BTP en Algérie : un plan de soutien à la croissance criminogène?

BTP en Algérie : un plan de soutien à la croissance criminogène?

Le plan de relance économique de l’Etat algérien (140 Mds $ sur 5 ans) est affecté à 70% au BTP. Il a pour objectif de passer d’une logique de rente pétrolière à une logique keynésienne de relance par la dépense publique. Trois constats permettent de douter du succès de cette stratégie : le manque de compétences locales, la corruption et le risque d’importation d’une criminalité étrangère.

Le secteur du bâtiment est depuis quelques années en Algérie le deuxième facteur de croissance économique après les incontournables hydrocarbures, et cette situation n’est pas amenée à changer prochainement. Au contraire, l’Etat algérien a lancé pour la période 2005-2009 un plan de relance économique, dit Plan complémentaire de soutien à la croissance, avec une dotation de 140 milliards de dollars tirés des ressources pétrolières. 70% des dépenses seront affectées au développement d’infrastructures de base avec pour priorité le logement (plus d’un million de logements devraient être construits, soit une augmentation de 21% du parc immobilier) et les équipements publics de type universités, écoles, autoroutes, hôpitaux, équipements sportifs et culturels.

Ce plan semble donc traduire une volonté de passer d’une logique de rente pétrolière à une logique keynésienne de relance économique par la dépense publique. Reste à voir si, au-delà des mots, il servira à sortir l’Algérie de l’ornière économique et sociale dans laquelle elle est enlisée depuis l’indépendance. La question qui se pose est celle du type de croissance se profilant derrière sa réalisation. Quelques inquiétudes à ce sujet naissent de trois constats : le manque de compétences locales, les dérives liées à la corruption et le risque d’importation d’une criminalité étrangère, l’ensemble laissant craindre une croissance algérienne à tendance criminogène.

Le premier constat concerne le manque de compétences locales qui fait que les fonds investis n’alimentent pas une demande adressée à des entreprises et à de la main-d’œuvre algériennes. Il existe de très nombreuses entreprises privées du bâtiment en Algérie. Mais la plupart sont de trop petite taille pour participer aux appels d’offre, et la main-d’œuvre y est très peu qualifiée alors même que le haut risque sismique nécessite la maîtrise de techniques avancées de construction et de maçonnerie. Les entreprises étrangères, notamment chinoises, remportent ainsi la plupart des marchés publics. Le problème se pose également au niveau des fournitures: les importations sont massives pour le ciment (plus de 350 000 tonnes par an), pour l’acier, les matériaux et équipements de second œuvre (revêtements, plomberie, électricité, quincaillerie, etc.) et pour les matériels (engins et outillage).

Le deuxième constat est relatif aux pratiques de corruption accompagnant souvent les procédures d’attribution des marchés publics. Le paiement de la « tchipa », appellation locale du pot-de-vin, est une pratique incontournable associant entrepreneurs et fonctionnaires. Ces derniers arrondissent un salaire souvent maigre alors que les premiers s’emparent de marchés juteux. Elément révélateur du degré de corruption, on assiste à une inflation des procédures administratives: elles s’élèvent en moyenne à quatorze pour tout lancement d’un nouveau projet (contre, par exemple, cinq au Maroc). Naturellement, chaque passage administratif s’accompagne de ce qu’en Algérie on appelle pudiquement un « café » à payer… Suite à cela, il n’est pas inimaginable que les entrepreneurs remportant les marchés se « remboursent » des pots-de-vin en rognant sur la qualité des travaux réalisés sans aucun respect des normes de construction, surtout en matière de sécurité.

Le troisième constat est lié aux doutes que peut faire naître la présence massive d’entreprises chinoises dans le BTP en Algérie. Sans jeter le discrédit sur l’ensemble des sociétés chinoises, la présence des Triades -la mafia chinoise- dans les entreprises du bâtiment chinoises est certaine. Ce qui est tout aussi certain, c’est que là où se trouve une diaspora chinoise, se trouvent les Triades. Au sein des communautés chinoises de l’étranger se recréent des territoires sous contrôle de ces sociétés criminelles avec une organisation, des règles parallèles auxquelles les migrants doivent se plier, notamment en payant le racket. L’afflux d’une main-d’œuvre chinoise, objectivement peu intégrée à la population locale, constitue donc un risque élevé d’implantation de Triades sur le sol algérien, une présence criminelle dont l’économie algérienne, déjà fragile, n’a guère besoin.

source:www.contre-feux.com


auteur: Clotilde Champeyrache
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :