyle offrira à Lounis un achwiq et une chanson puisés de son répertoire. En guise de remerciements à tous ceux qui ont tenu à être présents pour lui rendre hommage, Ait Menguellet a chanté quelques- unes de ses chansons. “Je suis ému, je vous remercie tous”, dira l’artiste avant que le public ne souhaite d’une seule voix, un joyeux anniversaire au “sage”.

Enfin, il y a lieu de préciser qu’une exposition de peinture de Hallou Fariza, traitant des œuvres de Lounis, peut être visitée par le public jusqu’au 22 janvier en cours.

A. Z

SOURCE:depêche de kabylie

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AÏT MENGUELLET- HOMMAGE

Interprète, poète et compositeur, Lounis Aït Menguellet naquit à Ighil Bouammas, en Haute Kabylie, le 17 janvier 1950. Il passe son enfance dans son village natal avant de déménager à Alger chez ses frères Smail et Ahmed. Il fréquente l’école primaire puis le collège du 1er mai où il reçoit une formation d’ébéniste. Il n’ aime pas les études puisque dit-il on trouver tout dans les livres. Il commence à chanter en 1967 mais il se décourage vite et si ce n’est des amitiés solides, il n’aurait jamais pu continuer. Dans l’émission de la chaîne II, Les Chanteurs de Demain de Chérif Kheddam, il chante sa première chanson : « Ma trud ula d nek Kter » (Si tu pleures, moi je pleure encore plus). Kamel Hamadi, parent et ami du chanteur se chargera du contact avec les éditeurs qui formulent leurs propres exigences et lui conseillent de reprendre « Ih a Muhand a Madam Servi Latay » de Awid Youcef. Mais le jeune poète est obsédé par autre chose de plus profond. A partir des années 1970, il devient le symbole de la revendication identitaire qui s’exprime de façon éclatante une décennie plus tard. Ait Menguellat reste malgré les aléas de la conjoncture et de l’ingratitude humaine, le plus populaire des chanteurs kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su garder sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la technique et qu’il constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne et de la chanson algérienne contemporaine.

J’ai rêvé que j’étais dans mon pays…

J’ai rêvé que j’étais dans mon pays
Au réveil, je me suis trouvé en exil

Nous, les enfants de l’Algérie
Aucun coup ne nous est épargné
Nos terres sont devenues prisons

On ferme sur nous les portes
Quand nous appelons
Ils disent, s’ils répondent:
Puisque nous sommes là, taisez-vous !

Dors, dors, on a le temps, tu n’as pas la parole!

Beauté fine
Beauté fine
Ton visage brille
Comme un flambeau

Gloire à l’oeuvre du Créateur
quiconque le voit est inspiré
Fine beauté tu me hantes
Ton visage brille comme un flambeau
Quand elle va à la fontaine
Les oiseaux chantent
Elle éblouit ceux qu’elle rencontre
Et rend muets les garçons
Mon coeur ne désire que toi
Ton visage de lumière
Quand elle paraît à sa fenêtre au matin
Les oiseaux la chantent
Beauté d’une rose tendre
Gloire à qui a créé ton charme
Après ton départ mon coeur languit
Tu es tissée à sa vie
Ta beauté me hante
Je pense à toi chaque jour
Le sommeil m’a fui
Me laissant éveillé jusqu’à l’aube
Je suis hanté par ton image
Rendue plue belle par ton absence

Reconnais ce qui est tien
Prends garde de ne jamais l’oublier
Langue Kabyle
Car si tu t’en vas qu’avons-nous
Tu es notre génitrice
Nous nous le disons entre nous
Celui qui t’aime
Sacrifie sa vie pour toi
Il te vénère
Et pour toi garde la tête haute
Si nous t’abandonnons
Si ceux que tu aimes t’abandonnent
De quel front
Oserons-nous aborder les autres ?
Nous somme avec toi
Nous t’avons comme tu nous as
Nous voyons par tes yeux
Comme par nos yeux tu vois
Ta langue
Qui aura pouvoir de l’abattre ?
Car c’est grâce à tes fils
Que l’Algérie est debout

La Préface de Kateb Yacine à l’ouvrage écrit par Tassadit Yacine « Aït Menguellet chante » . Cet ouvrage est paru dans les éditions Bouchene/Awal, Alger en 1990.

source:www.oasisfle.com

«Le poète est au cœur du monde» dit Hölderlin. Pour être au coeur du monde, encore faut-il qu’il soit au coeur du peuple qui est le sien. Il faut que celui-ci se reconnaisse eh lui. Ce lien ombilical, rien ne l’illustre mieux que le soulèvement de Tizi-Ouzou ; lorsque le wali décida d’interdire, en avril, 1980, une conférence de Mouloud Mammeri sur «Ia poésie ancienne des Kabyles». A l’appel des étudiants, la population de la ville, puis des régions avoisinantes, sans parler d’Alger, où les Kabyles sont très nombreux, se leva pour défendre, à travers les poètes anciens, la langue des ancêtres. L’un de ces défenseurs les plus ardents fut Aït Menguellet

Reconnais ce qui est tien

Prends garde de ne jamais l’oublier!…

Langue kabyle

Celui qui t’aime

Te sacrifie sa vie

Il te vénère

Et pour toi garde la tête haute

C’est grâce à tes fils

Que l’Algérie est debout.

Pourquoi cette véhémence ? C’est que tamazight, notre langue nationale, depuis des millénaires, est à peine tolérée, pour ne pas dire proscrite, dans l’Algérie indépendante !

L’interdiction de cette conférence a été la goutte d’eau qui a fait déborder e vase. La population a ressenti cette mesure comme une provocation, une de lus, car de nombreuses manifestations et activités culturelles avaient déjà été

~annulées dans la même wilaya. C’est ainsi que la troupe de l’Action culturelle es travailleurs, dont je suis responsable, n’a pu se produire devant les ouvriers u complexe textile de Dra-Ben-Khadda, ni au collège d’enseignement moyen (C.E.M.) de Tadmaït. Nôtre pièce de théâtre intitulée La Guerre de Deux mille Ans réalisée à l’occasion du XXè anniversaire de la révolution n’a pu avoir mille à Tizi-Ouzou, alors que la même pièce était bien accueillie par la presse et par le public, à Alger et dans d’autres régions d’ Algérie.

On pourrait citer d’autres exemples, comme l’interdiction aux parents de donner un prénom berbère à leurs enfants. On parle d’une liste de prénoms prohibés, mais cette liste n’a jamais été rendue publique. Comment se fait-il qu’un membre de notre troupe, à Alger, n’ait pas pu appeler son fils Amazigh ? L’employé de l’Etat Civil lui a répondu que ce prénom ne pouvait être enregistré. Pourtant, nos manuels scolaires parlent de nos ancêtres Imazighen, le pluriel d’Amazigh.

S’il fallait suivre cette logique, il faudrait aussi exclure Massinissa et Jugurtha ! On voit l’absurdité d’une censure bureaucratique qui opère dans l’ombre et fait d’autant plus de mal qu’elle atteint le citoyen au plus profond de lui-même, en occultant ses origines.

Avant l’indépendance, quand un enseignant français interdisait l’emploi de Tamazight ou de l’arabe à l’école, il était dans son rôle, car il oeuvrait pour l’Algérie française.

Aujourd’hui, quand un enseignant algérien, et parfois un coopérant arabe, prétend nous interdire la langue de nos ancêtres, est-il encore dans son rôle ? C’est la négation de l’indépendance, car l’indépendance signe liberté d’expression, et l’expression commence par la langue maternelle, c’est-à-dire Tamazight, pour beaucoup d’Algériens qui ne parlent pas l’arabe, ou ne le parlent que par obligation, comme nous étions obligés d’apprendre la langue  française.

«En matière de mass média la place du berbère pourtant faible, n’a fait que régresser depuis l’indépendance.»

«D’abord, on peut relever son absence totale au cinéma, ou à la télévision. Pire lorsque des films sont censés se dérouler en Kabylie, les acteurs sont doublés en arabe (ex : L’opium et le bâton).

A partir de 1964-1965, on commence à réduire les horaires de la chaîne tamazight. Celle-ci émettait auparavant au rythme d’une vacation quotidienne continue, de seize heures de durée environ. On ramène alors le tout à moins de neuf heures découpées en trois tranches quotidiennes (2 x 2 + 4h 30).

«En 1972, la célèbre chorale féminine kabyle du lycée Amirouche de Tizi­Ouzou ayant obtenu les premiers prix au festival de la chanson populaire, se verra contrainte par le proviseur et les autorités locales de chanter une grande partie de son répertoire en langue arabe.»

«En juillet 1974, la fête des cerises à Larbâa-Nait-Iraten se termine très mal, puisque la police et les gendarmes n’ayant pas suffi à contenir les manifestants, on fera appel à l’armée pour les réprimer durement. La foule était mécontente en raison du remplacement de plusieurs chanteurs kabyles par des improvisa­tions de chanteurs en arabe».

Cette même fête des cerises sera d’ailleurs interdite l’année suivante «En 1973-1974, on assiste à la suppression définitive de la chaire de l’université d’Alger. La discipline «ethnologie» disparaît de l’université … et l’enseignement berbère n’est prévu dans le cadre d’aucun des modules des nouvelles licences de lettres ou de langues…»

L’Algérie offre le spectacle d’un pays subjugué par la mythologie de la nation arabe, car c’est au nom de l’arabisation qu’on réprime Tamazight. Les ennemis de Tamazight prétendent que son enseignement nuirait à l’unité de la nation.

Les fossoyeurs de l’unité nous parlent d’unité, le voleur crie au voleur. L’unité de la nation ne peut se faire que sur une base positive. Elle doit se faire par l’enseignement de Tamazight, non par son ignorance. Beaucoup d’Algériens sont encore aliénés. Ce n’est pas de leur faute. Mais le pouvoir a les moyens d’enseigner cette langue et de lui offrir en priorité la télévision, puisqu’on l’ouvre bien plusieurs fois par semaine à la langue anglaise…

On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent l’arabe.

Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en Tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler Tamazight – la première langue du pays depuis les temps préhistoriques.

Les envahisseurs étrangers n’ont cessé de la refouler. Il y a eu les siècles de domination romaine, arabo-islamique, turque, et enfin française. Tous ces envahisseurs ont voulu imposer leur langue, au détriment de Tamazight.

Aujourd’hui, par les armes, nous avons mis fin au mythe ravageur de l’Algérie française, mais pour tomber sous le pouvoir d’un mythe encore plus ravageur: celui de l’Algérie arabo-islamique.

L’Algérie française a duré cent trente ans. L’arabo-islamique dure depuis treize siècles ! L’aliénation la plus profonde, ce n’est plus de se croire français; mais de se croire arabe. Or il n’y a pas de race arabe, ni de nation arabe. Il y a une langue sacrée, la langue du Coran, dont les dirigeants se servent pour masquer au peuple sa propre identité ! C’est ainsi qu’ils se justifient en disant qu’il est important de s’adresser au «monde arabe» dans une langue protocolaire et archaïque – même si le peuple n’y comprend rien ; ils avouent ainsi qu’ils préfèrent s’adresser à une élite hypothétique, au Caire ou à Bagdad, plutôt que d’avoir recours aux langues populaires, car il existe aussi, brimé comme Tamazight, un arabe algérien que le peuple comprend. Mais ces messieurs n’en veulent pas, pour la bonne raison qu’ils veulent écarter les masses populaires du débat politique. Voilà pourquoi nos bulletins d’informa­tion à la TV et à la radio sont en arabe littéraire, et voilà comment un gouvernement s’isole de lui-même, en croyant isoler un peuple qui lui échappe. Et comme l’ignorance engendre le mépris, beaucoup d’Algériens qui se croient arabes – comme certains s’étaient crus français – renient leurs origines, au point que le plus grand poète leur devient étranger

J’ai rêvé que j’étais dans mon pays

Au réveil, je me suis trouvé en exil

Nous, les enfants de l’Algérie

Aucun coup ne nous est épargné

Nos terres sont devenues prisons

On ferme sur nous les portes

Quand nous appelons

Ils disent – s’ils répondent:

Puisque nous sommes là, taisez-vous

Incontestablement, Aït Menguellet est aujourd’hui notre plus grand poète. Lorsqu’il chante, que ce soit en Algérie ou dans l’émigration c’est lui qui rassemble le plus large public : des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au coeur, il touche, il bouleverse, il fustige. les indifférents:

Dors, dors, on a le temps, tu n’as pas la parole.

Quand un peuple se lève pour défendre sa langue, on peut vraiment parler de révolution culturelle.

Les défenseurs de Tamazight sont les fondateurs de l’Algérie nouvelle. Ils ne sont pas les seuls. Il faut aussi compter avec les femmes. Ce n’est pas hasard que les manifestations de Tizi-Ouzou en 1980 se soient produites la même année que celles des femmes, au centre d’Alger. Et la preuve vivante que c’est le même mouvement, on le trouve dans l’histoire de la Kahina, notre héroïne nationale, telle que je l’évoque dans La Guerre de Deux Mille ans:

Ils s’étonnent de vous voir dirigés par une femme.

C’est qu’ils sont des marchands d’esclaves.

Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre.

Pour eux, la plus belle fille n’est qu’une marchandise.

Il ne faut surtout pas qu’on la voie de trop près.

Ils l’enveloppent, la dissimulent, comme un trésor volé.

Il ne faut surtout pas qu’elle parle, qu’on l’écoute.

Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable

Ils nous appellent Berbères,

Comme les Romains appelaient Barbares nos ancêtres.

Barbares, Berbères, c’est le même mot, toujours le même.

Comme tous les envahisseurs, ils appellent barbares

Les peuples qu’ils oppriment, tout en prétendant les civiliser…

Les Barbares sont les agresseurs.

C’est nous, dans ce pays, qui combattions la barbarie !

Que les chants d’Aït Menguellet soient traduits par une femme est hautement significatif. Cette première traduction devrait être suivie de sa réplique en langue arabe.

Honneur à Tassadit, pour la brèche qu’elle ouvre dans le mur du mépris. Et que ce livre soit bientôt suivi de beaucoup d’autres !

Kateb Yacine

Dis-leur – Inasen

A ceux que le vent a emportés
Le vent de panique qui a soufflé
Porte-leur mon message
Dis-leur ceci :

Que la malédiction est partie
Qu’ils peuvent maintenant revenir
Au pays nous avons trouvé un guide
Parmi les hommes rares qui nous sont restés
Son père est Kabyle des montagnes
Sa mère est Arabe des Chleuh
C’est un vrai dirigeant
Nous n’admettrons de le perdre
A sa venue les brumes se dissipèrent
Au pays, il saura insuffler une âme

Dis-leur, la malédiction est finie
De nos querelles, plus de traces
Dis-leur que nous les attendons
Le pays a besoin de ses enfants

Dis-leur de revenir
Chacun sa place l’attend
Chez-eux, avec les leurs, ils s’uniront
Et se réjouiront avec leurs enfants

Dis-leur, la porte est ouverte
Abattues les palissades
Toutes les voies sont libres
D’étrangers, le pays regorge toutes les saisons
C’est par milliers qu’ils affluent

Dis-leur de revenir
De l’arbitraire, plus de trace
Le despotisme qu’ils ont connu jadis
L’on n’évoque même pas son nom
Les tyrans d’hier
Et tous les geôliers
Dans le droit chemin, ils sont revenus
Et ont compris leurs vraies missions
L’armée est dans les casernes
Les fusils ne sont plus que rouilles
Ni tueurs, ni tués
Les tordus sont redressés
Nous sommes sortis des ténèbres
Nos infortunes sont effacées
Ceux qui ont pris le maquis
Grâce à Dieu, ils ont revenus au droit-chemin
Guidés par les bienfaiteurs
Il n’y a plus de chômeurs
Le peuple entier travaille
Nul n’est plus dans la détresse
Sur chaque visage, la paix est répandue
Le bon grain domine l’ivraie
Les récoltes débordent
Le paysan se remet à travailler sa terre
A vendre et à récolter
Et même les journaux
Ont appris à dire la vérité

Dis-leur, la paix est enfin là
Au printemps, elle a donné rendez-vous
Tous les vœux sont exaucés
Tout ce dont nous avons longtemps rêvé

Dis-leur de revenir
S’ils pouvaient voir les villes
La beauté qui les accueillera
Dans chaque rue empruntée
Ils ne verront et humeront
Que la rose et le jasmin
Des filles et des garçons
Main dans la main
Vont ensemble à l’école
Le kabyle est enseigné
Au même titre que l’arabe et le français
Chacun l’aime et l’apprend
N’avons-nous par les mêmes ascendants?

Dis-leur que ce n’est pas tout
Il y a tant de choses encore
S’ils pouvaient voir les mosquées
De bons musulmans, emplis
Fraternels et tolérants
Acceptant l’Eglise chrétienne
Les Juifs ont repris leurs commerces
Avec eux, nous sommes frères
A Constantine, son pays
Enrico est marchand de luths

Dis-leur qu’à leur arrivée à la capitale,
Avec fleurs et sourires
Ce sont les gouvernants
Qui les accueilleront
Ils verront que tout a changé
Un peuple serein et gai
Ils trouveront bénédiction et sagesse
Combien de lui, ils seront contents
Les cœurs blessés guériront
Neufs, ils en deviendront
Oubliées les affres de l’exil
Des malheurs, ils seront lavés
Ils commenceront une nouvelle vie sur leur terre, elle s’épanouira

Revenez, si vous ne me croyez
Vous verrez de vos propres yeux
Les fous tels que nous
Ont droit de délirer
Ce que j’ai dit n’est qu’utopie
Utopie de ceux qui rêvent toujours
Nous avons tous ici nos rêves

Ramenez-nous vos rêves, à vous
Apportez-nous vos rêves
Dans l’aire des rêves, nous les rajouterons
Il y a ceux qui les battront
Du mélange naîtra le discernement
Le battage une fois achevé
Le bon grain sortira de l’ivraie
Je suis mauvais

Je suis donc si mauvais !
Vous, vous êtes si bons
Vous, les destructeurs
Vous mes semblables
Nous sommes donc si mauvais
Bons, sont ceux qui cassent les adages
Et si je ne veux pas dire
Descends, mon Dieu que je monte
Mieux que toi, je sais
Je suis mauvais

Sommes-nous dans un conte de fée ?
Pourtant l’arbitraire se fait battre
Sur les nobles, le silence est tombé
Laissant les dépravés, sasser
Si je ne chante pas les morts
Si je ne me nourris pas de cadavres
Je suis mauvais

De patience nous nous sommes armés
A notre réveil, tous a changé
Les ignorants, s’enorgueillissent
Les sages adoptent le profil bas
Si je suis des pudiques
Si je pèse mes serments
Du mauvais regard, je suis visé
Je suis mauvais

J’ai trouvé l’aigle blessé
Le corbeau prenait les commandes
J’ai vu pleurer l’abeille
La guêpe l’a délogée
Si je refuse de quitter ma maison
Si je refuse de m’exiler
Et si à ma terre je m’agrippe
Je suis mauvais

Eux préfèrent les tyrans
toi, tu résistes
Chaque fois que tu vas de l’avant
Ils te relèguent en arrière
Si je compatis avec les malheureux
Si j’aime ceux les gens honnêtes
Je suis mauvais

De l’injustice, ils ont pris racine
Si elle n’existe, ils la créent
Derrière nos malheurs, nous nous sommes murés
De ceux qui agressent et se plaignent
Si je suis contre l’injustice et la corruption
Si de l’envie je suis l’ennemi
Et si je ne dérange la quiétude des autres
Je suis mauvais

A ceux qui adorent les tombes
Vous y cherchez votre salut
vous portez tout cet intérêt à la mort
Et la vie, vous l’ensevelissez
Si je dédaigne la mort qu’ils me souhaitent
Si je refuse qu’ils me tuent
Pour qu’ils puissent faire de moi un bœuf de battage
Je suis mauvais

Si tu portes la malédiction
Alors pour eux, tu es un homme
Si tu fais le lit de l’intrigue
Alors ils t’élèveront sur l’échelle de la gloire
Si je ne fais flèche de tout bois
Si je refuse d’être un alêne
Et si de la louve, je ne tiens pas
Je suis mauvais

Dieu, viens-nous en aide
Pour les mauvais jours qui s’annoncent
Sera-t-elle un jour sauvée ?
De ceux qui frappent et n’intercèdent point
Si je suis du côté du juste
Si j’enrobe mes mots de vérité
Et si je veux que le jour se lève pour nous
Je suis mauvais

Lounis Aït Menguellet

lehla-k i d-jidh deg-i

Paroles Aït Menguellet Lahlak


refrain:
lahlak idejid dgi
ur-yess3i amdawi
(gha)f-el djal-im idi yextar
amaken yeggul felli
ad-yeqim ghuri
alama ssuben lecfar
ul-idexdem imetti
rruh l-yextsi
am el-gaz yedjan lfnar
si dunit tekesd-iyi urdjigh-am rebbi
di lmut ad idyar tsar

rruh-iw anyas d-ahmam
anyawed s-axam
ad-amnibed af-ssur
s-ssudis anyefk eslam
qbel ad-yaghli ttlam
an-iruh lewhi n-thur
muqlit mlih m-ye3arq-am
yetsawi cama-m,cama s-edjan laghrur
muqlit mlih m-ye3arq-am
yetsawi cama-m,cama s-edjan laghrur

refrain

an-yughal d-afrux g-idh
anyass ur tebnid
wali-d aln-is di cqayaq
amni heder affin tadjid
alar-mi tenghid
ddaw temedlin yahraq
rruh-is anda tellid anyerzu kul-id
bac nadam ad-amye3raq

refrain

lahalak anyerzun yur-m
d-rruh-iw ayen,lahlak nni di yegw-in
anyass s-ulim at ye3dem
ghaf-ayen isexdem at-safard mbghir a3win
rruh-im am-tedyegzem,yed-is atyedyedem
ghur rebbi ad-ddun issin
rruh-im am-tedyegzem,yed-is atyedyedem
ghur rebbi ad-ddun issin

refrain

si-temdlin id-iyiran
atas id-yegwran am-tentar i kemini
atezdaghd ger izkwan d-iaxamen imssawan
el-djarim d-nekini
wid yessaramen akms3an ighuriten zman
yerraykm-id ar ghuri

refrain

ait menguellet et ses differentes positions

Lounis Aït Menguellet en concert à l’Olympia Il est plus enraciné que jamais dans les tréfonds de son pays. Le chanteur et poète Lounis Aït Menguellet est différent des autres artistes, nombreux, qui sont complètement déracinés et dont certains marchandent même leur personnalité et l’image du pays uniquement pour se faire offrir un titre de séjour dans l’Hexagone. Aït Menguellet reste l’inamovible interprète des rêves et le traducteur fidèle des réalités et du vécu de ses auditeurs.
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window.google_render_ad();L’ailleurs pour lui, c’est ici ; ce sont sa culture, sa langue, sa personnalité identitaire, et sa terre. Lors d’une tournée en France, racontet-il, une journaliste du Monde venue l’interviewer lui demande pourquoi il ne chantait pas en français.  » J’ai ma propre langue madame ! « , lui répond-il.  » Pourquoi êtes-vous en France alors ? « , questionna-t-elle, encore. Lounis, solidement attaché à son pays et à sa culture, lui répond :  » En France, j’ai un important public, et c’est pour lui que je suis là. Autrement, j’aurais visité la tour Eiffel et je serais rentré dans mon pays.  » Les répliques étaient telles que la journaliste n’a pas publié l’interview, témoigne-t-il encore. Après 37 ans de carrière, plus de 200 chansons produites et une notoriété bien établie, Lounis est toujours resté ce campagnard fier, ce montagnard au fort caractère, coulant des jours paisibles dans son village, Ighil Bouamas (Tizi Ouzou).  » La vie au village n’est pas aussi ennuyeuse qu’on le pense. Le village où l’on est né présente des attraits que d’autres personnes ne peuvent pas voir. Le fait de me réveiller le matin et de voir la même montagne depuis que je suis né m’apporte toujours quelque chose.  » De l’inspiration, de la réflexion, de la méditation, certainement. Et du recul par rapport à une actualité pressante, harcelante. La fin des années 1990 et le début de ce millénaire, il les a vécus dans la douleur. Des articles de presse enflammés contre sa personne, une regrettable diatribe avec le regretté chanteur Matoub Lounès, une invitation à controverse à la campagne du président Bouteflika en septembre 1999 ont meublé ses jours, lui, qui défend sa liberté de  » vivre en homme à part entière « , de mener sa vie de poète, et de créateur à l’écoute des pulsions de sa société, loin des considérations temporelles et des alliances conjoncturelles. Lounis Aït Menguellet est tellement simple, entier et sans calculs qu’il ne songe jamais qu’il y a des pièges tendus et des plans à déjouer. Il ne laisse pas indifférent tant il impose le respect et que sa parole porte toujours, car il est demeuré invariablement lié à son entourage, à sa société, à son pays. Son incarcération en 1985 pour une sordide histoire de  » détention d’armes de guerre  » a duré 6 mois. Durant les années 1991 et 1992, dans un élan humanitaire et social, il organise des galas pour collecter des fonds pour la construction de châteaux d’eau à Ibarbachen (Barbacha), dans la région de Béjaïa. Généreuse initiative que nul artiste n’a songé à mettre en œuvre. Mais, au visionnaire, il est reproché paradoxalement son  » manque d’engagement « .

 » Sensible aux sensibilités « 

Pour Lounis Aït Menguellet, les manifestations publiques  » sont devenues tendancieuses. Dans le royaume de l’étiquetage et du catalogage « , il ne peut s’empêcher d’éviter les colleurs d’étiquettes. Il s’explique :  » Je suis sensible aux problèmes des gens et du pays, je suis également sensible aux sensibilités, mais sans que l’on soit catalogué. Car il arrive toujours qu’on vous reproche votre présence dans une manifestation et non pas dans une autre, parce que tout simplement, c’est tendancieux.  » Le poète est libre de ses pensées, des dires. Ne s’empêche-t-il pas alors, tout en reconnaissant  » les capacités extraordinaires  » de son peuple, de débiter des vérités amères sur le même peuple. La chanson Ayaqbayli est une pièce de l’histoire moderne du pays, une critique des féodalités, une dénonciation de l’aliénation culturelle et des rivalités dévastatrices. Beaucoup d’amertumes et de désillusions après un combat inachevé. Chaâlat agh tafath (éclairez-nous), s’était-il écrié, il y a plusieurs années. Le plus grand auteur algérien, Kateb Yacine, dans la préface à l’ouvrage Aït Menguellet chante de Tassadit Yacine, a écrit :  » Incontestablement, Aït Menguellet est aujourd’hui notre plus grand poète. Lorsqu’il chante, que ce soit en Algérie ou dans l’émigration, c’est lui qui rassemble le plus large public : des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents.  » Observateur averti, il énonce des réalités et dénonce des injustices. Tout en posant des questions sur l’avenir, il se remet en question et interpelle les consciences. Le visionnaire n’a pas été écouté et l’on ramasse aujourd’hui les morceaux d’un édifice écroulé. L’illusoire union tant chantée s’est aujourd’hui effilochée. Dans une Kabylie hyper politisée, Lounis , malgré lui, et grâce à sa stature, est un élément nodal. A travers lui seul, une lecture de son œuvre, l’on peut avoir le déroulé de la scène politique dans la région de Kabylie des deux dernières décennies ; les avancées, les stagnations et les régressions. Il récolte, néanmoins, abondamment de reproches.  » Il essaie de se mettre toujours au-dessus de la mêlée « , dit-on. Il dérange. N’estce pas sa raison d’être ? Aujourd’hui, le poète, n’a-t-il pas raison, au moment où  » les agitateurs politiques  » n’ont pas fait leur mea culpa. Pourtant, l’échec est patent. Il est loin le temps où il faisait sa formation en ébénisterie à Alger, une ville dans laquelle il était quasiment  » honni  » de s’exprimer en kabyle. Premières amères expériences d’un déni linguistique.

Retrait de la scène en 1991

C’était dans les années 1960. En 1991, après avoir atteint le firmament de la gloire, il songea carrément à se retirer de la scène. Dans un entretien publié en 1991 dans le n°1 de la revue Tinhinan (qui a cessé de paraître depuis), Aït Menguellet justifiait son intention d’arrêter de chanter :  » Quand on commence à chanter, c’est parce qu’on a envie de s’exprimer. Par la suite, arrive un moment où cette envie devient un devoir. (…) La chanson s’est avérée une arme terrible, car elle a contribué à changer les choses. Je ne sais pas si je suis arrivé à apporter ma petite contribution mais je sais pertinemment que je l’ai fait en toute sincérité. A un certain tournant de l’histoire, on est quand même parvenus à un résultat. Les choses ont changé. Je me suis dit que j’avais eu assez de leçons par le passé.

Des gens avaient chanté avant moi, avaient été portés aux nues, adulés et puis d’un seul coup, ils ont été oubliés parce qu’ils n’ont pas su s’arrêter au bon moment. Je ne voudrais pas vivre le même cheminement.  » L’ouverture démocratique du début des années 90 a été indirectement un coup d’assommoir à la chanson contestataire tous azimuts ; des chanteurs sont oubliés et d’autres se sont fait oublier. Mais Lounis Aït Menguellet n’est pas uniquement chanteur ; il est surtout poète. C’est pour cette raison qu’il est toujours là, plus de 10 ans après ces déclarations.

Toujours porteur d’espoir

Aujourd’hui, à 54 ans, autant certains de ses titres sont d’un pessimisme débordant, autant l’artiste est toujours porteur d’espoir. Les cinq ans d’absence de la scène (de 1999 à 2004) ne l’ont pas coupé de son public. Il a eu à le vérifier le mois de juin dernier lors de sa production à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Pour beaucoup de ses fans, c’était un virage difficile à prendre pour reprendre la ligne droite. Celle qu’il a tracée en commun avec son public. Les cinq années de rupture sont longues et pouvaient semer le doute dans l’esprit d’un public sevré de spectacles, meurtri par la répression policière puis avachi par des déchirements fratricides. Cinq galas, l’un après l’autre, tous semblables ; qualité de l’auditoire, prestations de l’artiste et sentiment de satisfaction renouvelé et partagé. Belaïd, gérant des éditions musicales Izem, qui a apporté sa touche aux spectacles de Lounis Aït Menguellet, s’exclame :  » Ce qui fait énormément plaisir, c’est la présence de jeunes de moins de 20 ans dans la salle. Cela prouve que la chanson à textes est toujours vivante.  » Lounis Aït Menguellet, que nous avons suivi dans sa loge, est concentré, mais visiblement heureux. Il n’en demandait pas tant. Nous ne savions pas si l’on pouvait lui poser des questions au risque de le perturber. Celui que l’on présente comme un personnage austère et inaccessible est finalement très modeste et très courtois. La surprise a été agréable. Il livre ses sentiments sur son come-back.  » C’est extraordinaire ! La réaction du public m’a aidé et il n’y a pas eu réellement de perte de repères. C’est comme si mon dernier gala remonte à la semaine dernière. Il y a toujours de la constance dans le comportement du public.  » Dans sa loge, des bouteilles d’eau sont déposées sur le sol, des thermos à café et des fruits sont posés dans un coin de la pièce. Le repas est toujours léger. Avant de monter sur scène, un chanteur-amateur se produisait. Au bout de la troisième chanson, Lounis se lève et se rapproche de la scène. Il demande toujours à ses accompagnateurs qui veillent  » à sa récupération et à son repos  » l’état de l’ambiance dans la salle. C’est un rituel. Histoire de prendre la température de cette atmosphère joyeuse et festive. Il est crispé ; il a toujours le trac avant d’entrer sur scène, avoue-t-il. Le répertoire qu’il a proposé à ses spectateurs est tout un programme. Expression plutôt de ses perceptions des choses, ses appréhensions, ses espoirs et sa détermination à refléter les aspirations des siens. Sur scène, des décors nouveaux sont plantés ; des banderoles portant des extraits de ses chansons sont accrochées. Ahkim ur nsaa ara ahkim (pouvoir sans contre-pouvoir), Idul sanga anruh, (le chemin est long) Nekni swarach n ldzayer (nous, les enfants d’Algérie). Aït Menguellet a délibérément choisi de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invite au public à une lecture et au sens. Aigri par la situation sociale et politique du pays, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts. Chanteur à textes, Lounis Aït Menguellet n’en n’a pas moins introduit une recherche musicale depuis que son fils Djaâffar, musicien, fait partie de son orchestre qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte). Si Lounis écrit des vers et compose des airs, il parle peu. Son public l’admire. Il a besoin d’artistes comme lui, tout comme le ciel a besoin des étoiles. Aït Menguellet l’a si bien chanté.

Parcours

Lounis Aït Menguellet est né le 17 janvier 1954 à Ighil Bouammas où il vit toujours. Il est père de six enfants. Il a fait ses études en ébénisterie à Alger dans les années 60. Ses premiers pas dans la chanson, il les fit à l’âge de 17 ans dans l’émission  » Ighanayen ouzekka  » (chanteurs de demain), une émission radiophonique (Chaîne II) animée par l’artiste Chérif Kheddam. Ce n’est qu’en 1973, après son service militaire qu’il effectua à Blida et à Constantine, qu’il se consacra profondément à la chanson. Lounis dit qu’il est incapable de donner le nombre exact de ses chansons, qui avoisinent les 200 titres. Lounis est son prénom de tous les jours (donné par sa grand-mère avant même sa naissance).  A l’état civil, son oncle l’enregistre sous le prénom Abdennebi. En 1985, dans le sillage de la création de la Ligue des droits de l’homme et l’arrestation de ses éléments, il est également arrêté pour une histoire montée de détention d’armes à feu. Il était pourtant connu pour être un collectionneur d’anciennes armes ayant servi durant la guerre de Libération. Il fera quand même six mois de prison. La carrière de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture des textes. De nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre.

