Algérie : La machine de mort

Rapport établi par Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-Watch, octobre 2003

Annexe 3: Témoignages
C    D
Chaachoua Djelloul, 1993

J’ai été arrêté le mercredi 31 mars 1993 à 17 h 40 à la rue Belouizdad, près du ministère du commerce, en compagnie de Ouchène Mansour, un ami de Khemis Miliana. J’ai passé dans les centres de sûreté de la police 86 jours répartis comme suit :
– Centre de sûreté de la wilaya : 21 jours.
– Ecole de police de Châteauneuf : 65 jours
J’ai été incarcéré à la prison d’El-Harrach le mardi 22 juin 1993 à 17 heures sous le n° d’écrou 67683 à la salle 1 bis. Je fus injustement et arbitrairement condamné par le tribunal d’exception d’Alger le 30 janvier 1994, à trois ans de prison ferme avec privation des droits civiques durant cinq ans.
J’écris ce témoignage pour l’Histoire, pour montrer ce qu’a fait la dictature aux enfants de l’Algérie.

1- Description du centre de torture de Châteauneuf :
Situé à Ben-Aknoun, près de la faculté de Droit, il est pris en charge par des doctrinaires du communisme qui portent une haine viscérale à l’Islam.
Ce centre est constitué de :
– 2 cellules de 4 m sur 2 m.
– 2 cellules de 1,40 m sur 1,40 m.
– Une grande cellule de 6 m sur 5 m.
– Des cellules secrètes.
Dans le premier type de cellules il y a entre 14 et 35 détenus, qui ne peuvent ni bouger ni dormir, du fait de l’étroitesse des lieux.
Dans le deuxième type de cellules il y a entre 4 et 7 prisonniers. L’une d’elles est utilisée comme lieu de torture.
Dans le troisième type, il y a entre 40 et 50 personnes.
Les tortionnaires qui viennent nous prendre des cellules portent des cagoules. Ils nous agressent continuellement par des coups et des insultes, plus particulièrement quand ils sont saouls.
– Les WC se résument à un bidon dans chaque cellule.

2- Les différentes techniques de torture :
– Les bastonnades avec tous les moyens : barres de fer, fils électriques, tuyaux, matraques, etc.
– Asseoir le détenu sur une bouteille.
– Sodomisation.
– Technique du chiffon.
– Privation de manger et de boire.
Les techniques du chiffon et la gégène (électricité) sont les plus dangereuses, pouvant tuer la personne.
Il existe une salle spéciale de torture que les tortionnaires appellent « pudiquement » le laboratoire.
L’interrogatoire se fait dans une salle spéciale. Le prisonnier est entouré de plusieurs tortionnaires, dont un groupe s’occupe à poser des questions, l’autre à insulter, et un troisième à frapper et à torturer.
Le but de leur stratégie est d’arracher de faux aveux, tels qu’ils ont été préfabriqués par les « services » et de faire signer un PV sur mesure et sans la moindre possibilité de lecture et encore moins de contestation. Lors de l’interrogatoire la tête du prisonnier est le plus souvent couverte d’un sac pour éviter qu’il reconnaisse éventuellement ses tortionnaires.
L’interrogatoire peut durer dix jours et plus.
Les tortionnaires s’interpellaient par des surnoms tels que Omar 1, Omar 2, Omar 14… Pitch.
La garde à vue dépassait souvent les délais fixés par la « loi » anti-moudjahidine qui sont normalement de douze jours.
Quant à ce que j’ai enduré comme souffrances entre les mains des tyrans, je vous le relaterai en quelques lignes.
Lors de mon arrestation je fus conduit immédiatement au commissariat de Belcourt où l’on me reçut par des coups de pieds et de poings, et des injures de toutes sortes. Je fus transféré quelques moments après au siège de la sûreté de daïra d’Alger, et ce dans la malle d’un véhicule banalisé type Renault 16 ; et là commencèrent les choses sérieuses avec l’atteinte à ma dignité et les pratiques sauvages, en plus de la torture morale durant vingt-et-un jours. Des choses que je n’oublierai jamais.
Je fus ensuite transféré vers l’enfer de Châteauneuf à Ben-Aknoun le 20 avril 1993 à 20 heures. J’avais reçu un accueil « chaleureux » de la part des tyrans qui occupent ces lieux. Dès mon arrivée, je fus « convié » à leur chanter une chanson Raï, car ils savaient que j’étais originaire de l’Ouest. Je m’exécutais en improvisant.
En plus de cette torture morale, les tortionnaires m’obligeaient à assister aux tortures d’autres citoyens, jeunes et vieux. Je n’oublierai jamais les séances de tortures infligées à un enfant de 15 ans qui a failli perdre la raison, et celle d’un vieillard de 81 ans.
Je suis resté, par exemple, menotté, avec trois autres compagnons d’infortune, pendant 8 jours dans un couloir de 50 cm de large, sur un plan incliné, dormant et mangeant dans cette position. Nous allions aux WC ensemble, toujours enchaînés l’un à l’autre. C’est ainsi que j’ai assisté au décès de nombreux citoyens sous la torture. Parmi eux je citerais les noms de Kiboua Lyès, Hocine Kebbane, Bentoumi Abdelkrim, Samir Djillali.
Parmi les noms que je n’oublierai pas je citerais le frère Mihoubi Nourreddine, demeurant à Bachdjarah, qui a passé une année de « garde à vue » au centre de torture de Châteauneuf.
Finalement j’ai signé trois procès-verbaux.
Avec tout cela je reste encore en vie grâce à Dieu !

Chaachoua Djelloul, juillet 1993
Prison d’ El-Harrach, écrou n° 67683, salle 1 bis


Chama Rabie, 1993

 gé de 40 ans, demeurant à Bougara (Blida), il a été arrêté à son domicile le jeudi 22 juillet 1993, par la gendarmerie de Bougara. Il a été affreusement torturé au groupement de la ville et a été totalement défiguré par les coups de poings et les brûlures au visage. Plusieurs dents ont été arrachées. Il était devenu méconnaissable à son arrivée à la prison de Blida où il a été transféré le samedi 31 juillet 93.



Chekakri Abdeldjalil, 1994

J’ai été arrêté sur mon lieu de travail le 3 août 1994 par les services de sécurité (police) de Dar El Beïda. J’ai été jeté dans la malle de leur véhicule et emmené au commissariat. Dès mon arrivée, j’ai été accueilli par des coups violents à la tête et au ventre. Les coups et les insultes pleuvaient de partout. Je suis resté dans ce commissariat de 9 h 30 à 22 heures. Puis j’ai été transféré au commissariat de la cité du 5-Juillet de Bab Ezzouar. Là aussi, les policiers se sont mis à me bastonner violemment sans aucune raison. C’était leur manière d’accueillir les citoyens. L’un d’eux s’est mis à me fouetter avec un câble électrique. On m’a attaché à une chaise métallique puis on a soulevé cette dernière pour la relâcher brutalement. Mon crâne a heurté le sol et j’ai perdu connaissance. Après cette entrée en matière violente, on m’a expliqué que mon nom de guerre était Ayoub (!) et que j’appartenais aux groupes armés ! Je n’en revenais pas. J’ai protesté fermement contre ces accusations grossières, clamant mon innocence. J’ai cité alors les noms de personnes qui me connaissaient et qui pourraient témoigner de mon innocence. Les policiers, devant mes protestations, ont redoublé de férocité. Ils voulaient coûte que coûte que je reconnaisse que j’étais Ayoub et que j’appartenais aux groupes armés.
On m’a jeté dans une cellule sale d’où se dégageait une odeur d’urines. J’avais les poignets ligotés derrière le dos. Je suis resté ainsi quatre jours. Les gardiens m’insultaient continuellement. Je n’ai ni mangé ni bu durant ces journées. Cette situation d’insalubrité a réveillé mon asthme. À ma demande de boire une gorgée d’eau, les policiers ont refusé en disant : « Nous ne donnons pas d’eau à un terroriste. »

Au cinquième jour, on m’a ramené du tabac à chiquer (chemma) et des cigarettes ! Ils m’ont lancé : « Nous allons voir si tu es un terroriste. Normalement, un terroriste ne fume pas et ne chique pas. »
On m’a donné finalement de l’eau. J’ai bu près de deux litres. Je suis encore resté dans la cellule durant trois jours sans manger. J’ai perdu près de dix kilos. Je tiens à signaler qu’un policier me voyant dans cet état m’a donné de l’eau et du pain en cachette de ses collègues. Il avait pitié de moi. J’ai été à nouveau transféré sur Dar El Beïda puis ramené à Bab Ezzouar. La torture a commencé par l’épreuve du chiffon. On m’a fait boire de l’eau des toilettes après m’avoir attaché à un banc. Le chiffon enfoncé dans ma bouche m’empêchait de respirer. J’étouffais. Cette épreuve a duré près de deux heures. Ils m’ont demandé de reconnaître des faits avec lesquels je n’avais aucune relation. Ils m’ont menacé de mort en cas de refus. Je suis resté séquestré à Bab Ezzouar pendant douze jours avant d’être transféré au commissariat de Rouïba où j’ai été confronté à un certain El Kolli Farid qui habitait le même quartier que moi. Cette malheureuse personne, sous l’effet de la torture, avait prononcé mon nom et avait « reconnu » avoir ramené une arme de Batna. Là aussi, j’ai été affreusement torturé. Là aussi, les tortionnaires voulaient que je « reconnaisse » appartenir aux groupes armés. C’était irréel. L’injustice et l’arbitraire à l’état pur. On m’a suspendu au plafond par les chevilles, la tête en bas. On s’est mis alors à s’exercer à la boxe sur mon corps suspendu. J’ai présenté une perforation du tympan gauche. Non content de cela, un policier a introduit le canon de son revolver dans mon anus. J’ai présenté alors une hémorragie.

Devant ma persistance à nier les faits, les tortionnaires ont redoublé d’atrocités. La sauvagerie se déchaînait, mais sans que je change d’avis. Je ne pouvais admettre des choses que je n’ai pas faites. J’ai été renvoyé sur Bab Ezzouar, où mes tortionnaires étaient décidés à me faire parler sous la menace de l’exécution. La technique du chiffon a repris. Une crise d’asthme s’est déclenchée en pleine séance de torture. Cela n’a nullement inquiété les tortionnaires. Devant la dégradation de mon état de santé, les policiers ont fini par me transférer à l’hôpital d’El-Harrach où on a réalisé une radiographie du thorax. Le médecin a décidé de m’adresser à l’hôpital de Kouba pour une hospitalisation. L’officier de police a préféré l’hôpital militaire, où il connaissait des gens. Arrivé à l’hôpital de Aïn Naadja, j’ai été examiné par un médecin, et à ma grande surprise, il a déclaré que j’étais en parfaite santé et que je ne nécessitais pas d’hospitalisation. Je suis retourné malgré moi à la cellule de Bab Ezzouar et là, les policiers m’ont demandé de répéter textuellement ce qu’avait dit El Kolli au commissariat de Rouïba. Je n’avais plus le choix. Mon état de santé ne me permettait pas de résister à cette cruauté bestiale. Je récitais ce que j’avais entendu à Rouïba. Il était environ 2 h 30 du matin. Les policiers ont alors rédigé le procès-verbal, que j’ai signé sans lire, sous la menace de la reprise des tortures.
Cinq jours plus tard, j’ai été présenté au juge de la cour spéciale, puis incarcéré à la prison d’El-Harrach après vingt-cinq jours de garde à vue.

Chekakri Abdeldjalil, le 28 septembre 1994.
Prison d’El-Harrach, écrou n° 73157.



