Colloque scientifique sur Cheikh El Hasnaoui

Colloque scientifique sur Cheikh El HasnaouiLorsque l’œuvre survit à l’artiste

Le Colloque scientifique sur Cheikh El- Hasnaoui débutera, aujourd’hui, jusqu’au 22 du même mois. Plusieurs communications sont au programme.

Dans sa communication «Reflet d’une société d’une époque», Menouar Aït Ameziane, licencié en lettres et enseignant, évoquera l’œuvre du cheikh El-Hasnaoui. «Je crois qu’il est important de situer la société kabyle des années 1940 et 1950. Une société écartelée entre les anciennes structures sociales, économiques juridiques et morales et celles imposées brutalement par le colonialisme français. Une description de la société kabyle de l’époque s’impose (ruralité, misère)  et puis l’introduction en force du phénomène de l’émigration pour des causes économiques et sociales qui va profondément bouleverser la vie des Kabyles au niveau individuel, familial et de groupes (village). Il est intéressent de voir comment l’œuvre de Cheikh El Hasnaoui reflète cette situation. Il faudra s’attarder aussi sur l’aspect moral des chansons de Hasnaoui (conseils aux émigrés) l’attachement aux valeurs ancestrales de la société kabyle : honneur, solidarité, Dieu, les Saints  (wali) pour trouver un soutien, un réconfort.

Cheikh Hasnaoui a profondément ressenti le drame des milliers de femmes kabyles séparées de leurs époux pour cause d’émigration.»

La deuxième communication portera le thème de  «La chanson kabyle de l’émigration». Elle sera assurée par Mme Hassina Kherdoussi, docteur en littérature amazighe.

La troisième s’articulera autour du thème «El-Hasnaoui dans le feu d’un amour fou». C’est à Ali Chibani, doctorant à la Sorbonne, qu’échoit la présentation de cette communication. M. Chibani nous dira : «Avant de parler de la poésie des œuvres de El-Hasnaoui, c’est toute sa vie qu’il faut considérer comme un poème. Faire le choix de chanter tout le long de sa vie ; son amour pour la femme perdue, de chanter pour une seule femme, c’est sans doute vouloir crier sa douleur devant le monde pris à témoin : mais que ce cri est beau ! S’il fallait présenter brièvement les œuvres d’El-Hasnaoui, nous dirions qu’elles sont Les Fleurs du mal, pour reprendre le poète français Charles Baudelaire.

Il est de notoriété publique que El-Hasnaoui s’est exilé après que la femme qu’il voulait épouser lui a été refusée. De son exil, il n’a de cesse d’envoyer à Fadhma et à la Kabylie ses chants, comme des bouteilles jetées à la mer mais dont on est sûr qu’elles arriveront à destination. Ces chants sont polis par l’histoire d’un amour qui échoue à cause du père, le tiers incommode. En conséquence, l’objet de l’amour se transforme en objet de conflit, particulièrement à cause de l’autorité du père en tant que loi institutrice des interdits et des tabous. El-Hasnaoui a su innover un langage en mesure de transmettre son angoisse et son désir de l’autre.

D’un chant-souvenance qui réinitialise la blessure narcissique et la douleur de la rupture avec l’être aimé et la Kabylie, espace de prédilection du poète, El-Hasnaoui recourt au mode descriptif qui cache son effort analytique. Tout cela se clôt par un désir de performance motivé par la volonté du poète de prendre sa revanche sur le père. Ce désir s’exprime par la constitution de véritables textes dialoguistes, quoique présentés comme les monologues de la femme quittée.»

La quatrième communication s’intitulera, «La poésie El-Hasnaoui : une approche thématique» sera présentée par L’houssaine Elgholb, master II en langue et culture amazighes au Maroc. L’hôte marocain du colloque traitera de la figure emblématique de la chanson chaâbi algérienne de Mohamed Khelouat, connu sous le nom de Cheikh El-Hasnaoui. «Nous pouvons discuter longtemps de ce que l’on appelle la poésie El Hasnaoui  dans la mesure où ce poète a connu une vie mystèrieuse et extraordinaire.

Le choix de la présente étude est régi par le désir de répondre à plusieurs objectifs. Ainsi, émane-t-il d’un souhait de faire une analyse des principaux thèmes abordés dans la poésie amazighe et particulièrement par Cheikh El-Hasnaoui , et ce pour faire découvrir au lecteur, les aspects de cette poésie qui n’est pas assez traitée jusqu’à présent.

Avant d’évoquer le champ thématique de la poésie El-Hasnaoui, quelques remarques préliminaires nous semblent s’imposer.

El Hasnaoui  se veut le portrait de ce poète/chanteur génial dont l’existence a été marquée du sceau de l’exil. Un artiste hors du commun, qui a laissé un héritage monumental. Des chansons qui témoignent de la vie quotidienne, des préoccupations et qui contiennent la nostalgie de ces hommes et femmes qui pensaient alors que l’exil ne durerait pas.

Encore adolescent de 17 ans, il compose sa première chanson dédiée à sa défunte mère dont il était orphelin, ayant pour titre Ayema Yema. Il chante ces chansons à l’aide d’un instrument à cordes doubles pincées au moyen d’un plectre, appelé mandoline. Son amour pour sa dulcinée Fadma a donné un tournant particulier à sa vie.  En effet, cette femme mystère a été l’amour de sa vie, à tel point qu’elle a laissé une empreinte dans la plupart de ses chansons.

Etre poète, c’est n’aspirer à rien et vouloir tout. C’est d’abord accompagner et chanter les maux et les joies de la société. Il me semble que dans ce sens, montrer la diversification et la richesse de la poésie El Hasnaoui entre dans le non-événementiel et par conséquent, il aurait une portée universelle.»

L’autre communication est  » S tmazigt, s taârabt : De l’usage des langues chez Cheikh El-Hasnaoui « . Elle est presentée par Saïd Chemakh, docteur en linguistique amazighe.

Le Dr. Chemakh évoquera le fait que Cheikh El-Hasnaoui a composé l’essentiel de son œuvre en kabyle. Mais il a aussi chanté en arabe – ouverture culturelle sur l’autre ? Aliénation ? … «Toutes les hypothèses ont été évoquées. Et si Cheikh El-Hasnaoui n’a utilisé les deux langues (tamazigt et arabe) que dans une stratégie réfléchie ? Et il n’a réservé l’arabe qu’à ce qui n’était pas encore « dicible » en kabyle ? Ce sont à ces questions auxquelles nous tenterons de répondre.»

Une autre communication intitulée « El-Hasnaoui : paroles de femmes blessées « , sera présentée par Mme Farida Aït Ferroukh, anthropologue berbérisante et poétesse. Elle aura à traiter d’El-Hasnaoui, l’un des chanteurs professionnels kabyles à se faire voix-relais, celle des femmes de son groupe. «Une incursion dans son oeuvre met au jour plusieurs types de locuteurs dont un je au féminin, procédé courant dans la poésie ancienne kabyle que la gent féminine a toujours nourri de sa mémoire comme de son esthétique.

Notre artiste ne donne pas la parole à la femme kabyle puisqu’elle l’a toujours prise et s’est, de tout temps, exprimée dans un large répertoire, mais, il utilise le cadre «comme si». Il fait comme si il était «elle(s)», et se met à la place de ces femmes quasi abandonnées, à la fleur de l’âge, et qui sont légion dans les années trente, quarante, cinquante…et jusqu’à nos jours.

El-Hasnaoui est un locuteur-auteur qui prête voix, il se fait relais d’une narratrice qui se languit et attend indéfiniment un compagnon absent qui la condamne à l’esseulement et aux affres de la solitude.»

En dernier lieu, Abdesselam Abdenour traitera du thème  « Cheikh El-Hasnaoui, le maître de la rhétorique et de la métaphore ».

« Chikh Ahesnaw est le nom d’artiste choisi par l’auteur compositeur  Mohamed Khelouat. Natif de Ihesnaouène. Il construit un anagramme à partir du nom de lieu de sa naissance et s’exige de s’identifier à sa région natale : la Kabylie. Il faut signaler que cette pratique d’identification des artistes algériens directement à leur lieu de naissance était courante. Loin du sens de l’enfermement et d’isolement de soi, sur soi, dans un périmètre régional donné, nos artistes rendaient plutôt un hommage appuyé au lieu de leur nativité. De la sorte, le lieu qui les a propulsés pour plusieurs et diverses raisons sur la scène artistique, est célébré sous la forme d’un anagramme. Ici l’anagramme devient une symbolique d’égard, de reconnaissance et de vénération ; d’autant plus que chaque région du pays détient sa propre personnalité musicale, poétique et artistique. Au pays du palmier qui défie tous les soleils, l’inspiration recherchée ou innée n’est absolument pas la même que celle qui jaillit sous un olivier robuste et centenaire qui a résisté aux rudes hivers. Les productions artistiques ne sont que différentes.  Chaque ville d’Algérie avait alors sa propre culture et c’est cette mosaïque des genres musicaux citadins pluriels qui a formé le patrimoine de la chanson algérienne dans son ensemble.

L’anagramme que s’est attribué Mohamed Kelouat pour devenir le célèbre Cheikh El Hesnaoui et qui signifie : l’habitant d’Ihesnaouen, apporte un démenti cinglant à certaines déclarations hasardeuses, volontaristes et hâtives de quelques biographes qui l’ont présenté comme un sans-région et un apatride. D’autres chanteurs kabyles de renom ont fait de même tels que Sadek Abdjaoui, Youcef et Hamid Abdjaoui etc.

Rédaction culturelle

le dépêche de kabylie

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