Evocation Il y a 26 ans disparaissait Slimane Azem

Evocation Il y a 26 ans disparaissait Slimane Azem Le maître de la chanson berbère Dans la vie; l’homme se distingue parce qu’il est, mais il entre dans la pérennité de l’histoire par ce qu’il fait. En effet, il y a généralement un nom, une identité, une filiation, une nationalité : Il est paysan, ouvrier manuel ou intellectuel : il peut-être artiste, artisan, technicien… Bref, il prend place et s’insère dans une société organisée, structurée qui l’adopte, l’intégre, le modèle, lui imprime ses habitudes particulières. Ainsi, il reçoit un savoir culturel, économique, social,œuvre des générations qui l’ont précédé. Cependant, s’il est doué et qu’il arrive à mettre à profit ses potentialités intellectuelles et morales, il peut non seulement préserver cet héritage, mais aussi contribuer à l’enrichir. C’est une aptitude et une tâche qui ne sont pas à la portée de n’importe qui. En un mot, il n’y a que les grands qui atteignent ce niveau. C’est dans ce contexte, dans cette perspective que s’inscrit feu Slimane Azem. Il n’est pas théoricien, et n’a pas eu de formation universitaire. Non, ce fils du Djurdjura est tout simplement le produit du terroir. Sa sagesse, son savoir, sa compétence, il les a acquis surtout à l’école de la vie. Attentif, observateur et perspicace, il a su tirer avantage de son expérience personnelle et de celle des autres. Son œuvre est grandiose. Se situant dans la tradition orale, son domaine de prédilection est la poésie chantée. Si dans l’ensemble, sa production assez riche est constitué de poèmes forts élaborés qui prennent parfois l’aspect de fables, ces chefs-œuvres ou métriques, rimes, sonorités, métaphores, sont employées judicieusement, portant toujours un message. Dda Slimane était, en effet un éducateur de masse. Ayant une conception humaniste de la vie, il utilise aussi bien la raillerie et l’ironie pour dénoncer les travers sociaux (Zzux, Baba ghayou, tlala yeqjan) le ton rude ou grave pour adresser des reproches (Tixxer ilaabdh adyeder,…). La seconde étape de son répertoire et qui correspond à un âge mûr est pris dans la tourmente de la guerre de Libération ; il chanta Afegh ayajradh. Le comportement matérialiste (Ayeebud, idrimen) et les vertus de la femme kabyle (Athaqvaylith). Le poète et chanteur kabyle, Slimane Azem, est né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane, est mort le 28 janvier 1983 en France. Arrivé en France dés 1937 il entame une immersion précoce dans les tourmentes de l’exil. Sa première chanson consacrée à l’émigration (Amuh à muh) paraît dés 1940, elle servira de prélude à un répertoire riche et varié qui s’étend sur prés d’un demi-siècle. Du point de vu de son contenu, ce répertoire présente des ressemblances frappantes avec celui de Si Mohand, grand poète kabyle du XIXe siècle. L’œuvre de Dda Slimane est donc, à l’image de la société qu’il traduit, traversée en profondeur par ces bouleversements ; sa thématique est, à cet égard, tout à fait significative. Sur les 70 chansons recensées en 1979, plus de la moitié sont consacrées à ce renversement de valeur avec des titres très évocateurs (Llah Ghaleb, Kulci yeqleb) comme tant d’autres titres où Slimane Azem a chanté l’égoïsme au détriment de l’honneur (Nnif), la solidarité (Tagmat), la paupérisation, l’alcool (A hafid a sattar, Berka yi thissit n Cerab). Dda Slimane était et reste pour toute une génération de Kabyles, le poète de l’exil. Son évocation de la Kabylie, toute empreinte de pudeur, rappelle la douleur d’une plaie demeurée à vif, en témoignent des chansons comme d’Aghrib D Aberani : Exilé et étranger. Ayafrukh ifirles : Ô hirondelle. A tamurtiw azizen : Ô mon pays bien-aimé. Propulsé dans le tourbillon du monde moderne, Slimane Azem ne s’est pas contenté de se réfugier dans le giron incertain des valeurs traditionnelles, son regard s’est ouvert grand sur le monde et nous lui devons de véritables poèmes liés à la politique internationale dans lesquels le ton volontiers satirique n’altère en rien l’acuité du regard, (Amek ara nili susta). Il faut préciser que Da Slimane, puisant dans le vieux patrimoine berbère, a fait parler les animaux, arme subtile mais à peine voilée d’une critique politique acerbe. Dans l’une de ses dernières chansons, il salue avec éclat et avec un titre très évocateur (Ghef teqbaylit yuli was) sur le Kabyle se lève le jour, l’émergence de la revendication culturelle berbère lors du printemps 80. On ne peut oublier tout un travail de création et d’élaboration et l’engagement du maître de la chanson berbère qui fut l’un des prometteurs de la langue et de la culture amazighe (Dachu ide fan, tamazight…).

Achiou Lahlou

source: la depêche de kabylie

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Une Réponse

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