Correspondance particulière de Jérémie G. à partir de Paris
Source : La dépêche de Kabylie

ait menguellet le philosophe

AÏT MENGUELLET ENTAME SA TOURNÉE EN FRANCE
Le poète exporte son verbe
27 Octobre 2008

Aït Menguellet sur scène

«Je ne suis ni savant, ni philosophe, ni amusnaw. J’essaie de dire les choses qui me tiennent à coeur. Je les dis de la manière que je connais le mieux, par le verbe et par la chanson», confie-t-il.

Après une longue éclipse due aux propositions et à l’organisation de spectacles, le chanteur Lounis Aït Menguellet a renoué avec son public, hier à l’occasion d’un concert qu’il a donné dans la prestigieuse salle de l’Olympia, à Paris.
L’artiste avait l’habitude de s’y retrouver régulièrement dans le passé. Déjà 41 années de carrière et de présence sur la scène artistique au compteur, mais le chanteur ne regrette pas son parcours. «C’est une carrière que je n’ai nullement planifiée. Je pense avoir fait ce qu’il fallait faire, honnêtement et professionnellement. Si c’était à refaire, je ferais le même parcours», affirme Aït Menguellet. Se défendant d’une quelconque autosatisfaction, il estime que son bilan est «très positif» et dit qu’il en est fier. Dans l’oeuvre du chanteur, c’est le verbe qui prime, la mélodie n’est là que pour accompagner musicalement le texte. En «cisailleur de mots», le verbe retrouve tous ses sens et toute sa force pour devenir plus percutant et frapper les esprits. Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner Aït Menguellet: poète, chanteur, philosophe, savant et amusnaw (le Sage). Le chanteur ne se laisse pas griser par toutes ces bonnes intentions.
«Franchement, je me méfie de ces qualificatifs qui me flattent et qui me font plaisir. Je ne suis ni savant, ni philosophe, ni amusnaw. J’essaye de dire les choses qui me tiennent à coeur. Je les dis de la manière que je connais le mieux, par le verbe et par la chanson», confie-t-il. Le chanteur explique également qu’il a une autre vision de l’engagement, pas dans le sens où les gens le définissent généralement. «Je m’inspire de la société, de ce qui m’entoure, de notre vécu. Quand le quotidien nous interpelle pour dénoncer des situations, pour exprimer des préoccupations, je le fais mais pas dans le but d’être enfermé dans une catégorie quelconque. Je n’aime pas être catalogué. Je n’aime pas les étiquettes. J’essaye de dépeindre ma société et même de déborder de ce cadre en traitant de sujets universels. Ne dit-on pas que la planète est devenue un grand village?», dit-il.
Aït Menguellet reconnaît aussi qu’il n’ambitionnait pas de s’adresser à un public particulier. «Mes chansons s’adressent à qui veut les écouter. Je ne choisis pas mon public, tout comme je ne fais de choix dans mes chansons. Elles viennent comme cela, toutes seules. Je me contente de les écrire seulement sans me soucier de la catégorie de gens qui va les écouter», précise-t-il. L’artiste estime que «la chanson algérienne en général et kabyle, en particulier, se portent bien». «Comme pour tous les genres musicaux, la chanson kabyle connaît des hauts et des bas. Il y a de beaux textes, de belles voix et de bons et de moins bons chanteurs. Actuellement, la tendance est au rythme et à la chanson d’ambiance. C’est un phénomène mondial. Je pense qu’il faut donner à nos jeunes ce genre musical pour éviter qu’ils n’aillent chercher ailleurs ce dont ils ont besoin», considère-t-il.
En revanche, Aït Menguellet s’insurge contre le phénomène de la reprise. «Des chanteurs naissent et ne vivent que de reprises. Ils s’approprient, toute honte bue, les oeuvres des anciens. Ils n’apportent aucune nouveauté. Nul ne peut interpréter une chanson aussi bien que son premier créateur», selon l’artiste, qui voit en ce phénomène un moyen d’appauvrir le patrimoine musical national et «un obstacle» pour la création. «Pourtant des compositeurs et des auteurs talentueux existent chez nous. Ils sont prêts à proposer leurs oeuvres aux autres chanteurs. Pourquoi ne les sollicite-t-on pas? Pourquoi cette facilité à pirater des oeuvres d’autrui?», s’interroge-t-il. Pour lui, «l’Onda tente, par ses moyens, d’endiguer ce phénomène. Il fait ce qu’il peut. Mais c’est une question qui interpelle toutes les instances qui doivent s’impliquer dans cette tâche de longue haleine: défendre et protéger la création et les créateurs». Après son spectacle parisien, le chanteur se produira, à la fin de ce mois, à Saint-Etienne, puis, en décembre, à Amiens, au nord de la France.

Idir AMMOUR

l’expression