Frères Chérif Hassan et Hakim, 1996

Le cas des deux frères, Hassan Chérif (17 ans donc mineur) et Hakim (18 ans), arrêtés le 2 août 1996 et maintenus dix-sept jours en garde à vue au commissariat de Bab Ezzouar, soit cinq jours de plus que le délai légal en matière d’atteinte à la sûreté de l’État.
Accusés d’appartenance à un groupe armé, ils ont subi, selon une plainte déposée par leur avocat, divers sévices (électricité, supplice du chiffon, menaces de viol…).
Alors que la loi algérienne stipule la présence du père lors des interrogatoires de mineurs, le père n’a été convoqué que pour signer le procès-verbal avant la présentation de ses enfants à la justice.

Le 15 septembre 1996, leur avocat a déposé une demande d’examen médical auprès du procureur du tribunal d’El-Harrach, restée sans réponse. Le mineur a eu le nez cassé par un coup de crosse de pistolet et son frère une jambe cassée.
Dans une demande d’expertise médicale adressée par un avocat à un juge d’instruction en septembre 1996, celui-ci écrit : « Mon client m’a rapporté lors d’une visite à la prison, le 9 septembre 1996, les circonstances de sa séquestration au commissariat des Eucalyptus ; blessé lors d’une opération de sécurité par une balle perdue, il venait de sortir de l’hôpital où il avait subi une opération chirurgicale. Arrêté quelques jours plus tard, il a été d’abord déshabillé, puis attaché avec du fil de fer au niveau des pieds, des mains et des organes génitaux. Mon client a été torturé a l’électricité, obligé d’ingurgiter de l’eau mélangée a du grésil ; empêché de dormir durant quatre jours, il a subi le supplice du chiffon et vomi du sang. »



Demil Djamel, 1998

Né le 1er avril 1970, demeurant à Beaulieu, Oued Smar. Alger. Il a été arrêté le 6 janvier 1998 à son domicile à 23 heures par des policiers du 8e arrondissement d’Alger venus en R19 blanche, Renault Trafic à vitres fumées et voitures de polices bariolées. Les voisins étaient témoins. Après une courte disparition, il a été retrouvé à la prison d’El-Harrach, où il a été placé sous mandat de dépôt S : n° 91103 par le juge d’instruction d’El-Harrach. Il a été présenté à ce dernier le 19 janvier 1998 ! Demil a subi des actes de torture atroces au chiffon imbibé d’eau sale ingurgitée de force et à l’électricité, des coups de bâton sur la poitrine, l’écrasement de sa jambe dont il souffre encore. Il a déclaré à son avocat, Me Khelili, avoir été torturé par des agents du PCO d’El-Madania après avoir été complètement dénudé et trempé d’eau, malgré le froid. Les séances de torture commençaient à deux heures du matin et se terminaient au lever du jour et étaient conduites par plusieurs personnes.



Djarmouni Abdelkader, 1993

Samedi 18 décembre 1993. Il était 6 heures du matin quand une horde de gendarmes envahit mon domicile.

Après une floppée d’insultes et la perquisition, ils m’arrêtèrent et me conduisirent à la brigade de gendarmerie de Saoula où on me jeta dans une cellule où il y avait d’autres frères et ce, jusqu’à 15 heures. Puis je fus transféré au groupement de Chéraga, avec d’autres. Là, nous sommes restés huit jours dans une cellule étroite, sans aération. Nous dormions, à même le sol glacial, sans couverture.

Au neuvième jour, on nous banda les yeux et attacha les poignets pour nous transférer à la brigade de gendarmerie de Baba Hassan (Wilaya de Tipaza).
Là, nous fûmes accueillis par des coups de poings et de pieds et jetés dans une cellule, les poignets ligotés au dos. Cette cellule était étroite, glaciale, sans aération et il se dégageait une odeur nauséabonde, car les prisonniers faisaient leurs besoins sur place, faute de W.C.
Nous sommes restés cinq jours pour l’interrogatoire, trois sans manger ni boire.
On m’emmena à la salle de torture, les poings liés et les yeux bandés, sous une pluie de coups de poings. Ils voulaient « entendre » ce qu’ils avaient préparé comme scénario. Mes réponses étaient orientées selon leurs désirs. Les coups de poings et de pieds pleuvaient de toutes parts, je ne pouvais y parer car mes yeux étaient bandés et mes mains liées.
Au quatrième jour, ils revinrent me chercher à nouveau pour la torture. Je subis d’atroces épreuves, du chiffon à la bastonnade. Je saignais de partout et je me suis évanoui à plusieurs reprises. À chaque réveil, je me trouvais trempé d’eau. Devant cette sauvagerie, je compris qu’il n’était pas question de leur tenir tête, car il s’agissait de voyous, de malades mentaux qui ne réfléchissaient point. Leur seule logique était la force bestiale.

Je « reconnaissais » tout ce qu’ils voulaient et « avouais » tous les faits qu’ils me racontaient et ce, pour échapper au supplice.

Dans la nuit, nous fûmes réveillés dans notre cellule par des cris de gendarmes qui envahirent notre geôle en nous insultant et en nous frappant et ce, pendant près d’une heure en nous menaçant de leurs armes et de ramener nos femmes.
On nous enchaîna les poignets et les pieds.

Au cinquième jour, on nous banda les yeux et on nous transféra au groupement de gendarmerie de Aïn Bénian où on nous affama en nous privant de nourriture. Nous fûmes jetés dans une cellule de 2 m x 2 m alors nous étions 15 personnes enchaînées par paires. Nous sommes restés dans cette cellule et dans cet état d’enchaînement durant 18 jours. Nous dormions à tour de rôle. C’est ainsi qu’à chaque fois, quatre personnes dormaient durant une heure, puis quatre autres et ainsi de suite.

Nous faisions nos besoins naturels sur place, enchaînés à nos compagnons d’infortune.
Nous fûmes présentés au juge le 18 janvier 1994 et les gendarmes nous menacèrent de mort au cas où le juge nous relâchait éventuellement.

Djarmouni Abdelkader
Prison d’El-Harrach. Le 20 mars 1994
É crou n° 70330 salle 4bis.


Djemaoune Abdeslam, 1994

J’ai été arrêté dans la rue le samedi 18 mars 1994 à 13 heures, par des gendarmes qui m’ont emmené à leur groupement de Aïn Naâdja (Birkhadem, Alger). Mes parents sont restés sans nouvelles de moi. Ils m’ont enlevé mon argent de poche et mes pièces d’identité. J’ai été jeté dans une salle sombre mal éclairée ou m’attendaient de nombreux gendarmes excités. Ils gesticulaient comme des malades mentaux. Ils semblaient être dans un état second. Un frisson glacial a parcouru mon dos. Je n’arrivais pas à me concentrer. Je sentais mes jambes me trahir. C’était indescriptible. Une ambiance surréaliste de terreur. Je ne savais plus si c’était un cauchemar ou la réalité. La première image du film La Bataille d’Alger m’est venue immédiatement à l’esprit, celle du malheureux Ghandriche en pleine séance de torture avec les paras. Un gendarme m’a bandé les yeux. J’ai senti des objets me pincer les doigts et le sexe. Soudain, une décharge électrique m’a soulevé en l’air malgré mes attaches au banc. Plusieurs autres décharges ont suivi. Je recevais en même temps une pluie de coups de pied et de poing. Je ne pouvais savoir d’où venaient les coups, car j’avais les yeux bandés, les mains et pieds liés. Ce supplice a duré plus d’une heure et a été répété pendant plusieurs jours. Au bout d’une semaine, ce calvaire a cessé. Ensuite, on m’a oublié. On m’a laissé ainsi pendant cinq mois, enfermé dans une cellule. Pendant trois mois, j’ai été attaché avec des menottes. Mes poignets présentaient des plaies infectées du fait de la strangulation par les menottes.

C’était affreux. Les conditions étaient bestiales, l’hygiène absente. Je faisais mes besoins dans ma cellule, mes geôliers ne répondaient jamais à mes appels. On me jetait de temps à autre un morceau de pain rassis et un peu d’eau dans une boîte de conserve métallique rouillée. À chaque fois que je demandais une ration supplémentaire de pain je recevais des injures et des coups de pied.

J’ai été présenté au juge le 14 août 1994 dans un état physique déplorable. La comparution a été expéditive. Il ne m’a pas laissé le temps de lui demander des explications sur ma séquestration arbitraire durant cinq mois au groupement de gendarmerie de Aïn Naâdja. Il a décidé de me mettre sous mandat de dépôt à la prison d’El-Harrach.

Je suis prêt à témoigner devant les organisations internationales sur les sévices que j’ai subis sans savoir pourquoi.

Djemaoune Abdeslam, 27 ans, restaurateur.
Prison d’El-Harrach, le 20 septembre 1994.



Djouaidia Mabrouk, 1997

Né le 18 novembre 1968, demeurant à Souk-Ahras.
Il a été arrêté le 8 mars 1997 par la brigade de gendarmerie de Ouallel près de Souk-Ahras et soumis à la torture : chiffon trempé dans l’eau sale, gégène, coups de bâton occasionnant fracture de la mâchoire, coups à la tête. Il a signé un PV sous la contrainte et sans lecture dont le contenu est faux. Le supplice a duré huit jours.
Il a ensuite été transporté à Blida (au centre du DRS) ainsi que ses compagnons d’infortune, à bord d’un avion spécial. Il y sera emprisonné pendant soixante jours sans subir de mauvais traitement, puis ramené à Souk-Ahras où il fut remis en liberté, il a pu reprendre son travail. Cinq mois après, un mandat d’arrêt est lancé contre lui et ses copains et entraîna une seconde arrestation et sa présentation au parquet d’El-Harrach. Il sera de nouveau incarcéré mais à la prison d’El-Harrach. Déféré devant la section correctionnelle du tribunal d’El-Harrach, il a été condamné a dix-huit mois fermes de prison. Sur appel interjeté par son avocat, la cour d’Alger rendit en sa faveur un jugement de relaxe en date du 28 mars 1998, l’ayant reconnu innocent.
Cinq de ses compagnons d’infortune n’ont donné aucun signe de vie après leur déplacement forcé sur Blida :
Azzouzi Ahmed,
Azzouzi Abdelkader,
Mahmoudi Toufik,
Mahmoudi Youcef,
Abdellali Djillali.
Ces cinq prévenus sont portés dans la procédure en cours de procès comme étant en « fuite ».


Driki Kamel, 2003 Agé de 22 ans, demeurant à Chatt (wilaya d’El Tarf), arrêté par des gendarmes lors des manifestations de protestation survenues dans cette localité le 14 janvier 2003. Torturé dans les locaux de la gendarmerie. Témoignage :

J’ai été arrêté le 14 janvier 2003 par des gendarmes qui m’emmenèrent à leur brigade. J’ai été l’objet de toutes sortes d’insultes que je n’ai jamais entendu de ma vie de leur part. On m’a donné plusieurs coups de poings au visage.
L’un des gendarmes me jeta dans une cellule durant deux heures environ. Puis vint un autre gendarme qui m’emmena dans une salle comportant une table et une chaise métalliques. Il me demanda alors de me déshabiller. J’ai refusé. Il me frappa violemment en me disant que si je n’exécutais pas ses ordres, il me déshabillerait lui même. Devant cet état de fait, je fus contraint de m’incliner et d’ôter mes vêtements. Deux gendarmes s’approchèrent de moi, me mirent des menottes aux poignets et aux chevilles et m’allongèrent sur la table métallique. Ils m’obligèrent à boire des urines que contenait un récipient métallique et ce, pendant près de dix minutes. Je me suis alors évanoui. Lorsque j’ai repris connaissance, je me suis retrouvé la tête dans le récipient contenant des urines et autre chose. À chaque fois mes tortionnaires me disaient : « Personne ne peut se révolter contre nous, même Dieu ! »
Cette épreuve dura deux jours. Puis les gendarmes me libérèrent en m’avertissant que la prochaine fois ils me tueraient.
Mars 2003

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