ANALYSE DE IDIR AÏT MAAMAR DE LA SITUATION EN ALGERIE

IDIR AÏT MAAMAR
Forum de la dignité et du changement

Le rideau vient de tomber sur la mascarade électorale du 9 avril 2009.Bouteflika est intronisé président de la république pour encore cinq ans.
Quel enseignement peut-on en tirer?
Le pouvoir qui a de l’argent sale pour ameuter la foule n’a pas voulu d’une victoire honorable. Son atavisme ne pouvait le lui permettre. La victoire devait être éclatante, totale et écrasante. C’est finalement le reflet d’un pluralisme de façade. Dans les démocraties respectables, les adversaires politiques perdent en n’enregistrant pas des scores ridicules car sinon ils ridiculisent le vote lui-même en démontrant qu’ils n’étaient que des faire-valoir sans aucune assise dans la société ou qu’il y a parti pris flagrant pour le vainqueur.
Dans le cas de figure algérien, qualifier le scrutin qu’il s’y est déroulé de suffrage universel est un non sens. Le pouvoir a voulu un plébiscite pour Bouteflika et il a trouvé des « concurrents » auxquels il avait permis de hausser le ton voire même de vilipender, le temps d’une compagne, pour donner le change et montrer qu’il s’agit d’une véritable élection.
Or, l’opinion publique n’est pas dupe et sait que tout est ficelé d’avance et que les cordes sont bien accordées pour n’émettre que la musique que réclame le pouvoir .
Peut-on expliquer le score de 97% dans certaines wilayas? Peut-on expliquer comment le taux de participation a grimpé magiquement jusqu’à atteindre 75% alors que l’activité politique de ces deux dernières années n’a été alimentée que par les luttes insipides du sérail et la santé hypothétique de Bouteflika? N’est-ce pas là un mépris total pour le peuple?
Ces chiffres à eux seuls discréditent déjà tout le processus électoral en Algérie et réservent à notre pays une place de choix parmi les régimes totalitaires qui n’acceptent pas de voix discordantes.
Avec cela, on ose encore parler de dignité nationale, de souveraineté nationale ou de drapeau national.
Ce pouvoir tire le pays vers l’arrière, bloque toutes les énergies créatrices et ne peut avoir de projet sain pour l’avenir. Sachez, Mr Bouteflika que vous ne pouvez vous soustraire au jugement de l’histoire en lisant une liste de réalisations infrastructurelles même si notre pays en a grandement besoin. L’histoire retiendra votre nom pour la solidité des institutions que vous laisserez derrière vous, pour la qualité de l’enseignement, pour ce que vous auriez fait pour lutter efficacement contre la corruption et le népotisme, pour le civisme et l’hygiène, pour l’amélioration de la production et de la productivité dans le secteur agricole, pour la lutte réelle contre le chômage et non pas la création fictive et conjoncturelle d’emplois, pour l’espoir que vous redonneriez aux jeunes Algériens de rester chez eux en créant les conditions minimales qui leurs permettent de fonder un foyer , de travailler et de contribuer au développement de leur pays parce qu’ils s’y sentent libres, respectés et bénéficiant de promotions conséquemment à leur mérite et non à leurs accointances avec les cercles du pouvoir et leur servilité, par la création de conditions permettant aux petites et moyennes entreprises de travailler dans un environnement socioéconomique sain et ce, loin des lourdeurs bureaucratiques qui freinent au lieu d’aider et d’accompagner dans l’effort, pour l’instauration d’un État où la justice indépendante, où les pouvoirs seront séparés afin qu’il y ait un meilleur contrôle, pour la création de conditions idoines permettant d’instaurer une sérénité et une harmonie entre les Algériens et ce, en trouvant des solutions politique et non illusoires aux problèmes identitaire et de l’utilisation de la religion dans la sphère politique ainsi que l’influence de l’armée dans la décision politique.
Vous serez surtout jugé pour l’instauration d’un État de droit où la démocratie ne serait plus de façade, où la majorité respecterait la minorité, où la constitution, alors respectée par tous parce que le fruit d’un consensus, ne serait pas piétinée à tout bout de champ, où l’alternance au pouvoir ne serait pas un vain mot, où le président serait légitimé par les urnes et respecté parce qu’il incarne l’État et donc usant de toutes ses prérogatives pour servir son pays conformément à ses intérêts suprêmes et non imposé par la fraude et donc adulé pas ceux qui sont tombés dans les rets de ses promesses ou craint par d’autres qui n’ont pas pu, su ou voulu hurler avec les loups.
Le président qui aura ce mérite aura effectivement marqué l’histoire et pourra aspirer à la postérité car la réussite de ce bilan relève du génie, de la grandeur et de l’intelligence alors que les réalisations infrastructurelles ne peuvent être que le fruit de la disposition de l’argent qui provient en l’occurrence des hydrocarbures et la simple bonne gouvernance si encore les conditions de coût, de normes et de délais sont respectés.
Il convient de dire que si Bouteflika peine à assurer une gouvernance médiocre pour son pays, il es t clair qu’il persistera à cultiver son égo, à régner sans partage et à booster d’avantage sa mégalomanie. Quant à la place de l’Algérie dans le monde et des problèmes profonds dont elle souffre, il en parlera ou en fera allusion occasionnellement dans ses discours. Il tire sa lignée de Mugabé et de Hafedh El Assad. Il ne peut donc pas avoir la grandeur de Nelson Mandela.
Le constat est terrible, sans appel. Il est plus ou moins partagé par ceux qui s’opposent à ce régime dictatorial et qui veulent l’instauration d’une aire de démocratie dans notre pays.
Pour autant, est-il suffisant de s’en réclamer pour croire faire de l’opposition à la dictature en place?
Il est presque un truisme de dire que le pouvoir en place opère sur du velours étant donné que l’opposition n’a pas pu se hisser à la hauteur des exigences de son rôle dans une société où les problématiques politique, identitaire et idéologique compliquent la situation et ne rendent nullement son action aisée.
C’est aujourd’hui et maintenant que le bilan de l’opposition doit être fait. Il faut se placer dans une perspective d’action et non de réaction par rapport aux manœuvres du pouvoir.
S’il ne faut pas tomber dans l’auto-flagellation, le bilan doit être exhaustif et juste. Il ne doit pas souffrir de complaisance.
Commençons donc par dépasser l’événement des élections présidentielles en les considérant comme un fait accompli car s’embarquer dans une gueguerre des chiffres à outrance n’est pas d’un grand intérêt tant il est d’une évidence criarde que le taux de participation arrêté officiellement défie tout entendement. C’est simplement un mépris à l’endroit du peuple et même de la communauté internationale qui, malheureusement, s’empresse à féliciter Bouteflika III pour cette supercherie. Le pouvoir a mobilisé tout son arsenal constitué d’argent sale, de couverture médiatique, d’intimidations et de toutes sortes de subterfuges aussi mesquins et sordides les uns que les autres pour n’enregistrer qu’un score médiocre. Si le taux de 25% avancé par une certaine opposition est de bonne guerre pour contrecarrer celui de 75% arrêté d’autorité par le pouvoir, il ne doit pas masquer une réalité amère: il y a eu une relative participation qu’il va falloir analyser pour en connaître les véritables raisons. Même la Kabylie, réputée frondeuse et insensible au discours du pouvoir, s’est distinguée par une participation appréciable. C’est un fait implacable car la région est épargnée pour l’instant par le bourrage des urnes. Il est vrai que le pouvoir y a mobilisé une logistique hors du commun pour essayer de mettre la touche finale par le biais de cette élection en vue de sa normalisation qui a commencé par le fameux dialogue illusoire entre Ouyahia et une frange du mouvement citoyen qui s’était octroyée la légitimité de représenter la région. Il faut admettre que le pouvoir a donc conséquemment à cela pu capter une bonne frange de l’électorat.
C’est peu-être l’un des enjeux du scrutin du 09 avril 2009. Il fallait éloigner le spectre de l’autonomie qui est en débat et aussi casser une quelconque dynamique d’opposition pouvant prendre appui sur la région et certaines forces dans le pays. Dans ce registre, les partis d’opposition qui y on un certain encrage doivent assumer une part de responsabilité et éviter, surtout, la fuite en avant . C’est un revers qui aura des conséquences fâcheuses si on n’en mesure pas d’emblée l’ampleur.
L’absence de perspective, les alliances contre-nature lors des dernières élections locales et une présence à peine organique sur le terrain ajoutées à l’invective et l’insulte gratuites dirigées par les uns contres les autres ont fini par lasser une population de plus en plus désabusée.
Le chômage, la mal vie, et la précarité sont autant d’éléments qui fragilisent la résistance citoyenne. Cette dernière ne peut être renforcée par des slogans que ressasse l’opposition au détour de chaque compagne électorale. Elle a besoin d’une dynamique forte pouvant aboutir à une perspective sérieuse.
Aussi, le bilan est à faire. Il doit être fait dans la sérénité. Il ne s’agit pas de vilipender mais de cerner les causes du marasme afin d’y apporter la solution idoine. Le moment est venu d’explorer toutes les pistes pouvant nous permettre de prendre notre destin en main. La réponse doit cesser d’être partisane. Elle doit émaner d’un rassemblement de partis, de syndicats, d’associations, de corporations et citoyens qui s’inscrivent dans une dynamique de changement.
Il faut revendiquer les droits élémentaires permettant un minimum d’activité politique. Il faut oser les arracher par une lutte sur le terrain. La levée de l’état d’urgence, la liberté d’exercice politique et syndicale, l’accès aux médias publics sont des droits qui ne manqueront pas de mobiliser la population toutes tendances confondues pour les arracher. Après, entrer dans le jeu électoral ou le rejeter sera une action politique qui peut être assumée en conséquence car disposant alors de conditions minimales pour la mener à bien.
Si la situation est complexe et la tâche ardue, se ressaisir ne relève pas de la gageure. Il va falloir compter sur nos propres ressources et s’armer de patience. Il ont le pouvoir de l’argent, nous avons la force de la conviction. L’Algérie ne peut pas être gouvernée ainsi, le sens de l’histoire indique qu’elle doit changer de cap.

IDIR AIT MAAMAR

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